Imágenes de página
PDF
ePub

sement plusieurs chefs-d'œuvre, notamment la célèbre Bataille des Amazones par Rubens. Comme peintre d'histoire, il prit une part considérable aux nouveaux ouvrages exécutés à Munich. L'église de Notre-Dame et celle des Franciscains de cette ville renferment des tableaux d'autel faits de sa main; et dans le palais du grand-duc Max de Bavière, il a peint six grandes fresques. Robert de Langer a laissé encore une série d'excellents dessins à la plume pour l'Enfer de Dante; il appréciait singulièrement ce poëte, et il avait pris dans ses vers un sujet pour une composition plus considérable. L'époque où il a le plus produit, ce sont les dix premières années de ce siècle, espace pendant lequel il a composé un grand nombre de tableaux d'après les histoires sainte et ancienne. Robert de Langer mourut le 16 octobre 1846, à sa campagne d'Haidhausen, qu'il avait décorée de belles peintures à fresque. Z. LANGERMANN (JEAN-GODEFROI), médecin, naquit à Maxen, près de Dresde, le 8 août 1768. Son père, cultivateur, désirait qu'il se destinât à sa profession, et ne le vit qu'avec peine suivre une autre carrière. Schoenberg, maréchal de la cour de Saxe, possédait à Maxen une maison de plaisance, dans laquelle il passait une grande partie de l'année et où il recevait les principaux habitants du pays. Langermann y fut admis dès sa plus tendre enfance. Sa gaieté naïve et les heureuses dispositions de son esprit plurent tellement au maréchal, que le jeune enfant passait presque tout son temps dans sa maison; mais son protecteur étant mort, il fut de nouveau remis à son père, qui, dans le but d'en faire un agriculteur, le livra aux plus rudes travaux de la campagne, ce qui formait un douloureux contraste avec ses goûts, ses dispositions et ses occupations précédentes. Mais enfin la veuve du maréchal, qui partageait l'affection de son époux pour le jeune Langermann, devint sa protectrice, et obtint avec peine de son père qu'il fréquentat les écoles à Dresde, où il fit ses études universitaires avec distinction. Il y apprit les langues anciennes et la musique, pour laquelle il montra toujours beaucoup de goût, ainsi que pour la poésie. En 1789, il commença à l'université de Leipsick l'étude de la jurisprudence, à laquelle il joignit celle de la philosophie et de l'histoire. Au bout de trois ans il soutint des thèses de droit. Quoique Langermann n'ait jamais exercé la science des lois, il puisa cependant dans leur étude des connaissances qui lui servirent beaucoup dans les fonctions administratives dont il fut chargé par la suite. Après avoir terminé son cours de droit, il se livra à l'éducation de la jeunesse, et l'on compte parmi ses éléves le poëte Hardenberg - Novalis (voy. HARDENBERG). Il fut ensuite instituteur chez un riche négociant de Leipsick qui recevait beaucoup de monde, et y put développer cette gaieté, cette aménité qui le distinguaient. Langermann, avait depuis longtemps un goût prononcé pour

