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LES ÉTRANGERS Oui, oui. C'est bien lui !

(Ils montrent une fenêtre de l'hôtel d'où Rype apparaît en bras de chemise. Il tient quelque chose qu'il veut dissimuler.)

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LE PEUPLE

Oui, oui !

RYPE (décidé). Je vous préviens seulement que je n'accepte pas d'être conseiller.

LE PEUPLE

Si, si, tu seras conseiller!

RYPE (faisant semblant de fermer la fenêtre). Alors, je ne descends pas !

UN IOMME

Eh bien, non! Tu ne geras pas conseiller. Mais descends toujours.

TOUS

Oui, oui, viens donc !

RYPE

Alors, j'arrive... Je dois seulement encore vider... (il disparait.)

(Causeries animées parmi le peuple. Le poète et Ella

s'avancent sur la scène.)

LE POÈTE

Ella!

ELLA

Tu as menti!

LE POÈTE
Menti... Non, non, j'ai cru que c'était la vérité.

ELLA

Pourquoi n'as-tu pas saisi le pouvoir ? Tu le voulais, je le voyais bien, mais tu n'as pas su étendre la main...

LE POÈTE Soudain j'ai compris qu'il était criminel de vouloir gouverner quand on n'avait pas de génie et je connais maintenant, Ella, un grand acte à accomplir. (S'adressant au peuple.) Ecoutez-moi tous. Puisqu'il faut un gouvernement, choisissons-nous un chef vraiment grand. Un seul chef et non plusieurs, un chef que nous choisissions et non un chef qu'on nous impose.

Laissons-le gouverner comme il voudra, car il faut le pouvoir à celui qui dirige, ct celui-là seul peut tenir le peuple en sa main qui a le courage et l'énergie nécessaires pour agir.

TOUS

Oui, choisissons Rype!

LE TAILLEUR

Moi, j'ai toujours proclamé la nécessité d'avoir un maître.

LE CORDONNIER Moi, c'est aussi mon sentiment. Qui s'est élevé avec plus d'indignation que moi contre la puissance tyrannique de certains conseillers ? Plus de cent maîtres qui nous ont fait si longtemps souffrir !

(Tous acclament Rype et courent vers lui.)

ELLA (inclinant la tête). Je le vois dans ton regard, tu viens de faire une grande action, tu as triomphé de toi-même! Allons, pardonne-moi et aime-moi beaucoup... (près de lui et souriante) car je saurai encore te faire souffrir (elle offre une rose aux lèvres du poète).

(Rype est porté en triomphe par le peuple.)

LE PEUPLE

Nous le voulons comme chef, nous le choisissons pour nous gouverner.

RYPE

Nous avons le temps. Accomplissons d'abord l'essentiel. Enterrons ces hommes. Ensuite soyons gais, puisque nous avons la paix. Personne n'est musicien ici ? Passez-moi un violon. Je jouerai et vous danserez. Voilà la première chose à faire.

LE CORDONNIER
Sans doute, mais il nous faut un Conseil du peuple !

LE TAILLEUR Et si nous voulons l’élire avant le coucher du soleil, il faut se hâter :

l'heure presse.

RYPE

L'heure ne presse que pour les tailleurs et les cordonniers (tous rient). Tenez, voici la lune qui se lève. Chantez, poète, dites-nous une chanson joyeuse.

(Rype joue du violon. Le peuple enjambe les cercueils

et la fête commence.)

GUNNAR HEIBERG

Traduit du norvégien
par le vicomte de COLLEVILLE
et FRITZ DE ZEPELIN.

FIN

Le rôle de la France

Lorsqu'on examine d'un rapide coup-d'oeil la politique extérieure de la France, depuis 1871, on conclut qu'aucun pays n'a eu attitude plus Nottante, ni programme moins arrêté. La Russie s'est vouée à la pénétration de l'Asie ; la Grande-Bretagne au développement de son colossal domaine exotique ; l'Allemagne à la mise en valeur de son propre territoire, en même temps qu'à son expansion économique dans tous les sens. Quel a été le principe directeur de nos relations avec le dehors ? Bien subtile serait la pensée qui le démêlerait.

