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ment admises au point de vue des effectifs (voir tome xvu de La revue blanche, p. 597).

Or donc, voici le résumé de ce qu'il dit des trois principales armes combattantes :

Infanterie. « Les exigences de la guerre moderne se résument, pour le fantassin, en cette courte expression, peut-être peu grammaticale, mais compréhensible pour tous : avoir du cæur au ventre. Or, cette qualité essentielle ne s'acquiert pas par la prolongation du temps de service ; elle est dans le tempérament, et ce n'est ni la vie de caserne, ni les exercices répétés qui la donnent ou l'augmentent.)

Quant à la manoeuvre et au tir : « Tout le monde admet bien que le temps passé par le soldat dans les rangs a pour but de le mettre à même d'accomplir, d'une façon aussi satisfaisante que possible, son devoir à la guerre. Or, de maneuvre, à la guerre, il n'en existe pas. Le fantassin, pour toute manoeuvre en campagne, n'a qu'à marcher sur les routes en emboîtant le pas à l'homme qui marche devant lui, à suivre son chef quand on se déploie pour le combat, et, à partir de ce moment, à marcher en avant ou à courir en arrière. Le maniement de son arme se réduit à la charge et à tirer droit devant lui. »

L'instruction du tir a surtout pour objet de donner aux soldats la confiance en leur arme. Quant à l'usage qu'ils feront de cette arme, il ne dépend guère des exercices de tir qu'ils ont fait; sur le champ de bataille, l' « agitation » du soldat est telle qu'il ne s'y rencontre plus de bons tireurs. Aussi bien, a-t-on toujours cherché « le type rêvé du fusil produisant des effets meurtriers considérables en quelque sorte malgré celui qui s'en sert. Je mets en fait que, sur plus de 200.000 Français et Allemands atteints par la fusillade pendant la guerre de 1870-71, il n'y en a pas eu 500 ayant reçu la balle qui leur était destinée, c'est-à-dire ayant été visés... >>

« Quant au métier de guerre du soldat ou, pour mieux dire, à rôle dans les opérations journalières d'une campagne, il se réduit à dire qu'il voit ou qu'il a vu telle ou telle chose, et voilà tout. » Dans tout cela, « les leçons de l'expérience n'entrent pour rien » (1).

son

:

(1) Dans son célèbre ouvrage sur La nation en armes, le général von der Gollz écrit : « Dans nos guerres modernes si vite linies, il n'est pas nécessaire que l'homme ait l'expérience de la vie militaire. A tout prendre, elle ne lui sert qu'à savoir vivre en campagne. Si nous attachons du prix à avoir des vétérans dans notre armée, c'est que nous avons encore les idées du temps où, par suite des guerres continuelles, les soldals avaient formé une caste entièrement distincte. Le régiment alors était leur patrie, la guerre était leur existence ; mais ces qualités extraordinaires ne trouveraient plus actuellement l'occasion de se déployer. »

Cela est parfaitement juste, mais les prémisses de von der Goltz sont mauvaises. Si ces qualités sont, dorénavant, des choses du passé, c'est bien parce qu'elles sont incompatibles avec le caractère des nations modernes et, par conséquent, de leurs armées. Mais cela ne sullirait pas à empêcher de les regretter, si elles étaient utiles en elles-mêmes. La vérité est que cette expérience est simplement inutile, du moment que l'homme sait le peu de choses dont il a besoin en campagne, et que son moral, son esprit civique, est bon. La durée

« L'homme qui a du cour au ventre peut faire un excellent fantassin du jour au lendemain en quelque sorte. »

Et ce n'est point là une opinion acquise dans le calme du cabinet. Le colonel Patry citc bien des souvenirs historiques, et non des moindres, tels que les éloges que les conscrits de 1813 et de 1814 ont su mériter d'un connaisseur comme Napoléon. Mais il parle aussi par expérience personnelle. Il a commandé en 1850 une compagnie de vicux soldats à Metz, puis une compagnie de conscrits de vingt ans à l'armée du Nord, et se déclare incapable de relever une différence entre la tenue au feu de l’une ou de l'autre (1).

