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Musique

DANS LES GRANDS CONCERTS

Secouant leur torpeur coutumière, voilà que les Concerts se mettent à exécuter des compositions de jeunes musiciens. M. Lamoureux s'évade du cercle des enchantements wagnériens; M. Colonne se décide à inscrire des noms inconnus sur ses programmes. C'est à n'y pas croire et pourtant il en est ainsi. Après avoir longtemps fait la sourde oreille aux réclamations de la critique indépendante, laquelle demandait avec instance que l'on jouât, enfin, autre chose que des quvres archi-connues et unanimement consacrées, les deux chefs d'orchestre ont compris que l'Etat n'accordait pas une subvention annuelle aux Concerts qu'ils dirigent pour aider à l'éclosion des génics de Beethoven et de Wagner et qu'ils avaient à accomplir une besogne d'art plus immédiate et plus intéressante au point de vue français. Certes, les grands maîtres ne doivent point être traités en quantités négligeables; ils ont droit à tous les égards imaginables; il est bon, il est indispensable que leurs chefs-d'ouvre soient exécutés souvent; mais, à côté des morts illustres, il y a les vivants. Et ces derniers méritent bien une attention particulière. Si les Concerts n'accueillent pas leurs premiers cssais où se feront-ils connaitrc? Ce n'est pas au Théâtre-Lyrique, puisque Paris est privé de cette scène d'utilité publique. Ce n'est pas à l'Opéra et à l'Opéra-Comique, scènes fort encombrées, où les compositeurs ne peuvent espérer d'être joués que lorsqu'ils ont déjà fait leurs preuves autre part. Les Concerts sont donc la ressource suprême des jeunes. S'ils manquaient à leur haute mission, s'ils se dérobaient à la responsabilité qui leur incombe, les jeunes n'auraient plus qu'à brûler leurs manuscrits et à gémir sur la situation lamentable qui est faite, en nos temps de fraternité, aux producteurs assez ingénus pour

avoir
pu

le travail exigé par le Conservatoirc une fois terminé, les examens passés brillamment, le prix de Rome obtenu après mille efforts, obligeaient l'Etat à ne pas les abandonner au début de la carrière, c'est-à-dire au moment où l'on a le plus besoin d'appui. Mais je laisse cc genre de réflexions qui me mènerait trop loin, et je constate avec plaisir que MM. Lamoureux et Colonne viennent d'ouvrir les portes de leurs Concerts à plusieurs inconnus. Et, comme un bienfait n'est jamais perdu, la récompense ne s'est pas fait attendre.

Chez M. Colonne, la Procession nocturne, de M. IIenri Rabaud, a réussi à merveille. En cette composition remarquable de tout point, une personnalité artistique s'affirme. D'inspiration distinguée, d'exé. cution claire et savoureuse, cette page a noble allure. Il y a beaucoup

croire que

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six mois refusent le sein pour enfoncer leur frimousse dans le broc à cervoise), de celles de Rubens (Louvre) et de Teniers (les seigneurs de village paient grassement ménétrier et aubergisle; le soir tombant on va se faire des enfants derrière les futailles vides et dans les fossés, et tant mieux pour le domaine et les fermages...), des intérieurs de cabarel de Van Ostade et de Van Craesbeeck, de toutes les productions d'ailleurs de la fameuse école anversoise (religieuses ou profanes, c'est tout un : Maric, Suzanne ou Danaë,ce sont les gouges a růbéniennes »!), puis, en ces temps-ci, des sculptures de Jel Lambeaux (la Folle Chanson, l’Ivresse, les Passions humaines);

En lillérature: du théâtre de Willem Ogier, des Flamandes de Verhaeren,etc.;

En archéologie : des brocs, pintes, cruches en grès, étain ou cuivre, des réchauds à pipes, des plats à barbe des bonnets de laitière;

En gastronomie : des bières à particule de bourgs et bourgades : Diest, Louvain, Hougaerde, Werchter, Bornhem, et ces « faro de Bruxelles », ces « diable », ces « jack-op », ces « gucuze-lambic »; bouteilles pansues et poussiéreuses, couchées dans les petits chariots de table: genièvre de Hasselt vieux système, boonekamp et bitters; poulardes de Bruxelles, choux de Bruxelles, asperges de Malines, tripes, « choesels » des antiques gargottes, « bloedpans » des ducasses on a saigné le porc! —, chapel de saucisses dorées de Diest, pains de saucisse du Lundi-Perdu à Anvers, pain cramique, jusqu'à ième les pâtisseries que sait faire liturgiquement M. Eugène Demolder;

Et pour parler des endroits de plaisir et des fastes : Rietdijk aux fanaux rouges, d'Anvers, magnilié par Lemonnier et Eekhoud; bouges à matelots où Mirbeau seul vit danser des Javanaises; caboulots plus familiaux à l'entour de la grand'place de Bruxelles, où tel brave archiviste du Vatican, venu en Belgique compulser des cartulaires, trouvait si plein délassement après des journées derrière ses bésicles; « Aangenamen Hos » du Vieil-Anvers de l'Exposi

n, où les coinmis maritimes pouvaient pincer les bonnes le dimanche; francs lurons au cabaret du « Diable-au-Corps »; pochardises en famille au Bruxelles-Kermesse de la récente Exposition.

Voilà, voilà, et c'est vive Flandre!

« Princesse d'Auberge » est le dernier-nouveau véhicule de cette constante traditiou, ct l'on augure dans les journaux que le tempérament national acquiert une exultante réviviscence.

Ce que c'est (1): Un musicien séduit non seulement par les yeux de l'accorte tenancière, mais aussi par la pinte qu'elle lui offre, oublie mère et fiancée, carillon et clavecin, pour être le Prince Carnaval aux côtés de la Princesse d’Auberge, lui dédier des ariettes bachiques et érotiques et ne plus désoùler. L'action fondamentale n'importe : c'est Carmen dans les bas-fonds de Bruxelles au xvine siècle, avec du tragique à pouffer et une morale à laquelle on refuse l'attention.

Mais tout est prétexte à la circulation de paysans, de laitières et de charrettes à chiens, à des lutineries de serveuses déliées, à un plantureux étalage de pochards exemplaires, à des bals de guinguette, chopes brisées, couteaux tirés, — à un somptueux débraillement de la foule – gosses, garces, pitres, arlequins, maîtres-chanteurs, soldats et magistrats – en un mardi-gras énorme sur la grand place de la capitale. Et le carillon tintinnabule, jovial et sans reproche.

(1) Sur Princesse d'Auberge, on peut lire : CHRONIQUE DE BRUXELLES, par Georges Eekhoud (Mercure de France, janv. 1899).

PRINCESSE D'AUBERGE, par Octave Maus (Art Moderne, 18 déc. 1899). MULE WYNS DANS Prixcesse d'AuBERGE, par Auguste Joly (La Libre Critique, 23 déc. 1898). PRINCESSE D'Au. BERGE ET MLLE Wyns, par Ernest Deltenre (La Lulte, 15 janv. 1899).

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