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Voici des mules brochées de soie verte
chère, avec de fins lacets d'argent :
c'est une vieille qui les a faites,
une vieille à ses aiguilles songeant.

Donne-moi ton petit pied peureux et nu comme une main mignonne d'amour qui dort, que je noue à tes chevilles menues mes mules de soie verte à grelots d'or.

Et danse maintenant! Mes doigts font rire ma guitare sur mes genoux croisés : sois amoureuse à en mourir de ma barbe blonde ct de mon caur brisé.

Ta robe légère est sur ta chair comme une toile d'araignée sur une rose ; danse, danse comme mon caur, toute chère, ou plutôt non, donne-moi la caresse qui repose.

Mais tes jambes de fillette se dérobent : Oh! soutiens toi! Oh! danse encor, et fais tourner mon cour et ton corps et ta robe sur tes mules de soie verte à grelots d'or!

V

Si tu veux une fiole jolie
et fine comme une fillette arabe,
petite folle aux chères folies,
petite amoureuse adorable ,

si tu veux une fiole d'argile peinte
et d'argent ciselé, mignonne,
la voici pour y mettre la myrrhe et mainte
autre odeur d'héliotrope d'automne.

Maintenant parfume notre lit de violette
et tes lèvres amoureuses d'iris,
et brûle dans une cassolette
cet étrange ambre gris qui nous grise.

Mais garde pour demain
cette fiole mystérieuse de myrrhe,
ces essences de rose et de jasmin,
et laisse-moi ce soir, dormir

dans l'or embaumé de tes boucles
plus douces que tous les sachets d’Engaddi,
avec la féerique fleur de ton corps souple
entre mes bras de magicien maudit.

VI

Puisque les roses s'effeuillent dans la brisc
et que l'oiseau d'llafiz au paradis s'envole,
faut-il briser les cordes de ma viole,
comme mon cæur, mon cæur de fol se brise ?

On t'a fait en bois de rose du Liban
le plus mignon cercueil qu'on ait jamais eu;
on t'a mis comme aux ang'es un voile blanc
et tu es jolie comme Jésus.

La mort en fleur sur le mince filet de ta bouche purpurine et rosée aux lueurs des cierges s'est posée comme un papillon violet,

et le bandeau de cheveux d'or qui va s'éclaircir
jusqu'à la nacre de l'oreille,
n'encadre plus qu'un visage pareil
à la douceur agonisante de la cire.

Maintenant les doigts fluets de ta main
aux secrets charmeurs d'amour
ne broderont plus en fil de carmin
mon nom de fol sur notre livre d’amour,

maintenant tes doigts légers
au fil des cithares ou des cinnors
ne me feront plus songer
à la chanson des cordes d'or;

et ma.main vieillie aux doigts amaigris,
jamais non plus, jamais ne récrira
ces songeries de baladin de Syric
sur papier de soie rose de Sipparah.

TRISTAN KLINGSOR

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Viviani est toujours véhément, quand, prétendant parler au nom des socialistes, il peut, en même temps, ne pas déplaire aux antisémites. Il a proposé un jour d'amnistier les bandits antijuifs d’Alger; il n'a pas protesté quand un de ses collègues demanda qu’on laissât « Zola à l'égout ». Il a prononcé avant les élections un discours virulent contre la magistrature civile, dont les nationalistes demandent aujourd'hui un second allichage; on attend encore son réquisitoire contre les conseils de guerre.

Il est regrettable que M. Barthou n'ait pas cu l'audace qu'eut jadis, dans une occasion analogue, M. Rouvier. M. Barthou n'avait qu'à dire à ses collègues : « Vous voulez des élections pures, selon l'innocente expression de M. Dupuy; mais vous savez bien que, si les élections avaient été pures, aucun de vous ne serait ici. » Il est vraiment étrange qu'une Chambre, élue au prix de tant de mensonges, de låchetés et de corruptions, se croic le droit de condamner un procédé électoral. Il faut une certaine audace à M. Viviani

pour
dire

que, dans la campagne du printemps dernier, lous ont, « sur le champ de bataille élargi, lutté idées contre idécs, doctrine contrc doctrine, drapeau contre drapeau ». La vérité est qu'on s'est débattu dans l'injure et l'équivoque. M. Viviani a-t-il oublié la liste des candidats officiels de l'Intransigeant? Les électeurs de la Sorbonne se rappellent encore que, pour leur député comme pour M. Méline, il n'y avait pas, au moment des élections, d'affaire Dreyfus.

Dans ces derniers temps, il est vrai, M. Viviani s'est nettement rallié au parti revisionniste. Il a approuvé les paroles de M. Brisson quand l'ancien président du Conseil demanda que le dossier secret fût communiqué à la Cour de cassation et à la défense. Mais l' « indignation vertueuse » de ceux qui condamnaient avec lui M. Barthou se traduisait cette fois, selon l'expression mème du président de la Chambre, par des cris qui n'avaient rien d'humain. Le gouvernement et la majorité donnaient satisfaction à M. Lazies contre M. Brisson, et applaudissaient cette nouvelle déclaration de M. Cavaignac, que nous ne sommes pas maîtres chez nous de traiter nos affaires comme nous l'entendons.

La question du dossier secret est pourtant bien simple : si le gouvernement estime qu'il y a danger pour la sûreté de l'Etat à ce que certaines pièces soient divulguées, il peut demander le huis-clos. M. Brisson trouve même que

ce n'est
pas nécessaire; et il est bien

probable qu'avec de légères précautions, on pourrait s'en passer, ce qui vaudrait mieux à tous égards. En tous cas, il est inadmissible qu'on allecte des airs tragiques à l'idée que la Cour de cassation et la défense pourront prendre connaissance de pièces déjà connues d'une trentaine de ministres et d'ofliciers. Dreyfus, à le supposer coupable, est dorénavant inoflensis; Me Mornard et Mme Dreyfus présentent autant de garanties qu’un député ou un capitaine. Toute la confusion dans cette allaire est venue de ce qu'on accordait plus d'autorité à la parole d’un oflicier qu'à celle d'un citoyen. Au Sénat, quand M. Cons

tans demanda que les prévenus devant un Conseil de guerre l'ussent assistés d’un défenseur civil, mm sénateur de la droite laissa entendre que la robe était plus suspecte de trahir le secret que l'uniforme, et, s'il ne le dit pas, ce fut par respect pour la mémoire de Berryer. Aujourd'hui on frémit en pensant qu'un avocat va être initié aux secrets du deuxième bureau. Plutôt la guerre civile, s'écrient les uns; plutôt l'acquittement, prêchent d'un air magnanime les bons apôtres. En réalité, ils cherchent à nous faire reculer l'ellroi devant la vérité ou du moins à laisser le doute et le trouble dans les consciences. Pour de tels procédés, la Chambre n'a pas encore trouvé de flétrissure.

C'est que M. Dupuy s'entend à guider les flétrissures de la Chambre. Le 16 décembre, il faisait blàmer M. Barthou

par

M. Drumont et M. Viviani ; le 23, il force les députés élus avec l'appui de la Libre Parole à désavouer M. Max Régis. A qui le tour maintenant ? Cela dépend sans doute de ce que fera la Cour de cassation et de ce qu'en dira l'opinion publique. Mais il importait d'atlirmer dès aujourd'hui que ni ce gouvernement ni cette Chambre n'ont qualité pour flétrir qui

que ce soit.

JACQUES LAUBIER

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