les sciences naturelles. L'étude de la jurisprudeuce et celle de la littérature, auxquelles il s'était livré jusque-là, ne pouvaient satisfaire ce goût. Décidé à changer de profession, il se rendit à l'université d'léna en 1794 pour y étudier l'art de guérir. Il y suivit les leçons de Hufeland, Stark, Fichte, Scheerer, Gottling, Lode, et fit tant de progrès dans les sciences médicales qu'il fut en état, au bout de trois ans, de soutenir, pour obtenir le grade de docteur, une thèse qui lui acquit la plus brillante réputation, et qui a contribué à le faire regarder en Allemagne comme le fondateur de la médecine mentale; elle est intitulée De methodo cognoscendi curandique animi morbos stabilienda, léna, 1797, in-8°. Dans cette dissertation, qui n'a que 68 pages, l'auteur divise les maladies mentales en idiopathiques et sympathiques. Les premières ont immédiatement leur siége dans l'âme; les secondes proviennent du corps et agissent sympathiquement sur l'àme. Langermann fonde sa méthode sur l'observation et l'induction. Dans le traitement moral des aliénés, il conseille surtout d'imiter ceux qui sont chargés de l'éducation des enfants, qui cherchent à exercer, à former la raison de leurs élèves, à réprimer leurs passions, à corriger leurs défauts. Pendant son séjour à léna, il contracta une étroite amitié avec Schiller et Goethe. Il y concourut aussi à la rédaction de la Gazette littéraire de cette ville, publiée par Schütz. De là il alla visiter les hospices d'aliénés de la Saxe, et se rendit en observateur dans les prisons et les maisons de correction pour y étudier les passions des hommes. En 1799 il se fixa à Bayreuth, où sa réputation lui acquit bientôt une clientèle nombreuse. Il fut nommé assesseur au collége de médecine de Franconie, conseiller médical, professeur d'accouchement, et, en 1802, directeur et médecin de la maison des aliénés de St-Georges, près de Bayreuth. Ce fut surtout dans cette dernière fonction que se distingua Langermann, soit par ses talents administratifs, soit par l'habileté qu'il déploya dans le traitement de ses malades. M. le docteur Vaidy, qui a visité cet établissement, accorde les plus grands éloges aux soins philanthropiques que l'on y donnait aux aliénés, et à la inanière sage et prudente avec laquelle le traitement moral y était dirigé (Dictionnaire des sciences médicales, t. 30, p. 471). L'auteur a publié lui-même une notice sur sa méthode, dans la Gazette médico-chirurgicale de Salzbourg. Il fut nommé en 1810 conseiller d'État du roi de Prusse, et en 1821 chevalier de l'ordre de l'Aigle rouge. Langermann éprouvait depuis longtemps des attaques de goutte dont les symptômes faisaient craindre une métastase sur le cœur. Les désordres de la respiration augmentèrent à ration augmentèrent à un tel point qu'il succomba le 5 septembre 1852, A l'ouverture du corps on trouva une ossification de l'origine de l'aorte. Les ouvrages de Langermann sont peu nombreux et ne peuvent pas justifier aux yeux des lecteurs

La guerre ayant éclaté entre la Russie et l'Autriche contre la Turquie et la Suède, le comte de Langeron sollicita yainement la permission de servir comme volontaire dans l'armée autrichienne; mais plus heureux dans ses démarches auprès de l'impératrice Catherine, il partit pour St-Pétersbourg au mois de mai 1790. On lui confia le commandement d'une division de chaloupes canon

français la haute réputation dont il a joui en Al-colonel surnuméraire au régiment d'Armagnac. lemagne; mais sa grande renommée est surtout fondée sur les améliorations et les réformes im'portantes qu'il opéra dans la maison d'aliénés de Bayreuth, qui a mérité de servir de modèle à beaucoup d'établissements de ce genre, Ses vues nouvelles et hardies éprouvèrent bien des obstacles de la part de quelques hommes puissants; il sut les vaincre avec une constance qui fait honneur à son caractère. Outre sa dissertation inau-nières, sous le prince de Nassau, dans la Baltique, gurale, ce médecin a laissé les écrits suivants : 10 Quelques mots au public sur l'extraction du placenta après l'accouchement (en allemand), Hof et Bayreuth, 1803, in-8°. Langermann avait défendu 'à une sage-femme d'extraire de force une portion du placenta fortement adhérente à l'utérus, cet organe étant dans un état d'inertie et les parties externes très-enflammées. Cette portion de l'arrière-faix sortit naturellement au bout de trois jours; mais la femme succomba à une fièvre puerpérale. Le public, comme c'est l'ordinaire, accusa le médecin. L'auteur composa cet opuscule pour se justifier. Il prend occasion d'y combattre plusieurs erreurs populaires accréditées principalement chez les sages-femmes. 2o De la fièvre jaune et des établissements sanitaires qui existent en Allemagne pour prévenir l'introduction de cette prétendue peste et des autres maladies contagieuses, Hof, 1805, in-8°. Cet ouvrage a eu deux éditions, Il parut à l'époque de l'invasion de la fièvre jaune à Livourne. L'auteur s'y déclare fortement contre l'opinion qui admet la contagion de la fièvre jaune. Il a publié l'ouvrage de Sweiger Sur les hôpitaux et les établissements de bienfaisance de la ville de Paris, Bayreuth, 1809, in-8" (en allemand), avec des additions et un appendice sur les hôpitaux militaires français. Le docteur Ideler, profes-il fit, avec les princes français et l'armée du duc seur à l'université de Berlin, a mis au jour un petit écrit intitulé Langermann et Stahl, représentés comme les fondateurs de la médecine mentale, Berlin, 1855, in-8° (en allemand). Nous en avons extrait les principaux détails de cette notice. G-T-R.

