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DIALOGUE V.

Sur Les Consonnes.

LA MARQUISE, SOPHIE, L'ABBÉ, LE COMTE, LE MILORD. Sophie.

*^'a. I lu plusieurs fois votre tableau des voyelles, je le fais presque par cœur; mais plus j'y pense , & plus je trouve l'orthographe difficile. Je ne saurai jamais employer à propos toutes ces différentes manières d'écrire le méme son.

L'A B B É.

C'est- h-peu-près toute la difficulté de l'orthographe; mais avec une attention suivie, j'espère que nous la surmonterons bientôt.

Le Milord.

C'est aujourd'hui que vous allez parler des consonnes.

L'A B B é.

Oui, Monsieur. Ce font, comme vous savez , les caractères qui expriment les diverses articulations dont les voyelles peuvent être accompagnées.

Nous commencerons par Inspiration , qui est la plus foible de toutes les consonnes: elle se marque par une h, & rre se manifeste dans la prononciation , que par un espèce de souffle , quelle ajoute à la voyelle dont clic est suivie; ce qu'on peut voir en p r monçant la hauteur, une hotte, &c. C'est dans ce cas que l'A fc nomme aspirée.

La Marquise.

Je me rappelle que l'A aspirée empêche l'élisiou

de la voyelle qui la précède avec celle qui la suit.

L' AfiB i.

Ouï, Madame; c'est cc qu'on peut voir dans ces vers:

Et-neJeur-!ais-se-voir-en-toi-queJe-hé-ros.
Un-grand-cœur-ne-con-noit-de-tour-ment-que-la-hon-te.

U ne scroit pas permîc de prononcer cn élidant Ye & Ya des petits mots le & ta: rhJrot, Vhonte , &c. C'est ce que nous avons vu cn parlant des voyelles, Uh aspirée empêche encore que la consonne dont elle est précédée, ne sonne avec la voyelle qui la suit. Dans ces vers:

Ce-res-pect-qu'aux-hé-ros-nou5-por-tons-mal-gré-nous.
Et-jus-qu'à-je-vous-hais, -tout-s'y-dit-ten-dre-ment
Si-peu-rem-pli-que-le-dia-ble en-eur-hon-te. ..

il faut prononcer avec aspiration , au héros, jt VOll hais , m fil honte; &* non en faisant spntir la consonne finale des mots aux , vous , eut: aux çéros, je vou ^ais , le diable en eu tonte.

Sophie.

Au héros, au %éros, héros, des [éros! Cela fair des choies bien différentes. .

Le Comte. Cette équivoque de prononciation est la feule cause pour laquelle on aspire YA dans'le mot héros; car elle est muette dans les mots héroïne , roïsme , héroïque , qui s'y rapportent. Des héroines t les faits héroïques , se prononcent des [éroines, les faits héroïques , & non héroines , les foi héroïques , &c.

La Marquise.

II me semble que Ynaspirée entre deux voyelles, produit le même effet que si on mettoit deux points fur l'une ou fur l'autre. Trahir, bahut, fc prononcent comme s'il y avoit trait, haut, &c.

L'a Bbé.

L'ï & Vu tréma dans ces mots, empêcheraient oue le son de ces voyelles ne s'unît avec celui de 1 a qui précède l'A , & qu'on ne prononçât trér, bât, &c. mais l'A ajoute à cet effet Inspiration qui lui est propre : c'est ce qu'on voir en comparant les mots réalité & réhabilite* La séparation de Ye & de Va est bien moins marquée dans je premier que dans le second.

IE Ml LOB. p.

Toutes vos aspirations font - elles marquées pat des A?

L'abbé.

Oui, Monsieur.

Le Comte.

Cependant on aspire les mots oui & on\e, quoiqu'ils ne soionr pninr écrits par une h. Dans ces phrases : vos oui & vos non ne servent à rien. nous partirons des onze heures % on prononce oui & non , on\e heures; & non vos [oui & vos non , dés [on[e heures , &c.

L'a Bbé.

