Imágenes de página
PDF
ePub
[graphic]

M. Mielgouof partit au moment ou un joucur de mandoline et un guitariste entraient dans la saile pour nous faire entendre leurs chansons napolitaines pleines d'ironies, de tristesse et de volupté, qui vous exallent et ou l'on s'absorbe comme dans ce large paysage de Naples, riche de toutes formes et de toutes lumiires. Leurs pizzicati youailleurs que terminent des notes filées et langoureuses, comme des orisaloise:ux envolés et ravis dans le ciel, me ren.laient à ma passion, clont ne m'avaient distrait qu'un instant le babil et les folies des touristes.

Je cherchais Juliette depuis mon arrivée. Je ne l'avais point vue (lescendre de train et j'avais vainement essayé de la rencontrer aux endroits que fréquentent l'ordinaire les étrangers. Cette déception m'accabla. La solitude de celle ville étrangère, où rien ne m'était familier, exagéra ma peine. J'étais alors trop préoccupé pour prendre garde aux beautés et aux singularités de Naples. Il n'y avait plus rien dans ma vie

que

l'idée de posséder une femme, et une seule femme. Ardeur folle d'étreinte et de vengeance qu'entretenaient à la fois mes sens et ma vanité virile ! Je promenais parlout ma sombre affliction dans cette ville éclatante de clarté, ou tout parle de jouissance, dure à l'amour malheureus comme le Londres gorgé de richesscs l'est à la misère et à la faim.

Pierre Chaperon et la caravane de cosmopolites me cachèrent un peu ma détresse. Ils vivaient à Naples comme s'ils n'avaient jamais quitté le pays natal. sans rien remarquer de l'existence environnante que

la table d'hôte où ils se réunissaient chaque soir, et je me laissais entrainer au milicu d'eux comme le misérable s'en va chez le marchand de vins boire un peu d'oubli et se figurer un instant que la vie coule sans obstacles.

La musique des mandolines et des guitares, des chansons passionnées me rendait ma douleur, mais elle me la rendait légère et ailée ; tant que résounent ces vives mélodies, on se sent un consolateur, un soutien; ce n'est qu'ensuite qu'on se retrouve plus accablé.

Cette fois, la musique fut pour moi le prélude d'une fête. A peine les dernières notes s'étaient-elles échappées des cordes qu'une petite servante s'approcha de moi et me tendit une lettre. Elle avait des cheveux noirs plaqués en aceroche-cours, des dents et des yeux brillants, une robe sale, mais un si joli sourire ! Fillettes de ruelle et d'église, chairs innocentes et pétries (l'artifices, ces mignonnes vont du confessionnal chez l'entremetteuse, et mêlent dans leurs poches les rosaires et les billets d'amour.

C'était la première femme que je regardais avec plaisir depuis que j'étais à Naples. C'est qu'aussi elle m'apportait de quoi me rendre hcureux : une lettre, une invitation de Juliette.

« Vous avez beau vous faire introuvable, écrivait-elle : on parvient i vous dénicher. Je m'assomme ici. Voulez-vous venir me dósennuyer ?

[graphic]
[ocr errors]
[ocr errors]

Le peuple de Naples a l'air le ripoter tous les jours la comédie de la Révolution tant il clipense de cris cl de mouvements.

Julietle fut elrayoe.

- Oh! lit-elle, moi qui croyais que ce quartier était bien tranquille.

Vous ne le connaissiez donc pas ?

Mais non ! J'y étais passée simplement une fois, en voiture. La curiosité nous poussa au milieu des déclarations emportées et des commérages intarissables de la foule bruyante qui s'agitait devant le Castel Gapuano. On nous regarıail il vec élonnement, mais sans malveillance. Juliette élait vélue invece un soin exquis qui surprenait ces gens débraillés. Très simple et l'une correction ordinaire à Paris, sa jupe et sa jaquette bien prises à la laille; mais la chemisette aux fines broderies, la toque aux plumes légères et tout ce qu'il y avait d'élégance et de recherche dans sa parure contrastait avec cet entourage de vieilles masures, d'oripeaux pendus aux fenêtres, d'hommes et de femmes s'invectivant et ne craignant point de se montrer la laideur ou les charmes que Dieu leur a «onnés.

Le Castel Capuano est le tribunalde Naples et la procédure y a gardé une simplicité loute patriarcale. J'appris bientôt qu'on jugeait en ce moment un homme accusé d'avoir commis un assassinat par jalousie. Il avait beaucoup de défenseurs et l'on se passionnait pour son acquittement. Nous vimes une belle lille tres culourie qui souriait doucement aux compliments et aux consolations de ses amics. On nous dit que

c'était pour cllc que l'accusé avait donné un coup de couteau. - Pourquoi ricz-vous? lui demanda um indiscret.

Songo felice, siguor, répondit-elle simplement, pecche n'è testemmonia.

Elle dit qu'elle est heureuse, lis-je en traduisant sa réponse pour Juliette, parce qu'il n'y a pas de témoins.

A ce moment, un petit homme qui semblait avoir volé si tête rouge aux gros yeux blanes à quelque devanture d'im marchand de jouets, sortit de Castel Capuano, illcr robe sous le bras. et se livra à une mimique endiablée de Polichinelle levarit in homme plus petit encore et qui parul sinéantir i sa vie, comme un écolier surpris par son maître. On nous apprit que rolait im juge qui, ayant vainement cherché au tribunal un avocal pour défendre l'accusé, élait descendu sur la place et venait enfin l'on trouver mm.

L'audience s'est prolongée un peu tard aujourd'hui, nous dit in voisin complaisant, et lous ces inessieurs sont à Chiaia pour voir

passer les équipages et les jolies femmes.

Le juge montait quatre a quatre les vieux escaliers branlants et pourris du Castel Capuano. Sous les voûtes tendues de toiles (l'araignées, et le malheureux pelit avocal, qui n'avait pu se dérober avec ses amis, le suivait lentement avec une mine résignée, mais lamentable.

Ah! lit Juliette, on s'amuse plus ici quan Musée.

[ocr errors]
[graphic]
[ocr errors]
[ocr errors]
[ocr errors]
[ocr errors]
« AnteriorContinuar »