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cente décrivait les extases de ses jeûnes. Une fois elle avait vu Christ entraînant la croix s'étendre sur elle, les lèvres tendues. Sûrement elle aurait reçu le baiser. La peur de s'évanouir, de mourir, l'avait obligée à se reprendre en haletant. Mais elle avait senti l'odeur suave des cheveux divins, de la barbe dorée ; elle avait aspiré le parfum de l'haleine ambrosiaque, cependant qu'elle-même, chair et os, semblait se fondre, s'épancher, telle une cire chaude. D'autres fois, au contraire, le Sauveur se répandait comme la pluie d'un lait tiède qui pénétrait sa peau. Du doigt, si elle faisait le geste d'étendre les taches du liquide miraculeux, elle sentait une substance onctueuse se diluer cn caresses fluides. Un matin, à la naissance de l'aube, elle avait vu tous les Eons se précipiter vers sa nudité dans les rayons de l'astre apparu. Et ç'avait été une grâce indicible. Leurs forces l'avaient se couée de grands frissons délicieux. En mille autres instants, elle obtenait des béatitudes.

O Euphrosyne, ta science m'apprendra-t-elle les raisons de ce bonheur pressenti durant l'abstinence ? Ta parole, plus douce que le miel, déjà m'avait avertie de ces faveurs.

- Je pourrai. Colombe de Patras, satisfaire ta curiosité pieuse quand tu m'auras relevé du serment qui scelle ma bouche.

Un soir la jeune fille tout à coup commanda, devant les réticences de l'hôtesse.

Oublie donc ton serment. Descelle ta bouche. Que Christ te protège si tu prononces des paroles indignes de Lui! Je m'en lave les mains ainsi que Pilate sc lava les mains.

Sophia versa sur ses ongles l'eau d'une petite urne.

- Apprends-le donc, vierge de Patras : dès que les bonnes extases t'enchantent, c'est le Plérôme qui dcscend jusqu'à toi.

- En vérité, le crois-tu ? Comment retiendrais-je en mon être impur,

les essences du Plérôme ?

Ainsi les retient la lueur des métaux ; ainsi la chanson des sources, ainsi le plumage des oiseaux. Ta beauté leur ressemble, n'est-ce pas ? Le Rayon Céleşte se plait en ta splendeur naturelle. Mais prends garde, o Sophia. Si tu l'emprisonnes trop, tu assumeras la peine de ton orgueil. Voulant capter les Essences supérieures par le moyen de tes qualités attractives, le Démiurge t’inspirera les vices de Caïn : l'appétit des viandes, l'alourdissante paresse, la luxure qui obsède l'intelligence et la rend démente, la colère qui obsède le coeur et l'affole de haine. Alors tu ne pourras plus penser le Divin Plérôme; tu tabimeras dans les enfers, qui sont la bêtise de Caïn.

Je sens que tu ne dis pas de mensonges, bonne hôtesse, petite mère tendrc; continue... continue...

- Evite les pièges de Caïn. Défends-toi de manger les chairs d'animaux. Surtout, quand un homme t'aimera, laisse la semence tomber à terre. Car la génération emprisonnerait le Rayon Céleste dans ton ventre, et tu deviendrais mère du démon.

- 0 Théos écarte la malédiction !

..

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- O Sophia, il en est ainsi. Je te révèlerai de grands mystères encore, si tu désires que Basile triomphe avec notre Bardas; et tu deviendras une élue, une Pureté.

Toi, tu es une Pureté...

Qui peut le dire ? Je t'ose pas le penser, vraiment. Tu vois : je me nourris très rarement de viandes ; si j'étais pure, au contraire, je ne m'en priverais point, car, les mangeant, je séparerais le Rayon Céleste de la Matière, du Démiurge ; je la délivrerais, elle remonterait au Plérôme, dans la Jérusalem Céleste.

Oh! - Christ assainissait tout ce qu'il toucha. Aussi la Mère de Dieu est nommée la Très Illuminante Pureté. Elle n'acquit point d'ellemême cette vertu du Plérôme. En passant par sa matière adamique et terrestre, le Sauveur la lui imprima. De même il l'imprimera à tous les hommes, à toute la terre quand l'oeuvre de Rédemption sera close. Et voilà pourquoi Marie porte le nom même de Maïa qui est l'apparence des choses... Il faut

que
Christ

passe en notre chair et la purifie, ô Sophia; il faut... Il le faut, afin que la Lumière Céleste triomphe du Démiurge, de Jahveh et des Juifs, son peuple néfaste..., le peuple noir comme l'Abyme...

