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jamais faits du contentement d'autrui? Laissez-nous donc, esprits sévères, nous reposer un instant, les yeux fixés sur cet heureux créateur que Miéris nous a représenté occupé à jeter, lui aussi, ses globes éphémères dans l'espace. Naissez, naissez tranquilles, fils brillants de l'haleine! prenez votre essor, et, cédant au vent qui vous emporte, soyez conduits au soleil ou dans l'ombre, dans une zone d'agitation ou dans une zone de calme, au-dessus de votre origine ou au-dessous vos différences n'ont que la durée d'un clin d'œil, et vous devenez bientôt aussi semblables par votre fin que vous l'étiez par votre commencement; l'enveloppe la plus resplendissante a le même sort que la plus terne, et celle qui semble la plus riche et la plus favorablement portée par le souffle de l'air, celle sur laquelle l'espoir croit pouvoir s'attacher avec le plus d'assurance, est souvent, à notre insu, la plus fragile et la plus périssable! Au moment même où, par son éclat toujours changeant, elle ravissait nos regards, à son sommet paraît le point fatal; le voile de deuil s'étale, vacille un instant, descend toujours... tout s'efface.

Quelle suite profonde de rêveries et de pensées pour une âme mélancolique, comme pour un philosophe, dans le spectacle de la destinée de cette simple goutte d'eau! Mais nous ne voulons point nous égarer si loin de notre but et de notre point de départ. Notre sujet, si futile en apparence, n'a besoin ni des embellissements de l'art, ni de ceux du symbolisme, pour être digne de se présenter devant nos lecteurs, même les plus sérieux, et il est assez grave pour avoir droit à être considéré spécialement et en lui-même. Laissons donc de côté tout vague et toute poésie, et osons introduire, pour juger de la valeur de nos bulles de savon, le physicien le plus froid et le plus positif.

faisons comme lui une bulle de savon, en l'abritant soigneusement contre toute cause de dérangement, soit de la part de l'évaporation, soit de celle des mouvements de l'air, et c'est alors seulement que nous verrons paraître e phénomène dans toute sa régularité et toute sa magnificence. Laissons donc la bulle flotter librement à la surface du liquide, afin que sa sphéricité ne soit plus troublée par sa suspension; remplissons le vase à plein bord, afin qu'elle ne vienne pas s'y heurter et s'y rompre; couvrons le fond du vase d'une teinte noire, et que le voile noir soit disposé de telle façon que la bulle ne soit éclairée que par les rayons directs que la lumière du ciel jette sur elle; enfin qu'une cloche de verre s'oppose à l'évaporation et aux mouvements de l'air : cette bulle, tout à l'heure si éphémère, sera susceptible maintenant de demeurer sous nos yeux pendant des heures entières sans s'évanouir; et, tout à l'heure si capricieuse dans les nuances continuellement changeantes de sa parure, elle nous offrira maintenant, dans une série d'anneaux et de couleurs diverses, se succédant horizontalement sur toute sa hauteur, une symétrie non moins parfaite que celle que le monde admire depuis des siècles dans l'arc-en-ciel. Enonçons seulement la loi de ces anneaux, loi fondamentale et au moyen de laquelle l'optique

réussi à pénétrer si profondément dans la connaissance de la lumière. De la partie inférieure de la bulle, où l'épaisseur est la plus grande, à cause de la tendance naturelle du liquide à se concentrer vers le bas, jusqu'à la partie supérieure, on rencontre constamment, dans toutes les bulles, sept systèmes d'anneaux existant, soit simultanément, soit tour à tour, mais toujours dans un même ordre que voici: rouge, bleu; rouge, bleu; rouge, bleu; rouge, vert; rouge, jaune, vert, bleu, pourpre; rouge, jaune, yert, bleu, violet; rouge, jaune, blanc, bleu, noir. Quelle variation! Qui ne conviendra que voilà un nouveau spectacle, bien plus étonnant encore que celui que nous présenfait la bulle de savon alors que, s'échappant au hasard des mains de l'enfant, elle voltigeait dans l'air, irrégulièremen. diaprée de mille nuances?

Mais la puissance d'esprit qui a fait naître ce curieux phénomène ne le laissera pas stérile pour la science. Toujours plus hardie, elle poussera son interrogation plus avant. Appuyée sur ce principe, véritablement merveilleux quand on y réfléchit, que les couleurs de la bulle sont essentiellement liées à ses épaisseurs et varient en même temps, elle demandera maintenant le moyen de prendre la mesure exacte de l'épaisseur de la bulle dans chacun de ses anneaux, de manière à pouvoir dresser le tableau des épaisseurs qui font prendre à une lame d'eau une

