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lons à chaudières, c'est le café, vaste salle joyeuse, où huit cents consommateurs tiennent à l'aise. ou l'on ne boira point d'alcools; puis les magasins de nouveautés, la boucherie, le bureau où les bénéfices se répartiront... A l'entresol, au premier étage, des salons d'essai pour les magasins de confections, ime vingtaine de bureaux, de salons, de salles, la bibliothèque, la « salle blanche », avec une tribune, pour les conférences du soir. Enfin, plus haut, la salle des fêtes, entourée d'un balcon qui serpente, surmontée d'une terrasse accessihle, d'où le regard domine Bruselles, ses toitures et ses monuments.

Cette salle des fêtes, c'est le « clou » de l'ouvre. Comme on n'y va pas tous les jours, l'architecte a eu la hardiesse heureuse de la mettre en haut, tout en haut de la Maison. Rien d'inutile en ce long hall rectangulaire, inondé de lumière, ou de légères lampes électriques peuvent s'éclairer pour les jours sombres. La décoration en est pure, les fers élancés, les teintes délicates. Tous les ornements apparaissent gracieux, parce qu'on les sent indispensables. C'est de l'art moderne, du meilleur.

La nouvelle Maison du l'cuple, i Bruxelles, il coùté douze cent mille francs.

Des milliers de personnes se sont pressées là, l'autre dimanche, pour entendre, acclamer Vandervelde, orateur disert, d'éloquence onctueuse et presque sacrée, puis le rauque Demblon, l'honnete Defuisseaux, le verveux Anscele, enfin Jean Jaurès, dont la voix cuivrée lançait aux échos cette belle phrase : « Ici, le rève prend la solidité de la matière, sans perdre la hauteur de l'esprit !... » Et, religieusement, tous les orateurs évoquaient, sans le nommer, l'autre Jean Jean Volders le créateur, mort à la peine, il y a trois ans... Quelques assistants, en petit nombre, sont allés, je crois, porter sur sa tombe une couronne.

Ce furent de belles fêtes. Elles ont duré pendant deux jours. Oui, deux jours d'illuminations, de spectacles et de cortèges, de visites aux divers locaux de la Coopérative. C'est long, deux jours, et fatigant. Dès le premier soir, au restaurant de la Maison du l'cuple, je me souviens d'avoir vu, la face contre une table, un mineur du Borinage en vêtements de travail, costume blanc, lampe sur la poitrine, chapeau de cuir noir... Le malheureux n'en pouvait plus; et il dormait à poings fermés, malgré le bruit et la lumière. La foule le regardait en riant.

ROBERT DREYFUS

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LE PARTAGE DE L'AFRIQUA

La convention franco-anglaise du 21 mars 1899 est l'acte décisif du partage de l'Afrique. Désormais, les puissances n'ont plus que des territoires relativement restreints à se disputer sur le continent noir.

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la région que la Grande-Bretague vient de nous reconnaître. Si quelque capitaine d'infanteric de marine s'avise, en effet, de tenter un raid vers la rive orientale du Tchad, du coup, il nous aura infligé une dépense de quelques milliers ou dizaines de milliers d'hommes et de plusieurs centaines de millions. Les guerres soudanaises ont été conduites par des subalternes, contre le gré des ministres, contre la volonté du Parlement. Ce sont de simples capitaines qui nous ont imposé la propriété des sables inhabitables et stériles du Haut Fleuve et de Tombouctou. Il faut se prémunir par avance contre les folles ambitions de quelque émule de Bonnier et déclarer nettement : le Kanem, le Wadaï et le Baghirmi sont les réserves d'un avenir très lointain, les terres vierges et inviolées que nous conservons dans notre domaine afin d'offrir aux générations des siècles futurs des spécimens de la barbarie primitive: défense d'y toucher.

Que si un ministre des colonies y envoyait un détachement, nous nous heurterions là à toute la puissance musulmane. Lord Salisbury nous a fait ce cadeau, fascinant, mais dangereux, du Wadas, siège social du fanatisme senoussiste. Nous avons l'avantage désormais de posséder le repaire des Mahdis, et le Cabinet de Londres peut faire surgir à volonté des prophètes sur les confins de notre empire d'Afrique. Le Mahdi du moment s'appelle Rabah et, avec son armée victorieuse de 30 à 40,000 hommes, il est plus dangereux qu'Ahmadou et Samory réunis.

Mais n'espérons pas trop en la sagesse gouvernementale. Demain, il faudra bien relever quelque peu le prestige militaire, rehausser d'une gloire jeune l'autorité plus qu'ébranlée de nos états-majors. Les champs d'Afrique seront là, comme en 1829, en 1845, en 1853, en 1881, en 1890, pour servir de dérivatif aux passions intérieures. On offrira à la curiosité publique le spectacle d'une grande campagne contre Rabah et le senoussisme, à plusieurs milliers de kilomètres de la côte, et la foule, encore mal éduquéc, oubliera les responsabilités de la haute armée pour acclamer les batailles soudanaiscs. En nous cédant le Wadaï, Lord Salisbury a plus fait pour le militarisme français que tous nos nationalistes associés.

PAUL Louis

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