[ocr errors]

LANGERON (le comte ANDRAULT DE), issu d'une famille ancienne du Nivernais, naquit à Paris le 13 janvier 1763. Entouré de toutes les séductions de la fortune et des succès du monde, il sentit de bonne heure le besoin de se distinguer dans la carrière des armes. La guerre d'Amérique lui of frit une occasion qu'il saisit avec ardeur. Il s'embarqua en 1782, comme sous-lieutenant, dans le régiment du Bourbonnais, sur la frégate l'Aigle, qui soutint un combat glorieux contre le vaisseau anglais l'Hector, et échoua dans la Delawarre. Le comte de Langeron rejoignit alors l'armée alliée, et il fit la campagne de 1783, sous les ordres de Viomesnil, à Porto-Cabello, à Caracas, dans la terre ferme de l'Amérique et à St-Domingue. La paix le ramena en France; il fut nommé capitaine au régiment de Condé-dragons; en 1786 colonel en second du régiment de Médoc, et, en 1788,

[ocr errors]

et sa conduite au combat de Biorek lui mérita la croix de St-George. Le lendemain il s'empara de plusieurs bâtiments dans le combat de Rogel, où Tchitchagoff défit la flotte du roi de Suède. Huit jours plus tard, il combattait pendant vingt-deux heures à la sanglante affaire de Rotchensalen, si funeste à la flottille russe. Après la paix avec la Suède, il alla joindre en Bessarabie l'armée du prince Potemkin. Le 21 décembre 1790, il monta à l'assaut d'Ismaïl sous les ordres de Souwarow (voy. ce nom), à la tête du 1er bataillon des chasseurs de Livonie, après avoir traversé le Danube sous le feu le plus meurtrier. Précipité du haut des remparts, il fut rejeté dans le fleuve et blessé à la jambe. La prise d'Ismaïl coûta 14,000 hommes aux Russes et 24,000 aux Turcs. Langeron reçut pour ce brillant fait d'armes une épée d'or avec cette suscription ; A la bravoure. Dans le mois de mai 1791, il servit en Moldavie sous Reppin, en qualité de colonel, et à la bataille de Matschin mérita les remerciments de ce général. L'année suivante, il entra comme volontaire dans l'armée du prince de Saxe-Teschen dans les Pays-Bas, et se trouva le 13 au combat de la Grisuelle où Gouvion, qui commandait l'avant-garde de Lafayette, fut surpris et tué. Au mois de septembre suivant,

