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ion , celà est vrai, qu'on piononce comme s'il n'y avoit point d's: il et bon , celà et vrai, &c. Quelques auteurs ont voulu écrire ce mot fans /, conformément à la prononciation, mais ils n'ont pas été suivis.

Ie Milord.

Si je ne me trompe , vous faites sentir Vs dans le mot Est , qui lignifie orient : le vent d'EJì , tôté de VEst , &c.

l'A B B É.

Oui, Monsieur.

i E Milord.

Ce feroit une raison de plus pour écrire le pre-* mier de ces mots fans / : il et bon , celà et vrai. Je vois par-tout dans votre langue des bisarrerics qui en augmentent les difficultés, & qu'on pourroit détruire fans qu'il en coûtât rien. II semble que la plupart des savants regardent le françois comme une langue mystérieuse, qu'il faut rendre inaccessible à la multitude; & dans laquelle on ne peut être initié que par dégrés & après une longue préparation.

LE C O M T K.

Vous êtes un peu trop partisan des innovations.

Le Milord.

Moi? non, je vous assure : il me seroit égal qu'on remontât à l'ancien usage ou qu'on en créât un nouveau, pourvu qu'on débarrassât le françois d'une foule de difficultés minutieuses & totalement étrangères aux règles fondamentales. Je demande pardon aux savants françois. Si j'ose combattre leur respect pour l'usage actuel, c'est par amour pour une langue que tout le monde voudroit savoir, & qui fait les délices de ceux qui la possèdent. Pourquoi mettre toujours l'usage d'un côté & la raison de l'autre? Les inconséquences auxquelles il faut se soumettre comme à des loix indispensables, ab-» sorbent un temps qui scroit bien mieux employé à la recherche des vraies beautés de la langue: elles habituent l'esprit à juger plus par autorité que par réflexion , & font que l'homme de génie est souvent repris dédaigneusement par des êtres frivoles qui n'ont pour eux qu'une mémoire locale dont Ja marche n'est ni gênée ni ralentie par les inquiétudes du bon sens.

L'abbé.

Quelque sensées que soient vos observations , on doit attendre pour s'en prévaloir qu'elles aient été adoptées par le corps dont les décisions, en fait de grammaire, représentent celles de la nation en générai. En attendant, ce que nous pouvons faire de mieux est de prendre une route sûre qui nous mettra à portée d'être toujours conséquents, & de mesurer jusqu'aux écarts que l'usage nous aura prescrits. II nous fera même avantageux pendant notre petit cours, de comparer & de rapprocher les différents systèmes d'orthographe; par ce moyen , nous remonterons d'une manière plus claire & plus lumineuse à la source commune dont ils font dérivés.

La Marquise.

Pour moi, jc choisis le genre d'orthographe le plus commode, & je me condamne de bon cœur à n'être pas plus habile que plusieurs personnes dont le style me fait un plaisir infini , & qui écrivent précisément comme elles parlent. J'écrirai fans s muette il et bon , on et venu, & non il est bon , on est venu , &c. J'en ferai autant à l'égard du mot île , que j'écrirai avec un accent circonflexe: Y île Sr.Domingue, les îles du Cap Verd, fie non par une/, ì'iste St. Domingue, les istes du Cap Verd, &c.

Le Comte.

Cette supprcflìon de Yf dans le mot île , est prc-< sentement adoptée par le bon usage.

B}

Sophie.

Je crois que pour bien parler, il faut dire torque, p que, & juque-là : cependant je vois tous ces mots écrits par unef: lorsque, presque, jusque-là,

L'a B B É.

On doit faire sentir 1'/ dans ces mots; & ce n'cít que par une singularité déplacée qu'on peut se permettre de prononcer autrcmentJ Cependant je connois quelques personnes qui auroient mille moyens plus agréables de se faire remarquer, & qui ont la foiblesse de ne pas dédaigner celui-là.

La Marquise. C'est comme fi on disoit puîque au lieu de puisque.

L'a B B É.

La prononciation de l'/est indispensable dans lorsque , presque , jusque , puisque , parce qu'elle fc trouve dans le cours de ces mots. Mais quand lors , près, puis font des mots à part, comme dans ces phrases: ce fera pour lors que j'agirai; j'ai été le plus près que j'ai pu; il faut que vous écoutiez > & Puis q~ae vous partie^; alors Ys dévient muette comme toutes les s finales : on prononce : ce fera pour lor que j'agirai; le plus pré que j'ai pu; il faut que vous écoutiez , & puî que vous parlici > &c

Le Milord.

