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Je sais qu'il n'y a rien de plus ridicule que de découvrir un écrivain déjà fort célèbre, et le romancier qui peut-être, à cette heure, est le plus passionnément aimé et lu. Je sais que pendant que nous lisions, comme une nouveauté, le Livre de la Jungle, vingt mille personnes attendaient silencieuses, dans une rue de N ew York, qu'on leur jetât de l'hôtel le dernier bulletin de santé de Rudyard Kipling, malade. Je sais aussi que les érudits déclarent d'un air dédaigneux que la traduction de ce livre extraordinaire est mauvaise, et même détestable, et qu'il est impossible de s'en faire une idée juste autrement que dans l'original. Mais tout cela ne m'a pas empêché, et n'empêchera personne, de lire le Livre de la Jungle Passionnément, d'en être étourdi comme par une sensation absolument neuve, d'en étre heureux comme d'une découverte et de trouver excellente la traduction à laquelle toutes ces jouissances étaient dues.

Si vous vous voulez sur Rudyard Kipling un jugement intelligent et expliqué, lisez dans la Revue de Paris, les beaux articles d'André Chevillon. Si vous préférez les impressions d'un très rare artiste, lisez dans un récent Cri de Paris, une chroniquette anonyme,mais qui est assurément d'un homme bien fait pour juger et pour aimer Rudgard Kipling. Moi, je n'en puis rien dire de sensé ; il y a des émotions littéraires si imprévues qu'il faut du temps, des comparaisons, et des moyens d'étude qui me manquent, pour se reprendre et se dégager.

J'ai vécu pendant deux jours sous les formes successives d'une panthère noire, d'un serpent python, d'un phoque blanc et d'une mangouste ; j'ai chassé dans la Jungle ou dans les jardins, j'ai voyagé dans l'épaisseur du Pacifique; et je ne suis pas encore complètement revenu à mon existence antérieure. De même qu'il est inconcevable qu'un homme ait pu écrire la Mort d'Ivan Ilitch sans être déjà mort lui-même, et s'en souvenir; de même, je ne conçois pas que Rudyard Kipling ait pu écrire un tel livre sans garder encore la conscience de formes animales qu'il aurait revêtues dans le passé. Ce livre la ferait croire à la métempsycose. J'affirme que je ne crois rien exagérer.

Les deux nouvelles qui terminent le volume, Service de la Reine et Toomai des Eléphants (encore dans celle-ci, trouvera-bon quelques pages prodigieuses) me plaisent moins ; je les crois d'une époque antérieure. Mais les cinq premières sont admirables. Je suis convaincu qu'on peut les lire et les relire d'une manière indéfinie, et ne jamais s'en lasser. Elles ressemblent tout à la fois aux Fables de La Fontaine, aux Contes de Perrault et aux Histoires naturelles de Jules Renard, et elles ne ressemblent à rien du tout. Elles sont d'une variété et d'une richesse lyrique incomparable. et en même temps, elles donnent la plus forte impression de vie, de naturel. de réalité. C'est un livre bien extraordinaire. Je voudrais bien qu'on traduisit vite d'autres livres, tous les livres de Budyard Kipling: et pourtant, je ne sais pourquoi, j'imagine que dans son œuvre même. ce doit être une œuvre exceptionnelle. LÉON BLUM

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ÉMILE FAGURT : Questions politiques (Armand Colin).

Sub tegmine Faguet j'ai passé trois heures moroscs.Quoi qu'il fasse et quoi qu'il dise devant les littératures,les morales et les politiques, M. Faguet affectionne la posture assise; même au théâtre, où le plaisir serait de comprendre, tout au moins de somnoler au déferlement des phrases, il reste didactique. Comment se fonda sa conviction exempte de doutes et de nuances. il oublie toujours de nous en informer, et ne veut pas qu'on le trouble dans son assurance. — M. Maurras doit en savoir quelque chose. — Au lieu de parler de plainpied avec le lecteur, il lui faut — je ne dirai pas une estrade —' mais un petit banc. Le livre d'hier qu'il nous apporte sur les questions politiques du temps présent restera parmi les plus médiocres dissert'ations, riche de matière grise plus que d'idées; un certain ton grinehu, parfois malveillant, jamais ému y soutient l'attention. Tout cela est trop simple et trop sec, conforme à la manière d'un professeur qui aurait lu trop de journaux. Toute politique est une coquetterie et c'est vraiment m'exprimer rien que de vouloir en dire le fond. Les réfutations de M. .Faguet et ses objections au fédéralisme et au socialisme ne prévaudront jamais contre les raisons sentimentales et les fatalités qui déterminent ces courants.