de Brunswick, la campagne si pénible et si malheureuse de la Champagne. Après la retraite, i il retourna à St-Pétersbourg, et l'impératrice Catherine l'envoya, avec le duc de Richelieu, dans les Pays-Bas, servir l'armée autrichienne sous le prince de Saxe-Cobourg. Il y fit les campagnes de 1793, 1794, et il se trouva aux batailles de Maubeuge, de Landrecies, de Lannoy, de Turcoing, de Tournai et du Camp de César, où il sauva la vie au duc d'York qui allait au-devant d'une colonne ennemie, la croyant hanovrienne; aux affaires de Lesferinkhouke, de Rosendael près de Dunkerque, où il courut de grands périls, et où le comte d'Alton fut tué; enfin aux siéges de Valenciennes, du Quesnoy; à l'attaque du camp retranché de Maubeuge, et à Wattignies. Après la retraite des Autrichiens derrière le Rhin, Langeron retourna encore à St-Pétersbourg, où l'impératrice lui donna le régiment des grenadiers de la Petite Russie. Brigadier en 1796, il fut promu par l'empereur Paul Ier au grade de général-major en 1797, puis de lieutenant général en 1799, et fut employé dans la Courlande et la Samogitie comme quartier-maitre général d'un corps de

[ocr errors]

:

7/1

chargé du siége de Thorn, et, après sept jours de tranchée ouverte, cette place se rendit, Il marcha ensuite sur Bautzen. A la bataille de Koenigsvarta, il attaque ce village, s'empare de 5 pièces de canon, fait prisonniers plusieurs généraux et environ 1,200 hommes. Après la bataille de Bautzen, il se retire sur Sweidnitz, et pendant l'armistice il reçoit le commandement de l'armée de Barclay; puis il est chargé d'un corps de 50,000 hommes, qui, avec ceux de Sacken et du général prussien York, composaient l'armée de Silésie, commandée par Blücher. Dans le mois d'août, après la rupture de l'armistice, il passe la rivière de Bober; son avant-garde est au moment d'être coupée; il vole à son secours avec deux divisions le combat est vif et sanglant; son cheval est tué sous lui, l'avant-garde est dégagée. L'empereur Napoléon attaque Blücher près de Loevenberg, en Lusace, et l'oblige à la retraite, que Langeron soutient jusqu'à la nuit contre les efforts de toute l'armée française. A la bataille de Goldberg, le maréchal Macdonald attaque Blücher; Langeron commande la gauche: il obtient d'abord des succès; ensuite il opère, depuis quatre heures jusqu'à neuf, une retraite par échelons qui lui mérite les éloges du général en chef. Le 26 août, il contribue au gain de la bataille décisive de la Kazbach, où l'armée française, contrainte de repasser la Bober, fait une perte considérable en matériel et en prisonniers. Le corps de Langeron combattit depuis neuf heures du matin jusqu'à neuf heures du soir; il fut le pivot sur lequel le centre et l'aile droite convergèrent en exécutant une attaque générale. Le lendemain, ce même corps fit mettre bas les armes à deux bataillons près de Goldberg. Le 20, la division Puthod, acculée à la Bober, fut obligée de se rendre au prince Teherbatoff et au général Rondzewith, qui faisaient partie du corps de Langeron. Dans ces trois journées, il enleva aux Français un matériel nombreux, et leur fit beaucoup de prisonniers, parmi lesquels étaient le général Puthod et presque tous ses officiers. Il soutint en Lusace d'autres combats qui lui furent également avantageux. Dans le mois de septembre, les trois corps de Blücher, commandés par Langeron, Sacken et York, passent l'Elbe; après un vigoureux combat ils marchent sur la Saale, et se placent derrière l'armée française. Cette manœuvre contraignit Napoléon de combattre à Leipsick dans une position fâcheuse, et contribua beaucoup au succès de cette campagne. Mais, pendant ce temps, par un mouvement habile et imprévu des Français, Blücher et

