Imágenes de página
PDF

L' A B B É.

Quand on veut faire entendre le c guttural avant IV ou IV , on l'exprime ordinairement par qu. Ex. Vainqueur , vous vainque^ , je vainquis , &c.

Mais comme aucune lettre ne peut être substituée au g , pour lui conserver la prononciation gutturale avant ces mémes voyelles e & i , on est obligé d'y interposer un u. Par ce moyen le g dans guide & guérir, se prononce comme dans gloire , garder, &c.

Sophie.

Cet u ajouté est , si je nc me trompe, ce qu'on appelle une voyelle perdue.

L'abbé.

Oui, Mademoiselle; parce qu'il ne produit absolument aucun son , & qu'il n'est ajouté au g que comme une simple marque , qui cn fait presque un caractère diffèrent , de manière qu'on puuiroit distinguer le g & le gu.

La Marquise.

Quoique dans cette circonstance, Vu puisse s'appeller perdu , du moins a-t-il quelcpie utilité ; mais je n'en vois aucune dans celui qu on met presque toujours après le q. Quelqu'un , qui, quoi , &c.

Le Milord.

Cependant on l'emploie dans tous les mots, excepté coq & cinq. J'ai vu un ouvrage françois qui proposoit la suppression de Vu après cette consonne: l'auteur a d'autant plus de raison que le q a constamment la prononciation du k, & que cet u ajouté ou supprimé ne peut y apporter aucun changement.

Le Comte.

Cet u est étymologique: on le trouve après le q dans tous les mots latins fans exception ; & il

Hz

est si étroitement prescrit dans la langue françoisc J que quand on prononce un « après le q, il faut en écrire deux : le premier est cet u perdu, & le second Y u prononcé. Ainsi il faut écrire quelqu'un, il ne fait qu'user de représailles , & non quelq'un, il ne fait q'ufer de représailles , &c,

Sophie.

Ceci me paroît sort clair: il y a toujours après le q, un // qui ne se prononce point; ainsi s'il y a un u prononcé, celà fait deux u de fuite. Quelqu'un, il n'en faut qu'une , &c.

Le Comte.

Oui, Mademoiselle : il n'y a pas long-temps encore que cette règle étoit générale; mais présentement l'usage en excepte le mot piqûre, que beaucoup de personnes ne se permettent plus d'écrire pat deux u, piquure.

Le MironD.

S'il est nécessaire de conserver cet u perdu dans -tous les autres mots, je ne voudrois pas le retrancher dans le mot piquûrc.

Le Comté.

Cc ne fera point une faute: ces deux orthographes , piqûre & piquûre sunt presque également autorisées.

Sophie.

Quand on prononce un u après le g, faut-il auslì en mettre deux?

L' A B B ê.

Non , Mademoiselle : il suffit alors d'employer Vu tréma , comme vous le voyez dans les mots cigiie , aiguille , pour empêcher que la seconde syllabe ne s'y prononce comme dans figue & anguille. Encore cet û tréma n'est-il utile que quand il est suivi d'une voyelle; car il est de règle généralç que Vu se prononce toujours quand il précède une consonne -. figure, augure, &c.

Le Milord.

II me semble qu'il y a des mots françois dans lesquels il seroit néceíïaire que lc q fût suivi d'un u tréma.

L'abbé.

Oui, Monsieur: les mots écrits par que ou qui, dans lesquels on a conservé la prononciation latine , tels que quinquagénaire, quinquagésime, équestre , équitation, peuvent être écrits avec un u tréma , quinquagénaire , quinquagésime , équestre, éqïïitation, &c. parce que Vu s'y prononce fans altération , comme dans aiguille , ambigûité , &c.

Le Milord.

Quand dans les mots latins ou dérivee de cette langue fans altération , Vu est précédé du q ou du g, vous le prononcez donc toujours comme Y u françois >

I'abbé.