Je crois qu'il n'y a que les / muettes qu'on ait remplacées par l'acccnt circonflexe?

Le Comte.

Cet accent remplace auífi un e dans bêler, bêlement , il bêle, &c. un a dans âge, bâiller, bâillement , &c. un o dans rôle, enrôler, &c. On redoubloit autrefois la voyelle dans ces mots : on écrivoit beeler, beelement, il beele, aage, baailler, baaillement, roole, enrookr, &c. îlmcfemtic que ce redoublement de voyelle étoit bien favorable à la prononciation.

l'A B B É.

L'accent circonflexe s'est encore mis à la placd d'une Z dans lc mot titre, qu'on ccrivoit anciennement tiltre, & de Yx dans les mots dîme, dimer, qu'on a éciit & qu'on écrit encore par un x, dixme, dixmcr, &c. II paroît meme que dans le principe , l'usage de í'âccent circonflexe se bornoit à marquer la place des lettres retranchées, & qu'il n'avoit presque aucune influence sur la prononciation. On a toujours écrit fans accents quantité de voyelles longues & fortes , telles que Y a dans barrière, rare, gagner, grâce; Ye danspresse, greffe, poêle; l'i dans rire , prison, glisser, sixain', Y o àansfojsé, oser; Y u dans user, dureté; ai dans haine, air, saison , glaive; au dans autel, beauté; ei dans reine, Seine , rivière; eu dans beu~ gler, leurre; ou dans rouler, bourrer, roussir , belouser, &c. parce que dans tous ces mots , il n'y a aucune suppression de lettres étymologiques.

Au contraire, on a écrit long-temps avec un accent circonflexe Yu qui termine plusieurs mots , tels que connu, vu, cru , apperçû, &c. & cela pour suppléer une lettre retranchée , qui avoit dû produire un effet tout différent.

Le Milord. Est-ce qu'il y a quelque suppression de lettres dans les mots connu, vu, cru, apperçu & autres semblables?

L' A B B É.

Oui, Monsieur : anciennement ces mots étoient terminés par eu , conneu, veu , creu , apperceu , &c. U est prohable qu'alors cet e n'y ctoit point inutile , & qu'on prononçoit eu à la sin de ces mots, comme on le prononce auiourd'hui àzn&feu, jeunesse , peu , &c. Dans la fuite , une nouvelle prononciation ayant rendu cet e inutile, on le supprima , & on lui substitua un accent circonflexe sur Yu : connu, vu, cru, apperçû, &c. Mais on a senti que l'accent contrastoit dans, ces mots avec la brièveté de Vu final; & on est généralement convenu de les écrire par des u íïmples : connu, yu, cru, apperçu, &c.

Le Comte.

Cet accent se conserve encore dans le mot , reluis k devoir : il m'est vingt pistolet; le respect qui vous étoit dû, &c. pour le distinguer d'un autre mot du qui n'a pas la même signification: ìe. point du jour, du matin au soir, &c. qu'on écrit toujours fans accent.

L'a B B É.

Cet accent indique une prononciation faufle. L'« est toujours bref dans le mot du , quelque lignification qu'on lui donne. II y a plusieurs distinctions semblables, formées par des accents tout au moins inutiles k la prononciation , & qu'on pourroit supprimer sans inconvénient. Beaucoup de mots pris en différents sens , s'écrivent tout-k-fait de la même manière , fans qu'il en résulte la moindre obscurité; leurs propriétés sont presque toujours suffisamment indiquées par la place qu'ils occupent dans le discours. Tel est le mot son dans ces phrases : On n'est pas toujours le maître de son coeur, le son de la lyre d'jímphion bâtit les murs de Tkêbes. J'aime mieux le son d'Espagne que le tabac trop fin; le mot pas dans celles-ci : nous marchons à grands pas, cependant nous n'arriverons pas ajsei tôt, &c. &c.

Iecomte.

Vous banniriez donc toutes les distinctions qui ne sont marquées que par des accents?

L'a B B é.

Non, Monsieur : je conserverais toutes celles qui

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