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rembrouillement & de l'inccrtitude : on ne sauroit les proscrire aíî'ez rigoureusement.

I'abïí

Quand vous aurez une connoistànce exacte des principes, vous choisirez le genre d'orthographe qui vous plaira le mieux , & vous pourrez au besoin le changer ou le varier, sans que celà vous cause íe moindre embarras. Demain, pour entrer en matière , je vous communiquerai les observations que j'ai faites fur les lettres de l'alphabet & les différents sons auxquels elles font consacrées.

DIALOGUE II.

Sur Les Voyelles En Général.

LA MARQUISE, SOPHIE, L'ABBÉ, LE COMTE, LE MILORD.

Le Milord.

"P

S- O R T bien , Mademoiselle; vous voilà munie de tabicttes, & fans doute , d'un courage à toute épreuve.

Sophie.

Je veux écrire avec foin toutes les choses qu'il faudra me fixer dans la mémoire.

1 E Comte.

C'est étudier précisément de la manière la plus propre à s'instruire : je me propose d'en faire tout autant que vous.

L'A B B É.

Nous allons, comme nous en sommes convenus, débuter par l'explication des lettres de l'alphabet. II est inutile de vous en faire l'énumération : cn la sait par cœur avant même qu'on puisse distinguer la forme des caractères qui les représentent

La Marquise.

Les nommerez-vous selon la nouvelle méthode ou selon l'ancienne?

L'a B B é.

Je me donne toute liberté à cet égard. II est indifférent pour le but que je me propose , qu'on prononce une effe ouunji, une elle ou un le , une cme ou un me , &c. Si ces nouvelles dénominations peuvent avoir quelque avantage, c'est pour les enfants qui prennent les premiers principes de lecture.

Les lettres ont deux propriétés très - distinctes , qui se réunissent quelquefois dans le même caractère. L'une de représenter les sons simples & permanents, qui se font entendre sans aucune articulation: tels font ceux qu'on indique par a, e, i , o , u , ou, an , in , &c. l'autre d'ajouter des modifications aux sons simples: tel est l'effet de Y m dans ma, mi , moi, mai, mont, mou; du p dans paix, peu, pan , pis, pas, peau, &c.

La Marquise.

Je fais qu'il y a cinq voyelles : a , e, i , o t u.

L'a B B é.

II y en a même six, en comptant l'y. Ces lettres font appellées voyelles, parce qu'elles servent a l'exprelTion des voix ou sons simples. Mais comme le nombre de ces sons est beaucoup plus grand que celui des caractères qui leur font consacrés , on est obligé pour les représenter tous , d'altérer & de combiner ces caractères de plusieurs manières différentes.

Tantôt deux ou trois voyelles réunies n'expriment qu'un son simple , comme ai dans aimer , ei dans reine, oi dans paraître, au dans aurore ,

eu eu dans Europe, ou dans oubli : c'est ce qu'on appelle des voyelles composées. Les deux dernières , eu & ou, représentent des sons que nous ne pouvons exprimer par aucun caractère simple. II n'en est pas de même des autres. Ai, ei, & quelquefois oi, équivalent au son de Ye; &auk celui de Y o. Les mots aimer, reine, paroître, aurore , se prononcent comme s'il y avoit émer, ríne ,parétre, orore, &c.

Tantôt ces voyelles simples ou composées , font suivies d'une m ou d'une n qu'on n'articule point, & dont toutes les propriétés se bornent à imprimer un son nasal aux voyelles dont elle est précédée; ce qu'on voit dans les mots ambre , antre , emporter, enlaidir, bien, lin , imbiber, faim , ainsi, tromper, onde, &c. Ces voyelles ainsi altérées, font ce qu'on appelle des voyelles nasales.

