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allégorique - à des pensées d'après coup, nécessairement étrangères; de sorte que cette conception, qui prétend faire l'artiste l'homme de pensée (qu'il fut toujours), le déshabitue de penser par soimême : la majesté, la poésie d'une clairière au crépuscule s'exprime par son propre spectacle, si sa traduction picturale sait transférer au spectateur l'exacte sensation que le peintre en conçut. Surcharger de femmes blanc vêtues aux attitudes, avouons, d'une convention un peu rhétorique, voire théâtrale, confesse en somme de l'impuissance, absolument comme le décorateur qui signifie l'Agricul. ture par un modèle d'atelier adossé à des gerbes, à un soc de charrue... L'impuissance n'est pas le cas d'Osbert, mais du procédé. La poésie des aurores et des soirs, il la pouvait transcrire en peintre, il l'a sténographiée en littérateur, et s'est tari : des vingt toiles exposées, la monotonie des titres, Dans le Silence, Dans le calme, Dans le Rêve, l'Adieu au Soleil, Charme du Soir, Pensée du Soir, Enigme de la Mer et du Soir... représente celle des ouvrages : la toujours même clairière, même ciel, mêmes arbros, inême couleur, et toujours même femme intarissablement recommencée. Claude Monet peignit cinquante fois sa cathédrale, chaque fois nouve, semblable en rien aux autres : il ent pu la peindre dix mille, sans répéter, parce que la nature est diverse à l'infini. Qu'Osbert ait réalisé toujours devant elle ses paysages mystiques, ce qu'on n'ose assurer, qu'importe : lectures et conversations des poètes lui faisaient — impalpable écran mais trop réel — la campagne avec son langage authentique moins présente que s'il n'eût pas quitté l'atelier. Or, il est jeune, a le temps de se ressaisir, et le haut talent qu'en dépit de lui-même il atteste fait souhaiter qu'il en retrouve l'énergie.

ARMAND POINT (1).

Celui-ci a subi une autre déviation, mais au moins pernicieux effet, puisque, issue d'une religion artistique et non exclusivement d'infil. trations littéraires, elle n'a pas en quelque sorte désagrégé, empoi. sonné son esthétique, l'ossifiant seulement dans un moule étroit. Stuart Merrill, préfacier du catalogue, dit : «M. Armand Point débuta très jeune et acquit rapideinent une réputation de peintre habile à faire rayonner la nudité de la femme sous la lumière des heures chaudes, dans les miroitantes eaux qu'égratignent des libellules, contre les feuillages piqués de fleurs de pourpre ou de fruits de cuivre. Je rappelle aussi, de cette période, de sobres eaux-fortes où s'esquissent, parmi les tentes, les fantasias et les étendards, les gestes de la vie nomade du désert. La fortune aux mains pleines d'or souriait déjà au jeune peintre, quand celui-ci fit son premier voyage en Italie. Ce voyage lui révéla la vanité de l'art moderne et l'inutilité de son (1) Galeries Georges Petit, rue Godot-de-Mauroi.

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Musique

OBÉRON

Une fois de plus, le théâtrc lyrique — cette scène fantôme dont les portes se ferment aussitôt qu'elles viennent de s'ouvrir — essaye de renaitre de ses cendres encore chaudes de tous les succès l'antan. C'est à la Renaissance (titre en situation) que l'expérience scabreuse est tentée à nouveau.

Pour n'esfaroucher personne, MM. Milliaud frères ont débuté, en leur entreprise, en reprenant une pantomime à succès, et voilà que maintenant ils s'enhardissent jusqu'à monter Oberon.

Réussiront-ils à conjurer le mauvais sort qui s'acharne sur « le lyrique »? C'est le secret de l'avenir.

Si l'on examine les conditions dans lesquelles se trouvent les directeurs du « lyrique » actuel, il est certain qu'ils vont se heurter à nombre de difficultés, sinon insurmontables, du moins offrant plus d'un danger. Tout d'abord, la salle, où séjourna longtemps la folle opérette, et où ils opèrent maintenant, est de dimensions fort restreintes ; elle est même si petite, la bonbonnière du Petit Duc, que l'on est obligé de loger les cuivres de l'orchestre dans une des avantscènes du rez-de-chaussée. Disposition originale dont le comique n'échappera sûrement pas aux faiseurs de revue de fin d'année.

Trouver des musiciens de valeur pour former uu orchestre est chose en somme assez facile à Paris, où un chef adroit et connaissant son métier n'a qu'à agiter sa baguette pour faire sortir des instrumentistes du mystère des foules. Réunir des choristes ayant des voix est encore possible; mais une troupe d'artistes susceptibles de chanter honorablement les rôles principaux ! Car si pétri d'indulgence que soit le public parisien, on ne peut avoir la prétention de croire qu'il acceptera d'abominables médiocrités dont la province elle-même ne tolèrerait pas l'exhibition offensante. Il est donc de toute nécessité que

la troupe du Théâtre lyrique soit, nous ne dirons pas excellente, mais suffisante et tolérable.

Et cela est d'autant plus indispensable, qu'une scènc lyrique ayant la prétention de durer ne peut se dispenser de monter des oeuvres nouvelles et de reprendre les vénérables chefs-d'æuvre qui exigent des artistes n'ignorant pas complètement l'art du chant et en possession de quelque voix. De puis la disparition du «Lyrique » de la Gaîté, qui eut de brillants moments, chaque année, à l'époque des lourdes chaleurs, un soi-disant « Lyrique » convic le public à venir applaudir le Trouvère, le Voyage en Chine, Lucie ou les Mousquetaires de la

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et à regretter que l'Opéra-Comique ne compte pas Obéron dans son répertoire. M. Carré qui aime la mise en scène et sait monter les ouvrages, trouverait dans Oberon un joli prétexte pour donner libre carrière à son goût si sûr et à ses qualités d'artiste délicat.

L'interprétation du Théâtre de la Renaissance ne brille d'aucun éclat. L'orchestre est fort bien et fait honneur à son chef, M. Danbé. Les chours ne sont pas au-dessous de leur tâche, laquelle n'est pas mince dans Obéron. Les décors ne sont pas déplaisants à l'ail; par contre, les costumes sont parfois d'une couleur agressive.

Il n'y a pas à dissimuler que, même pour monter Obéron comme on vient de le faire à la Renaissance, il a fallu réaliser un sérieux effort.

Aussi, considérant que MM. Milliaud frères furent obligés de réunir une troupe à la hâte et n'ont pu disposer que d'un très court espace de temps pour mettre en état d'être présenté au public le chef-d'ocuvre de Weber; considérant qu'il serait inalséant de se montrer l'une exigence exagérée, en la circonstance, il n'y a qu'à encourager un premier essai - en espérant mieux pour l'avenir.

ANDRÉ CORNEAU

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