M. Faguet croit que l'idéal socialiste [léchit parce qu'il s'en rapporte à certains mots, à certaines déclarations. Que ne pénètre-t—il le sens des tactiques !

Et vraiment l'heure est mal choisie pour infirmer l'effort d'un parti sur quelques divergences de programme, alors qu'il s'affirme en élevant l'esprit de ses adeptes jusqu'à l'idée de justice, si abstraite, si difficile, où répugnait jusqu'ici le sentiment de la foule. J'étonnerai sans doute M. Faguet en indiquant que l'affaire Dreyfus c'est encore du socialisme : la protection de l'individu par la masse et la mise en commun des intérêts; ou peut cependant affirmer que l'éducation socialiste, en habituant le sentiment populaire à réfléchir l'idée de justice, a donné à la question Dreyfus toute son ampleur.

L'idée la plus originale du livre de M.‘ F aguet serait, me semblet-il, que les hommes de 1830 ont coloré les faits de 1789 d'une imagination romantique qui nous en cache le véritable sens.

M. Faguet pense que, pour mieux comprendre cette révolution qu'il dit économique, et non sans raison, il conviendrait de lire atten

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Nous aurions voulu citer bien des pages de ce livre, mais la place nous manque. M. Lenôtre dit. dans sa 1.wél‘aee, qu’ « il n’a point conçu l'espoir de déranger en rien ce qu'on sait de la Révolution ». Il a en tort. Lorsqu’on a étudié les dessous de la Révolution comme l’a fait l’auteur du Vrai Chevalier de Àluisnn-Ilougv, on peut avoir la prétention de redresser les erreurs de ces pédants qui, selon le mot de Sainte-Beuve, sont des « esprits a mijour ».

JEAN (iI'É'I‘ARY

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THÉATRE. —François de Curcl : La Nouvelle Idole.Stovk, 2 l‘r.—-Brirux : L’Erasion. Stock. 2 fr. —Alexandre Parodi : Le Pape. "ennuyer. .’. l‘r. — Louis Eruaull : Le Miracle de Judas, Librairie de l'Art lndé N'lltlillll. ‘l l‘r. —— Jean Riche )in : Les Truands, Fusquelle, 3 fr. 51). — Anlony 'u_yrinier: Les I)éserteusas. ordenux, Graby et Laborde, 1 fr. — Maurice Vaueaire : La l’rtilr Famille, Olleudorfl‘. 1 fr. 50. -— Abel Hermaut : La Phil!‘ mine.t)lleudorll‘, 3 fr — Jean de Gou— rel : Comédies pour théâtres ou salons, 0 lendorll‘, 3 l‘r. ôo. — Enfile Bergerut : Plus que Reine, Ollendorfl‘, 3 fr. 50.

Connxsronomvcss. — Th. Aubanrl : Lettres ri Mignon (la comtesse de T'"), Avignon, Aubanel frères.

ÉTATS, SOCIÉTÉS, GOUVERNEMENTS. — Francis de l'ressensé, Un Juriste, Enfile Pouget : Les Lois scétérales, Editions de La revue blanche, 0 fr. 25. -— Un lntellectuel : Goums-Pilote et autres histoires. Stock, ‘5 fr. .30. — Emile Vander— velde : Les Villes tentuculaires. conférence publiqueorganisée par le groupe des étudiants eollectivistes de Paris (16 janvier 1899), Georges lit.‘ luis. 0 fr. 15. — Edgar Milhaud : Le Congrès socialiste de Slutlgarll (avec une préface de Jean Jaurès), Bellais, 0 fr. 10. — Brooks Admus : La Loi (le la civilisation et de la décadence, essai hi8tor' ne (traduit del‘anglais par Ang.l)ietrich), Alean, 7 l‘r.50. -— Henry Housssye : I {5, W’alertoo, l’errin, 3 l‘r. ño. —- l‘! ltodocanaehi : Bonaparte et les Îles ioniennes (1797-1816). Alcan, 5 l‘r. —-' .Ïacque Bonzon : La Législation de l’Enfanee (1789-1894), a‘ édition, avec appendice de 1894 à 1898, Gunllaumæ'n, 3 f1‘. 50. —— P. Lapie : La Justice par l'Etat, Alean, 2 fi‘. 50. — G. Vallaux : Les Campagnes des armées françaises, Alcan, 3 l’r. 50.