Ces voyelles simples ou composées , peuvent encore recevoir quelque modification des autres lettres dont elles font immédiatement suivies; fur-tout quand ces lettres font un e , une s, un x ou un ^ qu'on ne prononce point. Mais cette succeflion ne change point la nature des voyelles : elles cn reçoivent feulement un son plus fort &c plus alongé. C'est ce qu'on peut voir en comparant les mots opéra & embarras, le bailli & les baillis, numéro & héros, donné & ne[, joli impromptu & jolie avenue, un lieu & une lieue, clou & courroux, un geai & la paix, &c. & ce qu'on pouvoit voir autrefois en comparant méfié & pommelé, hajler&c gratter, gousté & velouté, gifle & quitte, dixme Sc lime, Sec.

Ia Marquise.

Ces f qui se trouvoient dans le cours des mots & qu'il ne falloit point prononcer, dévoient rendre la lecture bien difficile.

L'abbí

- Oui , Madame. Premièrement on n'apprenoíc

B

qu'avec beaucoup de peine à distinguer les/ muêt-í tes de celles qui dévoient être prononcées: les mots haster, teste, huistre, impost, fluste, maistre, se prononçoient comme s'ils avoient été écrits fans /; &1'/Te íaisoit sentir, comme aujourd'hui, dans faste, reste, liste, poster, justice ,&c. fans que cette différence fût fondée fur aucun principe.

Secondement cette f muette ne donnoit pas toujours le même degré de force à la voyelle qui la précédoit. L'e se prononçoit dans estendre, ejprendrt, estât, autrement que dans eftre , vous estes , arrester, &c. Toutes ces variations ne pouvoient être observées que par un exercice continuel de la mémoire.

Sophie.

Présentement on n'écrit donc plus que les / qui doivent être prononcées?

I'abbí.

Pardonnez-moi, Mademoiselle: nous avons conservé les s muettes quise trouvent à la fin des mots, comme on les voit dans pas, nous, bois; parce que quand ces s finales précèdent des mots qui commencent par uae voyelle , elles cessent d'être muettes , & prennent la prononciation du ç : c'est ce qu'on voit dans pas un , nous allons , un bois épais , qu'on prononce pd jun, nou gallons} un bol qepais, &c.

Mais, dans le cours des mots, nous avons supprimé ces / muettes , & y avons suppléé par des accents. Vous connoiíTez, fans doute , ces petites marques qu'on écrit au-destus des voyelles, pour «n modifier /la prononciation ? ,

Sophie.

Je fais bien qu'on met un petit trait fur Ye qui finit le mot bontí , pour empêcher qu'il ne se prononce comme celui du mot conduite; & sur Y a du .mot bâtir, pour qu'oa le prononce autrement que <3ans le mot battre. C'est apparemment là ce qu'on appelle des accents?

l'A B B É.

Oui, Mademoiselle. On en distingue ordinairement trois : l'acccnt aigu, qui penche vers la droite, & qui marque l'elévation de la voix, comme on le voit fus les e des mots révéré, sévérité, &rc. l'accent grave , qui penche vers la gauche , & qui marque rabaissement de la voix comme il se voit sur Ye dans les mots après, procès, &c. & l'accent circonflexe, dont la forme ressemble à celle de ces deux accents réunis, parce qu'il en réunit les propriétés , & qu'il marque succelliv«ment l'elévation & rabaissement de la voix; c'est ce qu'on éprouve en prononçant les mots hâte, fetc, cìiaîne , vite , hôte, chute, voûte, &c. dans lesquels cet accent est employé.

Ie Milord.

3e crois que ce dernier accent est le seul qu'on ait substitué aux / muettes. Au lieu d'écrire comme autrefois , gaster, gefne, chaisne, vifire, gouster, on écrit avec un accent circonflexe, gâter, gêne, chaîne, vitre, goûter, &c.

L'Á B B É.

II y a quelques mots dans lesquels ces / font remplacées par l'accent aigu , tels que détourner, écrire , répondre , qu'on écrivoit autrefois destourner, escrire, respondre, &c. parce qu'en prononçant le premier e dans ces mots, on élevé la voix fans la rabaisser ensuite.

La Marquise.

Puisque dans le cours des mots, on met des accents à la place de toutes les s muettes, celles qui s'y rencontrent présentement doivent donc toujours être prononcées.

L'a B B é.

Oui, Madame, excepté dans lc mot est : il est

Ba

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