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son coude, marbré de rouge à la pointe. La coquetterie de ses bras, elle se l'avouait. S'étirant, les mains entrelacées derrière la tête, elle baisa son poignet gauche, veiné comme une rose thé.

Georges Caprice lui avait promis qu'il lui rendrait visite ce jour même, elle l'attendait.

En son honneur elle planta une branche de laurier à l'espagnolette de la fenêtre.

Un petit chien, Nez-mouillé, avec de longs poils frisés, indocile, renfrogné sous sa tignasse, se réveilla et sauta sur les genoux de sa maitresse, appliquée de nouveau à son journal, où elle griffonnait, en so grattant le sternum de son index.

Je ne l'attends pas avec impatience. Absent ou présent, il m'enveloppe. Son voisinage ne me surprend pas davantage que son éloignement. Lorsque je le vois apparaitre, j'ai peine à lui prononcer quelques mots de bienvenue, car ma pensée ne l'a pas quitté.

Osera-t-il encore, ce qu'il a osé la derniére fois, me presser de lui céder! Je l'ai repoussé à mon corps défendant. S'il savait combien, après son départ, je me suis rongé les ongles ! J'en ris maintenant. J'ai failli en mourir. Mon opprèssion a duré deux heures mortelles.

Qu'il ose encore contre mon gré! Dussè-je subir, après, un pareil martyre, mieux vaut qu'il me contraigne à le repousser. C'est ma dernière illusion!

de ne serai plus femme, je ne lui crierai plus mon amour, avec déchiremeut, en des crises voluptueuses; je ne gèmirai plus d'épuisement entre ses bras. II m'a connue perverse, un peu coquine même, si espiègle avec mes nippes et les couvertures ! Nous vivions dans une sanguine de Fragonard.

Le docteur m'a défendu cela pour ne pas le contaminer. Non; il ne s'en ira pas de la poitrine, je ne le veux pas. Qu'il vive, lui. Il m'oubliera en d'autres aventures. Il ne me remplacera pas. C'est maintenant mon unique orgueil.

Il arriva sur la pointe des pieds, sans bruit, l'embrassa sur le front, lui mit dans la figure un bouquet de violettes de deux sous qu'il venait d'acheter. Nez-mouillé aboya gravement.

Il lui prit les mains, tata si elle avait la fièvre.

Leurs yeux s'interrogèrent longuement, en silence, pendant que leurs lèvres se contractaient d'amertume. Il baissa le premier les paupières.

- Regarde-moi encore, s'écria-t-elle, en le retenant par son habit.

Ils se possédèrent par leurs yeux avec une volupté aussi ardente qu'autrement.

Il tomba la tête sur sa poitrine. Elle haletait en essayant de bouger, elle se renversa, défaillante.

Puis elle chassa le rêve de son visage, de ses mains formant écran. D'un ton indifférent, elle demanda à Georges Caprice s'il était passé chez le couturier lui chercher des échantillons pour une robe, « une robe beige avec un figaro de malines ». Il tira de sa poche une petite liasse d'étofles.

Je la mettrai la première fois où nous sortirons ensemble. J'y ajouterai un transparent rose, fit-elle. On croira peut-être que je ne suis pas morte! Mais cela n'est pas pressé.

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limpide, nuance saphir, de ses yeux accusaient une noblesse de caractère allégre.

Pauvre mère, fit Germaine, si elle me voyait assise sur tes genoux, comme elle nous considère de ce portrait, le sang lui tournerait. Son honnêteté n'admettait pas de complications. Son bonheur datait de son jeune âge. Cependant elle nous pardonnerait; elle ne permettait pas que l'on tuât les lapins qui pullulaient à Bonnétable, où nous habitions. Quoi de plus honnête que de s'entretenir librement avec un ami qui fut, jadis, le confident de votre langage inédit et ineffable.

De Gerinaine sortait un parfum trop violent. Mélange d'iris et de lilas blanc, il arrivait dans la figure de Georges Caprice par bouffées. Il en était empoisonné. Il l'aspirait comme une odeur de ténèbres.

Elle lui refusa ses lèvres. Elle détournait la tête de côté et d'autre afin qu'il ne s'en emparât pas par inadvertance.

Vous êtes trop légèrement vêtue, lui dit-il, pour recevoir un amant, auquel vous êtes décidée à tenir la dragée haute. Vous devriez être bardée de fer, tandis que ce tulle vous prête à des caresses trop naturelles.