25,000 hommes qu'il commanda. Paul fer le nomma inspecteur d'infanterie, chevalier de l'ordre de Ste-Anne, et ensuite comte de l'empire. En 1805, il marcha en Moravie, dans la seconde armée commandée par Buxawden, et, après la réunion de cette armée avec la première sous les ordres de Kutusoff, il commanda la seconde colonne à la bataille d'Austerlitz. En 1806, la guerre ayant éclaté de nouveau entre la Russie et la Turquie, le comte de-Langeron fut employé à Bucharest sous les ordres de Michelson, et, en 1807, il commanda en Bessarabie l'aile gauche du général Meyendorff. L'hiver suivant, il commanda sur le Pruth. Le prince Prozorovsky lui confia son aile gauche placée en Bessarabie, puis son armée de réserve chargée de défendre les deux Valachies et le cours du Danube. Lorsque ce général fut mort, le prince Bagration lui succéda, et, après le passage du fleuve, s'avança vers Silistrie. Le grand vizir était à Schumla; il n'attaqua point Bagration, passa le Danube à Roustchouk et menaça Bucharest, où était le comte de Langeron, si malade qu'il ne pouvait monter à cheval. Ses troupes étaient disséminées sur une étendue de deux cents lieues, et la moitié de ses soldats encombraient les hôpitaux. Il ne put rassembler que 6,000 hommes; le grand vizir en commandait 130,000. La terreur était générale, les membres du divan voulaient fuir; le comte de Langeron les rassemble Restez, leur dit-il; après-demain, à pareille << heure, l'avant-garde du grand vizir sera battue. » Il tint parole. Deux jours après il ne restait pas un Turc sur la rive gauche du Danube. Six campagnes contre les Turcs lui avaient donné une expérience qui favorisa son audace; il attaqua l'avant-garde ennemie, forte de 15,000 hommes, à Fracina, la culbuta, la poursuivit jusque sous les murs de Giurgevo, où était campé le grand vizir, qui n'osa pas accepter le combat; il repassa le Danube, et la Valachie fut sauvée. En juin 1810, chargé du siége de Silistrie, il s'en empara, après sept jours de tranchée ouverte; fit ensuite une brillante expédition dans les monts Hémus, et assiégea Roustchouk et Giurgevo, qui capitulèrent. Nommé chef de la 22 division militaire en mars 1811, il commanda toute l'armée de Moldavie jusqu'à l'arrivée de Kutusoff, qu'il seconda ensuite de la manière la plus habile; l'armée turque enveloppée se rendit à discrétion. La paix fut conclue en mai 1812. Napoléon avait passé le Niémen et s'avançait vers Smolensk. Langeron commanda une colonne sous Tchitchagoff, qui avait succédé au général Kutusoff et qui marchait de Valachie en Pologne et en Lithuanie. Il comte de Langeron furent au moment d'être se trouva à plusieurs combats sur le Don, près de surpris dans la petite ville d'Uben. Peu de jours Bracez, ensuite à la prise de la tête du pont de après, Napoléon, dont les manoeuvres étaient deBorisow et au combat de la Bérésina. Il poursui- venues incertaines, revient à Leipsick et y est cerné vit l'armée française par Wilna jusqu'à la Vistule. par toutes les armées, s des alliés. Le 16 octobre, Dans cette retraite, le comte de Langeron se fitil attaque la grande armée des empereurs de Rusremarquer par les soins généreux qu'il donna aux sie, d'Autriche et du roi de Prusse, et il est attaprisonniers ses compatriotes. En mars 1815, il fut que lui-même par Blücher. Le comte de Lan

XXIII.