On pourrait, à la rigueur, discerner deux phases dans les vingt-huit années écoulées : l'idée de la revanche a d'abord hypnotisé la nation, comme, au lendemain des traités de 1815, la reconquête de la rive gauche du Rhin avait hanté toute une génération; puis, de même qu'en 1830 la Monarchie de Juillet avait salué dans l'Algérie un dérivatif, à dater de 1881, la Troisième République a donné aux expéditions coloniales une extension démesurée. Mais cette division en deux étapes ne saurait avoir une valeur absolue. Nos gouvernants n'ont pu, ni résolument, dans la première, concentrer leur action sur le sol d'Europe, ni définitivement, dans la seconde, déserter la question d'Alsace-Lorraine. Les deux objectifs de la création d'un empire exotique et d'une reprise de Metz et de Strasbourg se sont associés, pénétrés, combattus. Les incertitudes, les faiblesses de notre politique sont faites d'une perpétuelle oscillation de l'un à l'autre. Nous n'apprécions pas, pour l'instant : il nous suffit de constater ; nous n'examinerons que plus loin le problème du rôle de la France, de ses devoirs envers elle-même et envers le monde. Mais, si l'on admettait que la Revanche dut être le but unique de la vie nationale, il fallait s'assurer l'alliance de l'Angleterre; si l'on entendait se jeter à corps perdu dans la carrière des annexions africaines et asiatiques, c'était l'alliance de l'Allemagne qui devenait indispensable. Or ni l'une ni l'autre de ces puissances n'a lié son action à la nôtre ; ni l'une ni l'autre n'a même été sollicitée. Ce simple fait mesure la contradiction flagrante qui, jusqu'ici, est restée au fond de la politique de la Troisième République.

C'est l'alliance russe qui a été préférée. On a prétendu qu'elle sortait de la volonté populaire. En réalité, les démonstrations de Toulon et de Paris, au passage de l'amiral Avelan d'abord, du tzar Nicolas ensuite, n'ont été que le résultat d'une campagne de journaux, d'une pression officielle admirablement organisées. Le pacte avait aux

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yeux des dirigeants un mérite ou plusieurs mérites de premier ordre. Il ne résolvait rien, laissait tout en suspens, ou du moins, car nos ministères successifs se sont pris à leur propre piège, il semblait compatible avec le statu quo de toutes les questions pendantes. Il permettait de plus la démonstration de cette vérité, d'une haute vertu pour certains, qu'une République n'est pas forcément exclue des accords monarchiques. Il devait être enfin, à l'intéricur, un merveilleux moyen de gouvernement, un frein résistant à la poussée démocratique qui, vingt ans après la Semaine Sanglante, s'allirmait plus vigoureuse, plus redoutable que jamais.

L'incertitude du but, la volonté d'éviter les décisions nettes, le pacte avec le tzarisme qui a abouti à notre inféodation presque immédiate : telles sont les caractéristiques de la politique extérieure de la France.

Elle a été, elle reste encore la propriété d'une oligarchie. Si le régime parlementaire est le paravent de la domination aristocratique bourgeoise, c'est surtout dans ce domainc spécial qu'il organise la servitude nationale. S'est-il élevé depuis 1871 un seul débat sérieux à la Chambre sur la question de nos relations avec les puissances ? Il semble que ce pays ait perdu le droit de savoir où on le conduit, quelles obligations on lui impose, à quelles crises ses fautes peuvent l'entraîner. Trente-huit millions de citoyens sont souverainement régentés par un peu moins de neuf cents représentants qui abdiquent euxmêmes aux mains d'un seul homme. Cet homme peut être un sot, un criminel, un fou. Ses actes ne seront connus, discutés, censurés, que des années et des années après qu'ils auront produit leurs conséquences désastreuses. M. Hanotaux, durant les longs mois qu'il a passés au pouvoir, a réuni plus de prérogatives qu’un chancelier d'Autriche et de Russie, qu'un Bismarck même ; il a concentré plus d'omnipotence iucontestée qu'un Richelieu ou un Olivarès. Il fournissait à la tribune telles explications mensongères qu'il lui plaisait : applaudissements frénétiques; il nous engageait au rebours de la tradition, contre le droit, au mépris de nos intérêts de tout ordre : félicitations de la majorité, presque de l'unanimité des députés. Il publiait des livresjaunes sibyllins où les dépêches étaient falsifiées, d'où les documents les plus graves avaient disparu : le huis-clos diplomatique était défendu, acclainé par les organes les plus accrédités de la presse.

La mésaventure de Fachoda, l'humiliation forcée devant le Foreign-Oflice sont nécs dc l'absolutisme d'un ministre, de l'abdication servile du Parlement, de l'indifférente abnégation du pays. Un beau jour l'on a appris que, sans prendre conseil, sans se soucier de telle ou telle résistance naturelle, M. Hanotaux avait dépêché une expédition vers le Nil. Ce grand homme qui a, moralement et inatériellement, abaissé la France, qui a introduit dans l'action diplomatique les pratiques des anciens slibustiers, attend encore la sanction de ses méfaits. Peut-être escompte-t-il un retour de fortune pour nous impo

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