- Vous ne m'avez pas tutoyée, fit-elle. C'est la première fois que cela vous arrive. Vous vous séparez déjà de moi, avant que je n'en aie pris la mesure! Allez-vous me faire regretter de survivre à l'irrespect dont vous m'honoriez !

Alors il rencontra ses lèvres. Surprise, elle fut la dernière à se retirer.

Georges Caprice, si elle lui avait cédé, l'aurait encore prise. Que craignait-il? d'avaler, avec sa salive, ou de s'inoculer, avec les sécrétions plus gluantes des attributs du libertinage, les germes de la terrible maladie de Germaine ? Non. Il ne s'arrêtait pas à ces considérations utilitaires. La peste, le choléra ne l'auraient pas détourné d'elle. Transformée en moricaude par les eschares et les emphysèmes, elle l'eût emporté auprès de lui sur ses compagnes dans l'éclat de leur jeune santé.

Plus Germaine dépérissait, plus il la désirait. Soucieux de ses plaisirs, il savait que l'amour augmente ou diminue en raison inverse de la logique. Il était consolé à l'avance qu'elle mourût. Dans le moment où elle trépasserait, elle serait idolâtrée ainsi que nulle personne humaine ne le prétendrait. Il la chérissait assez pour lui donner cette preuve de sa passion.

Germaine Nonette pouvait bien être âgée de trente ans. Il n'en comptait que vingt-trois. Malgré cela, il remplissait les fonctions de doyen dans leur association à deux. Elle écoutait. Sa beauté féminine la mettait en tutelle. La pudeur de ses yeux craintifs lui conservait une physionomie juvénile. Une femme aimée et aimante ne vieillit pas. Les traits inpérieux, la fixité de l'expression, qui dénotent

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vi

Les Armées improvisées

dans l'Histoire

II.

EN 1870 ET DEPUIS

allemande. L'ar

La guerre franco-allemande se divise en deux parties, qui different

Début de la l'une de l'autre à tous égards.

guerre francoAvant Sedan, il y avait en présence deux armées permanentes, très mée allemande. inégales d'effectif et de préparation. Mais on peut dire qu'en face de nos vieux soldats de Metz, l'armée allemande, avec ses jeunes soldats encadrés de réservistes, apparaissait dans une certaine mesure comme une milice opposée à une des armées actuelles. Je n'entends pas soutenir par

là que ses succès aient été dûs à ce caractère de ses troupes ; la préparation meilleure, l'armement plus perfectionné, la supériorité numérique ont été les facteurs véritables de ces succès. Et si nous avions remporté les victoires qui nous furent offertes sous Metz, il est probable que c'eût été pour aller nous faire battre définitivement un peu plus loin, dans le Palatinat. Mais il est bien certain que les officiers de notre vieille armée considéraient ces conscrits et ces réservistes comme une troupe inférieure a priori, et l'eussent volontiers qualifiée de « ramassis de tailleurs et de cordonniers », comme les officiers prussiens, en 1792, appelaient leurs futurs vainqueurs de Valmy. Et cette condition, alors réputée inférieure, des troupes allemandes, ne nuisit certes pas aux succès que d'autres causes leur assurèrent, loin de là ; l'enlèvement des hauteurs de Spickeren (même contre un adversaire très inférieur en nombre), l'attaque manquée contre Saint-Privat et le retour offensif qui la suivit, la charge de la brigade de Bredow à Rezonville, comptent parmi les plus brillants faits d'armes que rapporte l'histoire des campagnes.

La valeur des troupes allemandes, ainsi que le degré de préparation auquel on les avait amenées avec une durée de service

que

l'on considérait partout ailleurs comme trop réduite, furent même capables de compenser l'insuffisance du haut commandement. Car il est incontestable que les succès stratégiques des Allemands furent důs, bien plus à l'impéritie de leurs adversaires, qu'au génie, ou même au talent de leurs généraux. Dans la première ivresse de leurs victoires foudroyantes, ils ont pu se faire illusion sur ce point ; mais, depuis assez longtemps, leurs écrivains militaires les plus estimés ont reconnu les fautes nombreuses et capitales qui furent commises dans cette guerre. C'est leur formation initiale, à la faveur de laquelle notre armée de Metz devait cnvahir le Palatinat en bousculant la

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