23

geron enlève les villages de Gross et Klein-Wetteritz, prend plusieurs pièces d'artillerie et fait 2,000 prisonniers; mais il eut dans cette affaire un moment très-critique. Après la perte de ces deux villages, Napoléon fit marcher de grandes forces au secours de son aile gauche; Langeron, débordé et obligé de se développer sur une seule ligne trop étendue, fut repoussé sur le ruisseau de Wetteritz, qui, étant très-marécageux, lui donna des inquiétudes sur son artillerie et sa cavalerie, forcées de se retirer précipitamment. Il fallait payer d'audace et arrêter l'attaque impétueuse des Français pour donner le temps de passer ce ruisseau; Langeron était près de son avantgarde; il arrête le régiment de Slunelbourg, qui se retirait, et le ramène à l'ennemi sous une grêle de balles et de mitraille. Les autres le suivent; les Français hésitent; la retraite se fait sans perte, et Langeron reprend l'offensive. Le 18 octobre, à la bataille de Leipsick, sous les ordres du prince royal de Suède (Bernadotte), il passe la Partha, attaque le village de Schoenfeld; trois fois il le prend, trois fois il en est repoussé; il s'y établit enfin, et contribue ainsi sur ce point au gain de la bataille; mais il y perd un général et près de 5,000 hommes. Le 19, Langeron et Sacken forcent la porte de Hall; ils entrent dans Leipsick et s'emparent de 57 canons. Blücher poursuit l'armée française jusqu'au Rhin. Langeron est chargé d'observer la tête du pont de Cassel, visà-vis de Mayence. Le 1er janvier 1814, il passe le Rhin à Kaul, enlève Bingen, et tient Mayence bloqué pendant les mois de janvier et de février. Il quitte ensuite le blocus de cette ville, qu'il remet au duc de Saxe-Cobourg, et se rend en France auprès de Blücher; défend Soissons, et combat à Laon, à Craon, à Vichy, etc.; enfin il marche, par Reims et Châlons, sur Paris. Son avant-garde force le passage de la Marne à Trilport, après un vif combat, et s'approche de la capitale. Le 29 mars, il occupe le Bourget et repousse les avant-postes sur la Villette. Le lendemain, il commande l'extrême droite des armées combinées, observe St'Denis, et emporte d'assaut, à quatre heures du soir, avec le corps du général Rondzewitch, la position retranchée de Montmartre; prend 29 canons, et le soir même occupe les barrières de Paris. Il reçoit de l'empereur de Russie l'ordre de St-André, et de l'empereur d'Autriche celui de Marie-Thérèse de la troisième classe. A son retour en Russie, il eut le commandement d'un corps de 70,000 hommes en Volhynie. En 1815, il marcha de nouveau sur le Rhin, et après la bataille de Waterloo il prit différentes positions en Alsace et en Lorraine, dont il bloqua les forteresses jusqu'à la conclusion de la paix. Il fut ensuite appelé au gouvernement de Kherson, d'Ekaterinoslav, et de la Crimée, nommé chef de la ville d'Odessa, des Cosaques de la mer Noire et de ceux du Don. Gouverneur général de la nouvelle Russie (en 1822), Langeron reçut aussi le