CRITIQUE. — Robert de Souza : La Poésie populaire et le Lyrisme sentimental, Mercure de France, 3 fr. 50. — Charles Moriee : Baud-Boy‘, un peintre de la montagne, Gcnève, Ed. de la Montagne, 1 tu‘. 5o. — Le Porte Houle Baissier : L’Enlumineur Marcel Lenoir, t’llomme et l’Œuvre, A. Arnould, 2 li‘. — Albert Jounet : Dieu de Beauté, Bruxelles, Editions de la Lutte.

V1LLns. — Theodore Andrea Cool: : The Star)’ ofll‘oucu, illuslmted by Helen M. James and Jane E. Cook, Loudon, J. M. Dent, 7 fr.

LITTÉRATURE ALLEMANDE. Poésie. —Gvorg Stolzenbcrg: Nanas Leben, Ber-lin, Johann Sassenbach, 2 Mk. — ltolph \\'oll’gang Max-tons :Befi*eite b‘luegel, |d., id , id. — Arno Holz : l’hantusus, neue (lediehle, id.. id., id. — Robert Ress : Farben, id , id., id. — Ludwig Rcinllard : Moine Jugend, l, id., id., id.

NOUVEAUX Pinuomquas. ——- Le _Smart, Journal quotidien d’informations ; directeur : Henri de Savcnne; gratis; Pans, boulevard des Italiens, Io. — Le fil d’Ariane, remontant au sens original des Mythes, Legeudes, Fables et Monu—

.ments de l’Antiquilé, mensuel; le a“: o l‘r. 1.3; Paris. rue Ilermcl. l18. — Dokurnente

der Frauen, mensuels; le n° : 15 kr : 25 pl‘.; \Vien, Vl/,. Magdalenenstrasse, 12.

Le gérant .- Paul LAGRUE.

Amis—sur—Aube. -— lmp. Le Faûuonr

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du tome XVIII

‘M044?
Paul Adam : Les Pauliciennes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 177
Jean Ajalbert : Le nomme’ Graviou . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 194
Anonymes : Notules de Théâtre . . . . . . . . . . . . 64, 135, 221, 308, 392
Alfred Athys : La Quinzaine dramatique . . . . . . . . . . . . . . . 460, 551
Victor Barrucand : Bibliographie. 77, 147, 235, 315, 474, 635
— — Les Lettres italiennes . . . . 399 1
Maurice Beaubourg : Le Printemps trompe’ . . . . . . . . . . . . .. 570
Léon Bélugou : Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 156
Julien Banda : Journal d'un Byzantin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 401
— Notes politiques et sociales :

Les Fautes individuelles . . . . . . . . . . . . . . . . . 219
Renan et Jules Lemajtre . . . . . . . . . . . . . . . . . 306
Honneur ou Honnêtetÿ? . . . . . . . . . . . . .\. . . . 384
La bonnefoi de M. Jules Lemattre. . .' . . . . 543
Vladimir Bienstock : Bibliographie. Les Lettres russes . . . . . 79
Léon Blum : Bibliographie . . . . . . . . . .. 143, 231, 394, 468, 558, 634
Marcel Boulanger : Le Page . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 490, 592

Louis-Pilate de Brinn’Gaubast : Bibliographie. Les Lettres
portugaises . . . . . . . . . 319

Edmond de Bruijn : Musique. Princesse d’Auberg‘ë . . . . . . . .. 226

Donato Buoci : Sur Stendhal . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 337

Romain Coolus : Elle est incorrigible.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 191

— L’Express dans la Nuit. .. . . . . . . . . . . . . . . . 429

André Comeau : Musique . . . . . . . . . . .. 69, 140, 225, 311, 464, 631 \
Robert Dreyfus : Notes politiques et sociales : La Maison
du Peuple, Bruxellesî . . . . . . . . . . . . . . . 623
Théodore Duret : Quelques Lettres de Manet et de Sisley. . 433 I-‘élieion Fagus : Petite Gaçette d’Art. . . . . . . . . .‘. . . . 389, 546, 628 ‘
Pierre Finet : Essai sur la Médecine (suite) : II. Le Cobaye . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 110
III. Contre tout l’Institut ou le Voleur de
Prunes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 963
Jules de Gaultier : Bibliographie . 'ÏΑ~' . . . . . . . . . . . . . . . . . . 149
Remy de Gourmont : Les Grammairicns et la Déformation 513
Jean Guêtary : Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 155. 479, 636

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