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La politique étrangère de l'Empire, c'est-à-dire de l'empereur, et

notamment l'attitude de l'Allemagne officielle vis-à-vis de l'Angleterre, · fournit aux illustrateurs de Simplicissimus plus d'une occasion d'être

désagréable à Guillaume II.

Dès le début de la guerre anglo-boer le journal représente les hommes d'Etat allemands comme obéissant avec docilité aux injonctions des ministres de la reine Victoria, grand'mère de l'empereur Guillaume.

Thomas Theodor Heine nous montre l'aigle germanique, fumant philosophiquement sa pipe sur son perchoir aux couleurs nationales qu'un bull-dog anglais compisse. Le dogue allemand déguste avec avidité les déjections de son congénère britannique.

Dogue allemand et bull-dog anglais

Dessin de Th.-Th. Heine.

T La non-réception du président Krüger et la décoration de lord Roberts par Guillaume II inspirèrent à Bruno Paul deux dessins vengeurs. Le premier, intitulé : Au café Germania, représente Krüger, se dirigeant sur un café où un troupier anglais, insolemment attablé, donne par dessus l'épaule un ordre péremptoire au maître d'hôtel affublé du masque du chancelier de Bülow :

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— Si le bonhomme qui vient là fait mine de vouloir entrer chez vous, vous le jeterez immédiatement dehors ! Compris ? — Vous n'avez qu'à ordonner, Milord !

Au lendemain de la décoration de lord Roberts, Bruno Paul esquissa le field-marshal anglais accroché à un arbre.

La mort tire sur la corde et les corbeaux se repaissent de la chair du vieux soudard.

Légende :

Voici l'élévation que le peuple allemand souhaite à lord Roberts !

Dans le Chourinage sud-africain, Bruno Paul fait allusion aux liens de parenté qui unissent Guillaume II à la maison royale d'Angleterre.

Le prince de Galles, Cecil Rhodes et lord Kitchener s'évertuent à achever le président Krüger qui est renversé sur le dos. Galles brandit un coutelas, Cecil Rhodes, un genou sur la poitrine de Krüger, manie une hachette, tandis que lord Kitchener, armé d'une fourche, se met en devoir d'embrocher l'oncle Paul. Au second plan se tiennent la reine Victoria et M. Chamberlain. Celui-ci, muni d'un poignard, s'apprête à venir en aide aux camarades, mais il semble hésiter à la vue de Guillaume II et du tzar qui, silhouettes estompées, assistent de loin au crime. La reine apaise les craintes de son ministre :

— N'aie pas peur, Joe, ceux-là ne nous mettront pas de bâtons dans les roues. Ils sont de la famille !

Un genou en terre, le comte de Bülow, chancelier de l'Empire, cire les bottes à lord Kitchener. Dans le fond, des soldats de la reine conduisent à la frontière du Transvaal, la main au collet et le pied au derrière de leurs prisonniers, une demi-douzaine d'Allemands. Ce dessin de Heine a comme légende :

— Milord, vous avez foulé aux pieds les droits de sujets allemands !... Voulez-vous m'accorder la faveur de vous décrotter ?

L'Aigle allemand en voyage est le titre d'une mordante composition de Bruno Paul.

Juché, impassible, sur son bâton, l'oiseau impérial se laisse arracher es plumes de la queue par le jeune John Bull, au grand amusement de Bull père, qui ricane aux prouesses de son rejeton. Le petit John, s'adressant à la reine Victoria - qui, accompagnée d'un groom nègre porteur d'une bouteille de whisky, assiste à la sscène — s'exclame :

— Regarde donc, grand'mère, il est empaillé, le pierrot !

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Telle est la campagne d'irrespect que mène, depuis six ans, l'incomparable Simplicissimus à la joie de tous les esprits indépendants de l'Allemagne. ALExANDRE CoHEN

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Un jet de soleil pâle inonde vos cheveux
De bel or fluide ;
Sous vos prunelles roule un océan candide
Où dorment les furtifs aveux,
Un océan du Nord, augustement limpide,
Onde bleue et glacée et limpide et profonde,
Morne comme les nuits,
O Reposoir à mes ennuis,
O ma Princesse blonde !
Vous êtes la Très Sainte habitant le vitrail
De la cathédrale,
Une lueur sereine à la splendeur astrale
Vous nimbe, translucide émail,
D'une gloire mystique et de ferveur claustrale,
Et qui, voguant de l'abside au portail,
Gonfle la basilique, et vibre et roule et gronde,
Assomption assomption,
Apothéose et Passion
De ma Princesse blonde !