titre de protecteur du commerce de la mer Noire et de la mer d'Azoff, etc. Destitué de tous ces emplois le 11 mai 1823, sans qu'on en sache la cause, il ne rentra en faveur qu'à l'avénement de l'empereur Nicolas. En 1826, il suivit ce prince à Moscou, porta au couronnement le manteau impérial, et reçut les insignes de l'ordre de St-André, en diamants. En 1828, la guerre ayant été déclarée aux Turcs, et l'empereur étant venu lui-même commander son armée, appela près de lui Langeron, qui se trouva au combat du Danube, près de Satounose, en Bessarabie. Il accompagna encore le tzar devant Schumla, et prit part à deux combats livrés aux troupes turques qui occupaient cette ville. A la fin de juillet, l'empereur lui confia le commandement de toutes ses forces dans les deux Valachies; il fut chargé de la défense de ces deux provinces comme il l'avait été vingt ans auparavant, et s'en tira aussi heureusement. Il fallait observer Giurgevo, Kalé et Tourno, sur la rive gauche du Danube, et toutes les forteresses situées sur la rive droite. Les Turcs y avaient plus de 60,000 hommes armés, et le corps de Langeron n'en comptait que 13,000. Outre les maladies ordinaires à ce climat, la peste désolait Bucharest et soixante-trois villages entre l'Arjitch et l'Olta: Langeron avait à se défendre de ce fléau et des Turcs; il fit occuper le camp de Daja, devant Giurgevo, et celui de Tchegarsk, devant Tourno, et se porta de sa personne, avec une colonne mobile, à Tcheloneschti et à Slatyn, pour donner des secours, de ces positions centrales, aux endroits attaqués, Ses détachements soutinrent quatorze combats heureux contre des forces trèssupérieures, sorties des forteresses de Giurgevo, de Tourno, de Kladova et de Viddin. Le généralmajor Geismar, qui commandait sous lui dans la petite Valachie, renforcé à temps, résista le 25 septembre, près du village de Tcheroy, à une attaque générale du pacha de Viddin, et, dans la nuit du 25 au 26, il attaqua lui-même, surprit l'armée turque et la dispersa: 7 canons, 23 drapeaux, 600 prisonniers, tout le camp tendu, furent les trophées de cette victoire. Quelque temps après, les Turcs abandonnèrent leurs retranchements de Kalafalt, devant Viddin, sur la rive gauche du Danube, et le général Geismar les occupa. Le 27 octobre, Langeron reçut l'ordre de venir devant Silistrie, et d'en faire le siége avec le 2e et le 3e corps d'infanterie, l'artillerie de siége, la flottille, etc., etc. Le 3 novembre, jour désigné pour l'ouverture de la tranchée, un ouragan affreux, suivi d'une gelée de 4 à 8 degrés, vint ensevelir son armée sous la neige; fit périr près de 1,000 hommes, 500 chevaux et tous les boeufs de l'artillerie. Un pareil ouragan était sans exemple dans ce pays, à cette époque de l'année. Langeron fut forcé de lever le siége. La retraite offrit des obstacles presque insurmontables; il fallait retirer tout le matériel de l'artillerie des boues qu'avait amenées le dégel, et en même temps contenir la garnison;

des travaux difficiles furent accomplis en dix jours, malgré le feu continuel de la place. Au mois de novembre, l'armée russe prit des quartiers d'hiver, et le comte de Langeron eut le commandement de toutes les troupes cantonnées dans la Moldavie et les deux Valachies. Il fit en lever d'assaut la forteresse Kalé, où l'on prit le pa cha, 40 canons, 11 drapeaux et 400 soldats. Peu de jours après il bombarda Tourno, où l'on trouva 50 canons. Il y avait alors 14 degrés de froid, et comme on ne pouvait creuser la terre pour remplir les gabions, avec les quels on construisit sept batteries, on les remplit avec de la neige battue. L'empereur Nicolas, en récompense de ces trois affaires, nomma le comte de Langeron chef du régiment de Miajsk, ét lui fit présent de deux canons des forteresses prises. Au mois de mars 1829, Diebitch ayant été nommé commandant en chef de l'armée, Lange ron, plus ancien que lui, se retira avec l'agrément de l'empereur, et passa deux ans à St-Pétersbourg. Attaqué du cholera, lorsque cette épidémie exerça ses ravages en Russie, il vit approcher sa fin avec fermeté, et mourut le 4 juillet 1831. Par ordre de l'empereur Nicolas, il fut inhumé dans l'église catholique d'Odessa. Le comte de Langeron était un homme de beaucoup d'esprit. Avant son émigration, il avait passé plusieurs années à Paris, et donné au théâtre une fort jolie comédie intitulée le Duel, qui a été imprimée en 1789. Il travaillait dans le même temps aux Actes des apôtres avec Peltier et Champcenetz, et l'on cite cette épigramme qu'il y inséra contre le duc de la Roche foucauld-Liancourt, qui s'était attribué des vers dont il n'était pas l'auteur :

[blocks in formation]

