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Ces mours-là sont contagieuses; Ancelle a voulu imiter les Napolitains, il nous a contraint de lui retourner ses propres arguments.

D'une voix brève, sitflante, elle dit :

- Alors, c'est bien vrai, il est... (elle n'osait pas prononcer le mot et elle chuchota tout bas) il est tué.

- Son sort vous inquiète donc bien ? répondis-je. Je vois à présent qu'il avait peut-être des droits de vous traiter comme il l'a fait.

- Ah! taisez-vous. Je suis libre d'agir comme bon me semble.
- Avouez-donc que vous l'aimez !

Ah! ne parlez pas d'amour en ce moment. Vous me faites hor. reur.

Et elle s'écarta de moi.
Cette aversion subite, inexplicable, m'accabla.

Je me demandai ce que j'avais fait pour la mériter. Elle l'aimait donc, cet Ancelle; alors pourquoi les baisers emportés de l'aprèsmidi, cet amour si bien joué qu'on se refusait à y voir une comédie? Une pareille duplicité m'exaspérait. Je me disais : « Oh! toi, ma chérie, sois tranquille, tout à l'heure, quand nous serons sculs, nous règlerons nos comptes. Dans ce bateau, je suis le rival de tous ces hommes; ils sont avec toi ; ils m'empêcheraient de te battre comme tu le mérițeș. Peut-être profiteraient-ils de l'incident pour faire de toi leur gouge, et tu en serais bien heureuse. Va, j'attends. Je suis patient. Plus tard ! Plus tard ! » Je n'avais pas, comme on le voit, des imaginations bien délicates, ni bien raisonnables ; mais ceux qui furent la proie d'un désir aussi implacable me pardonneront.

La traversée, qui fut longue, ne dura point pour moi. Ma haine m'occupait, me donnait ce plaisir stérile d'inventer mille vengean

ces.

HUGUES REBELL

(A suivre.)

Notes

politiques et sociales

FRANCE ET ITALIE

L'accord franco-italien signé tout récemment a été acclamé par deux démocraties comme la fin d'une ère de tension et d'excitations méthodiques. Le traité que la Chambre française a voté en décembre et que l'assemblée de Monte-Citorio n'a pas encore discuté n'a, en apparence, qu'une valeur commerciale; il ne vise que des réductions de tarifs. En réalité, sa signification diplomatique est considérable, et des deux côtés des Alpes, les chancelleries signataires n'ont pu se dispenser de l'affirmer dans leurs exposés des motifs.

C'est par une rupture douanière qu'à la fin de 1886 et au début de 1887 le conflit moral entre la France et l'Italie s'était pratiquement révélé. Jusqu'au moment où Crispi avait dénoncé le pacte existant et qui favorisait si nettement les échanges des deux pays, la Triplice, scellée en 1882, n'avait pas pris toute sa portée. La guerre des tarifs devait aviver, incruster, pour ainsi dire, dans le sentiment public de la Péninsule une hostilité dont les explosions avaient été auparavant rares et sans lendemains. Par un remarquable retour des choses, la réconciliation douanière se présente aujourd'hui comme le prélude d'un renouvellement des sympathies passées.

Nous n'avons pas à nous demander si le gouvernement français, en accordant à nos voisins un abaissement de taxes, a prétendu les arracher à l'alliance austro-allemande. La question nous semble puérile et l'on ne conçoit guère que M.Billot, ex-ambassadeur de France au Quirinal, ait cru devoir la traiter longuement dans un article de la Revue des Deux-Mondes. D'abord, ce n'est pas le cabinet de Paris qui a fait les avances, ainsi que l'atteste l'exposé des motifs de M. Delcassé ; ensuite, le rapprochement n'a pas eu le caractère d'une manoeuvre de chancelleries, d'une pure négociation de chargés d'affaires. On peut dire, sans exagération et même si l'on déteste les grands mots, qu'il a été imposé par deux peuples. Il est aussi permis d'avancer que la Maison de Savoie, en formulant une proposition d'accord, a songé avant tout à ses intérêts dynastiques.

En France, la haine à l'égard de l'Italie n'a jamais réussi à s'enraciner. Pourquoi les excitations de Crispi, les provocations, les insinuations malveillantes et calomnieuses de ce déplorable agitateur n'ont-elles point eu prise sur la masse de cette nation ? Insouciance, dira-t-on peut-être; ignorance des choses du dehors. Il est plus juste

de soutenir que l'on a été toujours convaincu de ce côté des Alpes que la dictature crispinienne restait toute en surface, qu'elle était dépourvue de racines profondes, et que tôt ou tard un grand svrsaut la balaierait. A part nos cléricaux, qui, comme ceux d'Autriche, d'Espagne et d'Allemagne, sont incapables d'oublier la question romaine, la grande majorité de la population française attendait avec sécurité que le gouvernement italien comprit son erreur et voulût bien se raviser. Nos nationalistes ont eu beau grossir la voix et dresser le fantôme des armées de Humbert (er sur la frontière alpine ; on les accueillait avec un joyeux scepticisme. M. Firmin Faure qui a combattu le nouveau traité de commerce en citant Machiavel, Gioberti... et surtout Brachet (l'Italie qu'on voit et l'Italie qu'on ne voit pas) a pu apprécier même au Palais Bourbon ce sentiment vivace.