Cavalerie. Ici, l'auteur fait observer que, pendant chacune de leurs deux dernières années de service, nos cavaliers ne subissent en fait que six mois d'instruction, et il pense qu'on obtiendrait au moins les mêmes résultats en réunissant ces deux périodes en une seule et en employant, par conséquent, la seconde année de service exactement comme la première. La chose ne semble pas douteuse. On obtiendrait même probablement les résultats meilleurs, car une bonne partie du temps, dans les deux dernières années, est consacrée à « remettre en main » les hommes; non seulement ceux-ci ont beaucoup oublié, mais ils ont été dégoûtés par ces deux périodes pendant lesquelles on les a occupés tant bien que mal à des corvécs, coupées par le service de garde et par de rares prises d'armes.

Quoi qu'il en soit, le colonel Patry demande qu'on fasse l'expérience de former un régiment de manæuvre dont les quatre escadrons seraient composés, l'un de conscrits d'un an; deux autres, respectivement, de soldats ayant achevé leur deuxième et leur troisième année de service; enfin, le quatrième, de soldats des trois classes, et de faire manæuvrer ce régiment devant un aréopage composé des inspecteurs de la cavalerie et des généraux commandant les divisions indépendantes ; enfin, qu'après avoir soumis cette troupe aux épreuves les plus difliciles, chacun de ces généraux indique, en votant au scrutin secret, la composition qu'il attribue à ces quatre escadrons. « Je paric cent contre un, dit-il, qu'il ne se formera aucune majorité en faveur d'un escadron quelconque, et. si j'osais aller jusqu'au bout de ma pensée, je dirais que c'est l'escadron des jeunes soldats qui serait jugé le meilleur à tous les points de vue. »

L'expérience, vraiment, vaut la peine d'être faite.

Ces opinions sont intéressantes à rapprocher de celles qu’un officier de cavalerie, qu'il est aisé de reconnaitre pour un instructeur expérimenté, a développées tout récemment dans une brochure intitulée :

des guerres n'a rien à voir avec celle utilité. A plus forte raison, d'ailleurs, cette dernière serait-elle nulle, si nous avions à prévoir une guerre d'une grande durée, puisque les hommes auraient alors tout le temps d'acquérir l'expérience dont ils étaient dépourvus au début.

(1) On ne saurait trop recommander la lecture des souvenirs de 1870 que le colonel Patry a publiés sous le titre : La guerre lelle qu'elle est (Paris, Librairie illustrée, 1898). On y perdra bien des illusions dangereuses.

L'Instruction intensive dans la cavalerie (1). Ce travail ne contient, à la vérité, aucune considération générale sur la réduction du temps de service, et se borne à étudier le côté technique de l'instruction. Mais voici les constatations qu'on y relève.

Une partie des soldats de deuxième année, ceux qui ne seront pas « embusqués » d'une manière ou d'une autre, pourront être utilisés au dressage des jeunes chevaux, ou bien comme moniteurs ou chefs d'escouade à l'instruction des recrues. « Ce ne sont du reste pas les meilleurs qui restent disponibles... Quant aux cavaliers de trosième année, n'y songeons pas; s'il s'en trouve, on les prendra de préférence à ceux de deuxième année, pourvu toutefois qu'ils soient capables; mais leur nombre infime et surtout leur qualité médiocre se réunissent

pour

conseiller d'en faire abstraction. » Parmi les anciens soldats, en effet, tout ce qui est bon est défilé dans ces « embuscades » dont je montrerai plus loin la complete inutilité, pour ne pas dire plus; dès lors, pourquoi ne pas renvoyer ces hommes chez eux?

Quant aux fonctions de chef de poste ou de patrouille, l'auteur estime qu'il faut les laisser aux gradés, et que ce sera toujours une « utopie » de vouloir les confier aux hommes de troupe : « Qu'il soit de première, deuxième ou troisième année, le cavalier, à part quelques rares exceptions, ne peut être considéré que comme un oil plus ou moins intelligent capable de bien voir et de rendre compte exactement, pourvu qu'on l'ait bien placé. Au bout d'un certain temps, il arrivera à se bien poster lui-même, mais là s'arrêtent les exigences rationnelles. » En somme, voir et rendre compte, ce sont les termes mêmes du programme si simple indiqué par le colonel Patry.