Elle se jetait à genoux devant l'icône où la gloire de Christ brillait à la lueur d'une petite lampe en forme d'oiseau. Sophia tremblait, priait.

PAUL ADAM

Elle est incorrigible

à F. F

Non, petite, n'insiste pas.
Vois-tu! c'est tenter l'impossible.
Ils sont trop pour si peu d'appas
Et tu fais un maigre repas
Pour la boulimie indicible
De tous ces gens dont tu frappas
Le cæur héroïque ou prud'homme.
Que feras-tu de tous ces hoinmes,
Majuscules, nains ou moyens,
Benjamins frais, rances doyens?
Tu n'as vraiment pas

t pas les moyens De tous les satisfaire; en somme Ton nombre est limité de sommes.

Pourtant tu les veux tous; bien! bien!
Et amoureux! cela te flatte!

Qu'il s'étrique ou qu'il se dilate,
Qu'il soit turc, kroumir ou nubien,
Gomme-gutte, ébène, écarlate,
Follement beau, sagement laid,
Etique, adipeux ou replet,
Manchot, cul-de-jatte ou complet,
L'hommage de tout sieur te plait.
Car l'âpre désir te dépèce
De voir pendue à ton épaisse
Chevelure toute l'espèce.
Il n'est si décrié magot,
Boscot, tortu, rothomago,
Bougre de si pauvre structure
Dont le regard ne confiture
D'allégresse ton coeur gogo.
Ah!
que

ta nature est nature!
Tu n'admets pas qu'une autre en ait!
Ta plume le crie sur ton feutre
Et tout homme s'avoue benêt,
Goitreux, ridicule et punais

Dont le viscère sot et pleutre
En te voyant demeure neutre.
Bélitre qui te méconnait!
Il faut que chacun te préfère.
Parbleu! Quant à les satisfaire
Tous, dame! c'est une autre affaire!

Oh! si c'était possible, Tous,
Alors quels merveilleux toutous

Et matous!
Ils trotteraient dans ton sillage
Avides de mettre au pillage
En des Enghiens ou des Chatous
Tes charmes leur papillage
Trouverait quelques plaisirs fous.
En ce cas, ce serait parfait!
Mais leur nombre veut qu'un effet
Les trois quarts d'entre eux soient bloffés.

De tout cela, petite amie,
T'u sais que je ne te veux mie.
Mon coeur est plein de bonhomie
Pour le tien tendre comme mie
Et qui voudrait se partager
A l'ami comme à l'étranger.
Ne pas te donner t'anémie!
Ce petit cæur, sans décorum,
Souhaiterait baba au rhum
S'offrir à toute gourmandise,
Epars, infiniment épars,
Donnant de soi toutes ses parts
Afin que chacun, quoi qu'on dise,
Goutāt de cette friandise

Et subséquemment
Connût un moment

L'heur d'être l'amant.
Va! Ne crains pas que je t'en veuille!
C'est dans l'ordre que tu l'effeuilles
Et distribues infiniment
Ton corps délicat et charmant!

Pour les joies que tu en recueilles !!

Donc, ma chère, ne discutons

la

Point! Puisque c'est ta destinée
D'être la chose bulinée,
Reprends ta pauvre âme obstinée
Loin des chemins nous luttons

Et buttons.
Tu ne nous es pas

compagne
Forte d'âme qui ne dévie,
Heureuse de faire campagne
Avec nous et contre la vie;
Celle dont le charme d'enfance
Cèle un cæur trempé de fierté,
Rempart dressé

pour

la défense,
Source active vers la bonté;
La fidèle dont la caresse
Divine de don et d'accueil
Guérit par sa bonne tendresse
Le mal d'être seul et le deuil
Et fait refleurir l'allégresse.
Laisse-nous : va-t'en loin d'ici!
Ta fus trop notre inquiétude,
Notre alarme et notre souci !
Nous préférons la solitude
Et la détresse de l'étude
Aux affres d'être à ta merci.

ROMAIN Coolus

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