Dans la Péninsule, les apôtres de la conciliation ont consommé une tâche qui, par beaucoup de côtés, était difficile, sinon périlleuse. Le Quirinal, par intérêt dynastique, avait pris des engagements formels vis-à-vis de l'Allemagne. Toute cette masse flottante, qui s'incline devant le pouvoir, affichait, par servilité, la gallophobie. La presse restée sympathique à la France s'était peu à peu raréfiée, et encore la traitait-on, sous main, de vénale ou du moins d'inconsciente. La démocratie républicaine protestait bien de toute sa force contre l'alliance qui ruinait le pays, contre le militarisme qui suçait toute sa richesse, contre les agressions crispiniennes qui eussent pu soulever des incidents graves. Mais, si éloquents que fussent ses chefs, et quelque dignité morale dont ils fussent parés, ils ne trouvaient d'écho que dans des milieux convertis d'avance. La campagne que, pendant des années, ont menée les Cavallotti et les Imbriani, les Colajanni et les Bovio, n'en est pas moins admirable. Pour qu'elle triomphåt, il fallait que les événements, des événements douloureux et inattendus, quoique logiques, vinssent en démontrer la rigoureuse justesse. Ambalagi et Adoua, l'effondrement d'Afrique, la retraite précipitée des généraux Baratieri et autres vers Massaouah, la catastrophe de cette armée constituée à tant de frais, ont fait plus pour le rapprochement avec la France que des années de prédication et de luttes parlementaires. Les soulèvements qui suivirent, la grande explosion révolutionnaire de Milan, mai 1898, ont dissipé les dernières résistances de la royauté. Comme Humbert Jer, pour s'environner de splendeur, avait signé la Triplice, hier pour sauvegarder sa couronne vacillante il a fait appel à l'amitié française. Il obéit à la volonté de tout un peuple qui a enfin senti les motifs de sa déchéance économique et qui, jeunc encore d'espérances, plein d'une séve féconde, veut vivre, prospérer, s'enrichir dans la paix certaine.

L'explication du revirement du Quirinal est là. La réconciliation franco-italienne doit être, dans la pensée de la Consulta, le salut de la Maison de Savoie. Mais cette conception apparaît d'avance illusoire, ce dernier expédient est condamné à un inévitable échec. On ne fait pas à la Révolution sa part; Humbert ne saurait désormais

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affaire Dreyfus, une campague systématique et pertide contre son armée. » (Vifs applaudissements au centre et à droite. Bruits sur divers bancs à gauche.)

Le plus étonnant dans cette aventure inattendue n'est pas que M. Méline ait osé, après les événements récents, recommencer son jeu comme si de rien n'était : nous connaissons la rancunière impudence de cet agriculteur; le plus étonnant n'est pas que la Chambre ait accueilli des mêmes applaudissements les mêmes déclarations : nous connaissons le peu que vaut cette assemblée ; le plus étonnant est que les meilleurs adversaires de M. Méline aient bien voulu, cette fois encore, lui complaire.

M. Méline est, à la Chambre et dans le pays, à beaucoup près, le chef le plus intelligent des nationalistes. M. Méline sait ce qu'il fait : il veut centraliser les haines antisémitiques et nationalistes contre les internationalistes ; et ceux-ci sont d'abord un peu déconcertés parce qu'ils n'ont

n'ont pas de haines à centraliser : pourquoi ne veulent-ils pas voir que là est leur avantage personnel ?

M. Méline sait ce qu'il dit : sa thèse est que les internationalistes attaquent l'armée, plus précisément : que les internationalistes français attaquent l'armée de la nation française.

Comme internationalistes français, nous savons ce que nous disons quand nous lui répondons : Oui, nous attaquons universellement toute armée en ce qu'elle est un instrument de guerre offensive, c'està-dire un outil de violence collective injuste ; et nous attaquons particulièrement l'armée française en ce qu'elle est un instrument de guerre offensive en Algérie, en Tunisie, en Tonkin, en Soudan et en Madagascar, c'est-à-dire un outil de violence collective injuste ; et si nous attaquons l'armée française en particulier, c'est justement parce que, étant internationalistes, nous sommes encore français, parce que dans l’Internation nous sommes vraiment la nation française ; il n'y a même que nous qui soyons bien français : les nationalistes le sont mal. C'est parce que nous sommes bien français que les massacres coloniaux commis par de mauvais Français nous donnent comme un remords personnel ; c'est parce que nous sommes les Français des Internationalistes que les crimes du général Galliéni nous sont plus douloureux que les crimes des Anglais, des Allemands ou des Américains.

Que si par ce mot « l'armée » vous entendez la nation elle-même, armée pour la défense de sa liberté nationale, ce n'est plus vraiment d'une armée qu'il s'agit, mais, pour parler exactement, d'une contrearmées; et toute la question est là : au lieu que la France devait devenir une contre-armées, je ne dirai pas qu'elle est devenue, mais je dirai qu'il lui est devenu une armée.

Voilà ce que nous répondons aux nationalistes, mais un député croit devoir complaire; M. René Viviani croit devoir élever au nom de son parti une réponse très nette contre les paroles de M. Méline :

« Nous ne pouvons pas laisser dire par M. Méline, ni par qui que ce soit lorsque, sous notre responsabilité, nous engageons certaines polémiques qui

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