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endroit où, selon moi, tous, sauf le concierge, devaient m'ignorer; mon étonnement s'accrut encore lorsque j'aperçus Florence, la femme de chambre de Juliette. Elle ne prit pas le temps de s'asseoir. A peine entrée :

- Monsieur, dit-elle, il faut vous sauver d'ici et le plus vite possible. Si vous restez, sûrement il vous arriverait malheur. Madame veut vous faire arrêter!

Oui, continua-t-elle en voyant ma stupeur, et savez-vous que ce serait une mauvaise affaire pour vous, monsieur? Ce qui s'est passé l'autre nuit n'est rien; madame Juliette est toute marquée, et puis son beau collier est brisé, c'est vrai, mais ce ne sont pas les premiers ennuis que lui font ses amants. Ça ne serait rien, je le répète, si elle ne vous en voulait pas. Mais elle va dire que vous êtes un assassin, que c'est vous qu'avez tué ces marins de Naples, vous savez, ceux qui se trouvaient avec M. Paul Ancelle et qui, parait-il, ne sont jamais revenus. Ahl ce sont de sales histoires ! Et c'est que tout le monde vous en veut, monsieur. Vot' valet d' chambre à qui vous deviez d' l'argent, paraît-il... Ça ne me regarde pas, d'ailleurs. C'est l'affaire de monsieur, tout ça, mais le valet d' chambre, il se parait, vous a espionné. Il a su où vous demeuriez. Et puis la police va venir. Je ne comprends pas madame. On règle entre soi ses comptes, sans mettre ces gens-là dans ses mic-mac. Moi, d'apprendre qu'on allait vous arrêter, ça m'a fait du mal, car monsieur a toujours été très bon pour moi, même que c'est lui qui m'a défendu quand madame voulait me chasser, rapport que j'étais enceinte... moi j'suis pas une ingrate;j'me suis souvenue de tout ça, et dès que j'ai su qu'il se manigançait quêque chose contre lui, alors je suis venue. A présent, c'est l'affaire à monsieur de savoir ce qu'y doit décider. Mais le temps presse.

Toute ma fureur contre Juliette s'était réveillée aux paroles de la domestique, que, dans mon émotion, je ne pensais même pas à remercier.

Ah ! elle veut me faire arrêter! Elle veut me faire arrêter! m'écriai-je, mais en souriant soudain à quelque idée abominable : Dites-moi, Florence, est-ce qu'elle a toujours chez elle sa petite nièce?

Toujours, monsieur, même que c'en est scandaleux. Elle la laisse patiner, bichoter par des messieurs. Elle n'a pas honte que c'est la fille de sa scur!

C'est excellent, ce que vous me dites là, Florence. Eh bien, vous alles voir, vous allez voir, qui de nous deux sera arrêté le premier !

Qu'est-ce que monsieur va faire ? s'écria la femme de chamhre déjà effrayée.

Vous me le demandez ? C'est bien simple. Je vais mettre la police dans ses histoires, comme elle la met dans les miennes. Je vais la dénoncer au parquet !Oui! la dénoncer... pour encouragement de mineures à la débauche ! Je ne la vois pas très propre, Madame Juliette Fournier, après quelques années de travaux forcés.

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L'autre jour, il venait de lui donner une bague que moi j' trouve pas bien jolie, bien jolie, mais qui, paraît-il, vaut des prix fous. Y a des perles noires, des perles roses. C'est admirable, il se paraît. Elle était d'abord dans le désir de l'avoir, elle la montrait à tout le monde, puis, le jour même du cadeau, la voilà, au Concours, qui se met à se jeter à la tête d'un officier. Tout le monde l'a vue. Et comme

le

pauvre amant, bien humble, souffrant le martyre, mais sans trop oser le laisser voir, venait l'implorer : « Ah! fiche-moi la paix. Crois-tu que pour une bague je vais être à tes pieds ! Tiens, la voilà ta bague. » Et elle la lança je ne sais où, oui, une bague qui valait tant d'argent ! Après, par exemple, elle s'en est repentie, elle est allé la chercher, la demander, mais dame! personne ne l'a retrouvée. On ne lui a pas fait dire. De trois jours elle n'a pas couché à la maison. J'ai cru que monsieur allait se tuer. Ah! voyez-vous, c'est une méchante femme. Oui, elle en fait aux hommes comme aux femmes. Enfin, à moi, pourquoi qu'elle voulait me mettre à la porte, est-ce que ça la regarde que j'aime Pierre ou Paul. Tenez, que monsieur me permette de lui dire : Madame, c'est une sale bougresse !

Florence! m'écriai-je, je vous défends de parler ainsi. Taisezvous, je ne puis entendre dire du mal de ma Juliette. Non, elle n'est pas méchante. Je ne veux pas le croire. Et vous, Florence, vous serez bonne de lui dire combien je l'aime, combien je suis malheureux de m'être ainsi laissé aller à ma colère, comme je pleure le mal que je lui ai fait. Tenez, Florence, portez-lui ce que j'ai écrit. Peut-être aura-t-elle un peu de compassion.

- Mon pauv' monsieur ! répliqua la domestique en me dévisageant d'un air de profonde pitié. Si j'avais été que monsieur, c'est pas des femmes comme ça qui m'auraient tourné la tête. Y en a tout de même assez qu'ont du cour !

Elle sortait déjà; elle revint sur ses pas et s'approchant tout près de moi, elle me chuchota :

Si vous la voyez, madame, n' lui répétez pas c' que j'ai dit d'elle. Faut pas faire tort au monde. Et puis ça m'a échappé

Ah ! Florence, je ne la reverrai jamais.
C'est ça qui s'rait heureux pour vous
Ne dites pas cela, Florence !

Moi, reprit la femme de chambre qui ne voulait pas partir sur de mauvaises paroles, moi, j'ai dans l'idée que tout ça s'arrangera, et qu’ monsieur n' sera pas c' qu'il est aujourd'hui, quoiqu'tout d’mème, avouez-le, monsieur, c'est bien de vot' faule... J' vas toujours lui dire que pas

de bon sens de vouloir ètre mauvaise pour un hoinme qui l'aime tant !

Cette visite me laissa une grande joie. Je ne songeais d'abord point à la dénonciation de Juliette. Le léger espoir que m'avait donné Florence avait sufli à m'enchanter. Que Juliette fùt si cruelle pour Ancelle, j'en éprouvais une mystérieuse jouissance. Ancelle était, sans doute, revenu riche de Madagascar, et c'est pour le dépouiller

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