II n'y a point d'aspiration dans ces phrases. Pour éviter la cacophonie ou l'équivoque, on passe fous silence Vs finale des mots qui précédent oui & on\c: si nn prononçoit vos [oui, on pourroit entendre vos ouies, vos oreilles -y en prononçant des [on\e heures, ces deux [ produiraient un effet désagréable. Voilà pourquoi on prononce oui & vos non, on\e heures, &c. Mais les mots oui & on[e ne font point-du-tout aspirés; c'est ce qu'on peut voir en comparant les phrases citées avec les expressions suivantes : des Hollandois , un repos hon-' teux, dans lesquelles l'aspiration des mots Hollandois & honteux se fait sentir. Au reste on prononce nonce le t dans cette phrase: il est on\e heures: l'o fait élision avec lc mot qui précède dans celles-ci; âgé d'onze ans, il me demande on\e jours , &c.

Le Milord.

Les h muettes ne produisent donc absolument au-* cune sensation?

I'abbí

Non , Monsieur. Les mots où elles se trouvent sc prononcent exactement comme si elles n'y etoienc pas: elles n'empêchent ni l'élision des voyelles, ni l'articulation des consonnes. C'clì ce qu'on voie dans ces vers:

Mais Œdipe, héritier du sceptre de Corinrhe ,
Jeune, & dans sdge heureux qui méconnoìt la crainte.
L'or seul règle les rangs : de rien il fait un homme.
C'est n'être point heureux que de l'être en silence,
îtais Vhonneur fans argent n'est qu'une maladie.
Que peuvent devant vous tous les joibles humains t

On prononce comme s'il n'y avoit point à'h: (Rdi-pèritier, Vâ-geureux , eu-nomme , poin^teureux , sonneur, foible-[umains , &c.

Ainsi c'est faire un hiatus que de mettre après1 toute autre voyelle que Ye muet, un mot qui commence par une h muette ; ce qui se rencontre dans ce mauvais vers:

Un joli homme , enîvré de ses charmes.

Joli homme, c'est comme s'il y avoit joli omme, ce qui fait un hiatus, puisque deux voyelles s'y succèdent immédiatement & sans élision. II n'en est pas de méme juand Yh est aspirée; parce qu'alorá elle fait l'office de consonne. Un emploi honteux, il aura hài, ne forment point d'hiatus.

Sophie.

Ces h qui ne se prononcent point doivent 00 «asionner bien des difficultés!

Le Milord;

II me paroît plus difficile encore de savoir quand l'usage veut que les h soient muettes ou aspirées. Les Grammaires que j'ai lues se bornent à faire une liste de tous les mots dans lesquels cette dernière prononciation a lieu.

L'A B B É.

C'est auflì le parti que nous prendrons pour résoudre l'une & l'autre de ces difficultés; mais nous attendrons pour cela que nos connoiflànces nous permettent de ranger tous ces mots par classes; ce qui diminuera beaucoup le travail de la mémoire.

Les consonnes qui approchent le plus de Inspiration sont les gutturales , c'est-à-dire, celles qui se prononcent de la gorge.

Nous distinguerons la gutturale douce , qu'on exprime toujours par le g tel qu'on le prononce dans gloire , garde , &c. & la gutturale forte , qui s'écrit ou par un k, comme dans alkali; ou par un q, comme dans quelqu'un ; ou par un c, comme dans cacophonie; ou même par un g; ce qui a lieu quand cette consonne termine un mot, & qu'elle sonne avec le mot suivant, comme dans ces expressions: un sang épais, un long & pénible travail , qu'on prononce un fan képais, un Ion képénible travail, &c.

Le Milord.

Ce qui m'embrouille toujours dans l'emploi de ces consonnes, c'est que leur valeur n'est pas constante. Le g & le c perdent la prononciation gutturale quand ils précèdent un e ou un i : lec prend alors le sifflement de Ys, comme on le voit dans ciel, cerceau, qu'on prononce fiel, ferse au, &rc. & le g prend celui du j , comme dans génie, gîte , qu'on prononce jénie ,jhc, &c,

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