LANGES (NICOLAS DE), seigneur de Laval et de Dommartin en Lyonnais, était fils unique de Nicolas de Langes, conseiller au parlement de Dom. bes, et de Françoise de Bellièvre, sœur du chancelier; il naquit en avril 1525, dans le château baronial de St-Paris-le-Chastel. Son père mourut la même année, à l'âge de 27 ans; sa mère, qui n'en avait que vingt-deux, refusa de se remarier pour surveiller son éducation. Ses premières études terminées, il alla prendre ses grades de docteur dans les universités de Padoue et de Bologne; il se rendit ensuite à Paris pour y embrasser la profession d'avocat. Dès qu'il eut atteint sa majorité, il vint à Lyon prendre possession de la charge de conseiller au parlement de Dombes, dont il avait hérité de son père, et vers le même temps (en 1551) il fut nommé conseiller au prési-❘ dial de Lyon. En 1570, il succéda à son oncle Pompone de Bellièvre dans l'office de lieutenant général à la sénéchaussée de Lyon. Il exerçait ces dernières fonctions lors du massacre de la St

Barthélemy, et, de tous les magistrats de cette ville, il fut le seul qui eut le courage de refuser de prendre part à cette exécrable boucherie. En 1574, pendant le séjour que Henri III fit à Lyon, à son retour de Pologne, il lui prêta serment en qualité de premier échevin, à l'occasion des clefs de la ville rendues au consulat, qui en était privé depuis 1572. Fidèle à son serment, il quitta Lyon pendant la ligue, et n'y revint que lorsque cette ville eut fait sa soumission à Henri IV. Il mourut le 4 avril 1606, et fut inhumé dans l'église de StGeorges; il était alors président du parlement de Dombes et du siége présidial de Lyon. Il avait épousé en premières noces Louise de Vinolz, et en secondes Louise Grollier; il eut de ce dernier mariage une fille unique, Louise, mariée à Balthazard de Villars. Mécène des gens de lettres, le président de Langes les accueillait dans sa maison de Fourvière, connue sous le nom de l'Angélique, où il avait assemblé un grand nombre d'antiquités. Il mérita, par ses vertus et son urbanité, les éloges de tous ses contemporains, de Paradin, de Rubys, de Papire Masson, de Jean Godard, etc. On a de lui une traduction de l'Histoire des premières années du règne de Louis XII, composée en latin par Humbert Velay (ou Veillet) de Savoie. La dédicace qu'il en fit au duc de Nemours est datée de Trevols, le 6 novembre 1592. Cette tra❤ duction se trouve à la fin de l'édition donnée en 1855, par le bibliophile Jacob, de la chronique de Jean d'Autun. Voy. Pernetty, t. 2, p. 408, et la Biographie lyonnaise, p. 162. Pernetty dit que Paradin, pour la fin de ses Mémoires de l'histoire de Lyon, profita des recherches sur l'antiquité qu'avait faites N. de Langes. Il veut sans doute parler des douze chapitres qui se trouvent à la fin du 3o livre de l'ouvrage de Paradin, et qui sont intitulés Aucuns chapitres qui ont esté enuoyés par l'auteur, depuis le reste du livre imprimé, desquels nous n'avons voulu frauder le lecteur; et peut-être aussi des Inscripcions antiques, tumules et épita-→ phes, qui terminent le volume. A. B—T et A. P.

LANGETTI (JEAN-BAPTISTE), peintre, naquit à Gênes en 1635. Il fut d'abord élève de Pierre de Cortone, et entra ensuite dans l'école du vieux Cassana, dont il a en général rappelé le coloris. Il alla s'établir à Venise, et, en 1650, il était au nombre des peintres étrangers qui florissaient dans cette ville. Boschini, dans son poëme en langage vénitien, intitulé Carta del navegar pittoresco, où il célèbre les artistes distingués de Venise, consacre quelques vers à Langetti, et le loue comme un professeur habile dans le dessin et le maniement du pinceau. Ces éloges ont été confirmés par Zanetti, et plus encore par les tableaux qu'il a exécutés avec soin, et parmi lesquels on remarque un Crucifix, placé dans l'église de SteThérèse. Dans ses autres ouvrages il a peint en général de pratique, et n'a guère déployé que le talent d'un homme habile dans le métier. Les galeries de Venise et de la Lombardie possèdent un

« AnteriorContinuar »