Quant à l'artillerie, le colonel Patry estime qu'elle souffre bien moins de la quantité des matières à enseigner aux hommes que du défaut de spécialisation de ces derniers, et de la manie qu'on a de leur enseigner toutes sortes de choses dont ils n'ont que faire.

Pour ma part, je ne peux qu'appuyer cette opinion : avec une instruction rationnellement dirigée en vue d'une spécialité bien déterminée, et sans autre préoccupation que l'exercice de cette spécialité à la guerre, il n'est

pas si diflicile de former des servants et des conducteurs.

et instruction.

Il ne faut pas perdre de vue, d'autre part, qu'en Allemagne il n'y Administration a plus que les cavaliers et les hommes des batteries à cheval qui soient astreints à trois ans de présence ; les autres canonniers, comme les pionniers, ne servent que deux ans, aussi bien que les fantassins, et les hommes du train six mois seulement. Nos conscrits, en France, ne sont pas, j'imagine, moins intelligents ou moins alertes que ceux d'outre-Rhin ?

A propos du train, une remarque s'impose. Une caractéristique de notre armée est la surabondance des non-combattants, des services

(1) Paris, Charles Lavanzelle, 1898.

auxiliaires ou administratifs, des personnels des écoles, etc. Ils forment 7 0/o de notre effectif, contre 3 0/0 en Allemagne. Par exemple, nous avons 412 officiers et 11.110 hommes de train, contre 310 officiers et 7.750 hommes en Allemagne. Or, en Allemagne, les sections d'infirmiers font partie du train, alors qu'elles représentent chez nous, à elles seules, 5.129 hommes ; et nos voisins n'ont rien d'analogue à nos 8.720 hommes des sections de commis et ouvriers militaires d'administration.

Ce poids mort, que nous entretenons à grand frais, est déjà quelque chose de bien peu justifiable dans une armée où un assez grand noinbre d'unités combattantes, votées par le Parlement, ne peuvent être formées faute d'hommes !

Mais qui croirait, en outre, que la véritable petite armée constituée par nos troupes d'administration s'est refusée, jusqu'en 1896, à recevoir des soldats d'un an ! - Parfaitement : on admettait qu'on pou. vait former en un an un canonnier, mais non un scribe, un infirmier ou un boulanger, qui ne fait, après tout, que continuer au service son métier ordinaire! On a pu donner à l'arme qui s'intitule immodestement la « reine des batailles » 58 0/o de ces soldats d'un an; les « rizpain-sel » n'en voulaient pas. Enfin, en 1896, alors que l'infanterie et l'artillerie recevaient encore respectivement 34 et 30 o/o de leur contingent en soldats d'un an, on en donna 24,5 o/o aux troupes d'administration. Il y a là vraiment de quoi inspirer de singulières réflexions sur les idées régnant chez nous en matière d'organisation militaire.

A titre de comparaison, j'indiquerai encore que, depuis 1894, les hommes de la réserve de recrutement, en Allemagne, ne sont plus incorporés comme combattants, mais font leurs trois périodes d'instruction (respectivement de 1o, 6 et 4 semaines) dans les services auxiliaires, tels qu'infirmiers, employés aux subsistances, etc. Quant à la Suisse, les périodes d'instruction des troupes d'administration y sont encore plus courtes que celles les combattants, ce qui n'est pas

peu dire.

La question des sous-officiers.

Au reste, les adversaires du service de leur ans, battus sur le terrain des effectifs, ne disputent plus qu'assez mollement celui de l'instruction de la troupe. Ils semblent plutôt disposés à se rabattre sur la question des cadres : ces derniers, disent-ils, seraient difficiles, sinon impossibles à recruter.

Ici, je me bornerai à citer le colonel Patry, qui a traité ce point avec le même bon sens calme et expérimenté que les précédents.

« Cette question des sous-ofliciers, dit-il, n'a pas l'importance qu'on lui prête... Il n'y a pas besoin, pour apprendre à des soldats leur métier dans ses moindres détails, d'une expérience de plusieurs années. Les jeunes sous-ofliciers, pourvus de leur galon d'or après un an de service, avec l'instruction intensive donnée dans les pelotons d'instruction, sont certainement tout à fait à la hauteur de leur tâche,

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