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Tes yeux et tes cheveux, mouvante nuit sans lune,
Auréolant ton front de lait,
Font quelque vierge de Milet
De toi, Princesse brune...
Dis-moi quel soir ta vôix mena les chœurs dansants
Aux jeux éleusiaques,
Ou bien si tu scandais l'hymne dionysiaque
Du choc des sistres bruissants,
Tandis que piaulaient pipeaux égyptiaques
Et susurraient les phorminx frémissants ?
O blanc péplos ! nuage de lin sous la lune !
Brume souple ! et vous voliez,
Battant vos pieds multipliés,
O ma Princesse brune !...

VARIA TIONS FUGUÉES

Bleus, et Gris de Perle, et Or - Bleu sombre et Argent

— Le sanglot d'un pâle Soleil,
Blanc Soleil hyperboréal... -
— Le mystère odorant des lourdes nuits du Sud...
Sur vos cheveux, d'argent et de bel or fluides,
Verse son givre voltigeant,
- ... Vous environne toute, enfant, trop belle enfant !
Flots aigus d'un glauque soleil,
Givre ébloui monté de buées blondes,!
-4Temple, ineffable abri sous les grands lauriers-roses
Les lauriers roses du bois sacré !...
Il pleut, cuirasse d'eau lumineuse, il descend,
Inonde d'un mouvant cristal vos deux prunelles,
Vasques d'onde glacée comme les flots du Nord !
- Les rameaux sonores vibrent,
· Comme les lyres d'Eole
Sous la caresse amoureuse
Des brises du crépuscule...
Le sanglot d'un pâle Soleil,
Blanc Soleil hyperboréal...
Le mystère odorant des lourdes nuits du Sud...
Sur vos cheveux d'argent et de bel or fluide,
Verse son givre voltigeant,
Flots aigus d'un glauque Soleil,
Givre ébloui monté de buées blondes
Il pleut, cuirasse d'eau lumineuse, il descend,

| . _ - | *----

lnonde d'un mouvant cristal vos deux prunelles,
Vasques d'onde glacée comme les flots du Nord
· — Les rameaux sonores vibrent
Comme les lyres d'Eole
Sous la caresse amoureuse
Des brises du crépuscule...
Cruellement limpide, effrayamment profonde.
Où glisse, où roule, autre océan silencieux
Froide cataracte, un astre ébloui,
— Sous la caresse tiède
Des brises que meut la mer :
Un voile suspendu d'ombre et de parfums frais
Effleure le fronton en marbre blanc d'Egine,
Et découvre et puis dissimule...
Onduleux Océan de lumières dorées
Qui la baigne, l'emplit de ses molles cascades :
Le vertige de vos cheveux.
— Ainsi vous, belle enfant, le gris pers de vos yeux
Et de vos cheveux l'ombre, .
Vos cheveux s'écroulant, comme en lueurs liquides
Vous illumine
D'indicibles reflets somptueux et glacés,
, — Mènent planer, vierge d'Hellas,
Sur votre front poli, votre jeune corps blanc,
Musique de clartés richissimes et froides
— Un voile bruissant qui passe et puis repasse,
De sereine mélancolie,
Sous le silence morne
De quelque soleil de minuit !
Musique du plus beau des soirs !

Azur et Or flambants Argent et Gris

O Samothrace ! ô Céramique ! Erechteion, Erechteion ! O lieux sacrés, ô double cime ! — C'est la viergeau vitrail incluse Du chevet de la cathédrale... — O Vierge Canéphore aux bas-reliefs vétustes Des temples bloc à bloc croulants Aux rivages vieillis d'Hellas !... Quel embrasement allume (Est-ce un soleil, un irréel soleil ?) — Temples blancs caressés du flot blond qui gémit, Et vous désagrégeant dans l'âpre solitude...

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