Cela n'est pas général. Quand Vu est suivi d'un a, il prend le ion de ou; ce qu'on voit dans les mots suivants & quelques autres qui gardent la prononciation latine ou étrangère: aquatique , équateur , quadragénaire, quadragéfime, quadrupède , quinquagénaire , quinquagésime, lingual, alguafil. On lit acouatique, écouateur, couadragénaire , couadragéjîme , couadrupide , cuincouagénaire , cuincouagefime, lingoual T algouafìl, &c.

On n'est pas bien d'accord fur la prononciation de ces mots: plusieurs personnes voudroient qu'on y supprimât le son de Vu, & qu'on dît acatique, écateur, cadragénaire , &c. II seroit à souhaiter que tout le monde fût de cet avis , au moins pour les mots qui trouvent plus souvent leur place dans le discours ordinaire,

La Marquise.

Y a-t-îl d'autres mots dans lesquels on garde la prononciation latine?

I'abbì

Oui, Madame; mais ils font presque tous relégués dans les traités de sciences & d'arts. Dans quelques-uns, l'u prend le son de l'o : galbanum, aliborum , faâum , factotum , totum , se prononcent ordinairement galbanome, aliborome, fac7omc,fa3otome, te tome, & quelquefois cn francisant ces mots: galbanon , aliboron , faâon , facloton, toton , &c.

La plupart de ces mots étrangers finislent par des consonnes; cependant on les prononce presque toujours comme s'ils croient termines par une syllabe muette. Outre ceux que nous avons cités , il y cn a beaucoup d'autres, tels que Phébus, Pallas, Paphos, Dap finis, Flores , Phénix, Hambourg ,Bergt la Mark , Zug, qui se prononcent Phcluce., Pallâce, Pâphôce, Daphnîce , Flâréce, Phènixe, Hambourque, Bergue, la Marque, Zugue, &c.

Le Milord.

Ne prononcez-vous pas aussi hymen & examen , comme s'il y avoit himéne 6c examéuc?

L'a B B é.

Cette prononciation a lieu dans le premier de ces mots, soit cn prose soit en vers, excepté quand la rime exige qu'on prononce himin, comme dans ces vers:

L'amour d'accord avec l'hymen ,
Enchaîne son cœur & fa main.

Pour lc mot examen , il y auroit une espèce de pédantisme k prononcer autrement quexamin.

Sophie.

Je crois qu'il n'y a jamais d'à muet après Ic c. Le Comte.

Cela ne se rencontre que dans le mot cueillir & autres qui s'y rapportent, tels que recueil, recueillir , je recueille , accueil, accueillir, nous accueil' Ions , écueil, cercueil, &c. Dans tous ces mots, les lettres cite se prononcent comme s'il y avoit keu, keuiltir, rekeuil, rekeuillir, &c. Par tout ailleurs Vu íc fait entendre après le c , comme on le voit dans les mots écuyer, cuire , cuisant, &cc.

S O P H I E.

Je me rappelle présentement ces mots cueillir, recueil, recueillir, accueil. C'est dommage qu'il s'y trouve des u muets après le c; je fuis toujours tentée de les f lire sentir, & de prononcer kutillir , rekueil, rekueillir, akueil, &c.

L'abbé.

Mr. dcWailly, dans fa Grammaire, écrit ces mots par œu au lieu de uc: cozuillir, recreuil, recœuillir, accœuil, &c. Cette orthographe est conforme non-feulement a la prononciation; mais à l'éryrnologie, puisque ces mots dérivent du latin colligere; &■ même a Tanalogie francoise , car ces mots le rapportent à collection, collecleur, collège , &c. cependant je n'oferoìs enenre l'adoptcr, cuelque raisonnable qu'elle soit; parce que la raison a presque to'i'purs ton quand elle est cn contradiction avec l'usage.

Ie Milord.

L'irthographe que Ptisage prescrit pour ces mots cueillir, recueillir, accueil, &c. a encore un autre jnc. nvcnient, c'est que la syllabe qui suit le c est Cvrite comme dans les mots merveille, pareillement, &■ qu'elle sonne comme dans deuil, feuille , &c> D'-i'iord ïe prononçois toujours keillir, rekcillir, akcillir; & ce n'est que depuis que je fais vos conventions, que je substitue le sonde euil à celui de

« AnteriorContinuar »