Ainsi il ne s'agit plus d'admirer, il s'agit de comprendre. Et avant tout, il me paraît que le physicien ya s'étonner de ces couleurs variées et changeantes qui ne cessent de courir à la surface des bulles. Quoi! les corps ne posséderaient donc point une couleur qui leur soit essentiellement propre? Une goutte d'eau, transformée par le gonflement en une pellicule, de substance incolore qu'elle était, se métamorphose en une substance parée de toutes les nuances les plus riches de la lumière du ciel. Cette simple bulle, s'il nous était possible de la fixer, de la découper, de l'empêcher de se dissiper en vapeurs, suffirait pour nous donner toutes les couleurs, et constituerait à elle seule toute la palette de la peinture. L'enseignement à tirer de ce jouet, abandonné depuis tant de générations aux enfants comme une chose indigne de l'attention des hommes, serait-ce donc que l'eau devient une substance colorée dès qu'on la réduit en lames minces? que sa couleur varie du violet au rouge, couleur quelconque. Mais comment en venir jamais à en passant par toutes les teintes intermédiaires, à mesure que l'on fait varier l'épaisseur? Cette propriété est-elle générale, commune à tous les corps de l'univers? Peut-on, sans altérer la nature d'un corps, et par cela seul qu'on le réduit en lames minces, lui faire indifféremment refléter toutes les nuances? Enfin la couleur particulière que nous présentent les corps dépend-elle, non point de leur essence mais simplement de l'épaisseur de l'épiderme qui les recouvre? Il me semble qu'à la suite de cette bulle de savon, nous voilà déjà bien loin dans le domaine de la science; nous voilà au grand problème de la coloration des corps.

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Et quel est le physicien que nous trouvons pour nous aider dans cette investigation importante? Quel est le savant qui donne ainsi l'exemple d'abaisser les plus hautes spéculations de la pensée sur le phénomène modeste de ces bulles dont s'amusent de tout temps les enfants? Ceux de nos lecteurs qui connaissent l'histoire de la physique savent qu'il s'agit ici de l'une des plus belles découvertes de l'immortel Newton. Faisons comme lui, puisqu'il n'a pas dédaigné de nous l'apprendre lui-même, dans son Optique, avec un détail correspondant à la grandeur de la question;

bout? Comment trouver un compas qui non seulement puisse traverser la bulle sans la crever, mais qui soit assez fin pour répondre à des mesures d'une délicatesse presque infinie? A quelle invention recourir pour ouvrir cette fragile pellicule, l'étaler sur une table, la soumettre sans altération à toutes les expériences; en mesurer, scruter, anatomiser, pour ainsi dire, toutes les parties, et avec une exactitude allant jusqu'à des millionièmes de millimètre? Qui ne serait tenté de reculer devant un problème en apparence si insurmontable, et qui ne se croirait, à cause de cette difficulté, parvenu au dernier terme de ce qu'il est donné à l'esprit humain de tirer de l'étude que nous lui avons proposée ? Résolument attaché à sa recherche, Newton ne désespéra point ainsi. Que l'on prenne, en effet, une lentille de verre, et qu'on la pose sur une glace horizontale bien polie: plus la courbure de cette lentille sera faible, moins il s'en faudra qu'en tous points elle ne touche la glace; elle n'y touchera cependant que par son centre, et à partir de ce centre, jusqu'à sa circonférence, elle ira continuellement en s'en écartant de plus en plus. Or, qui n'aperçoit déjà que, pour se procurer une couche d'eau

livrée à demeure à toutes les expériences, fixée, emprison- | née, încapable de s'évaporer, offrant une série régulière d'épaisseurs en décroissance concentrique, depuis les bords où l'épaisseur est la plus grande jusqu'au centre où elle se réduit absolument à zéro; que pour avoir, comme nous nous l'étions proposé, une bulle de savon coupée par moitié, déployée, posée à plat, il suffit de verser un peu d'eau entre la glace et la lentille? Versons-en donc, et voici ces mêmes anneaux colorés que nous admirions tout à l'heure, qui se reproduisent dans un ordre identique, avec les mêmes auances, dans une succession régulière, depuis le centre de la lentille où le noir est représenté par un point, jusqu'à la circonférence bordée par le système des anneaux rouge et bleu. Vive et ingénieuse manière de soumettre au compas de la science le plus fugitif et le plus délicat phénomène! Ce ne sont plus seulement des bulles d'eau visqueuse que nous sommes en état de créer; nous pouvons, grâce à ce procédé, en créer actuellement de toute espèce de liquide transparent. Que dis-je! ne sommes-nous même pas arrivés à la solution d'un problème qui tout à l'heure nous aurait assurément paru bien étrange construire une pellicule d'air semblable dans ses proportions à la pellicule d'eau qui constitue la bulle de savon? Il ne faut pour cela que poser simplement la lentille sur la glace: l'air compris entre les deux verres se pare aussitôt des nuances qui correspondent à ses diverses épaisseurs, et, de même que la bulle de savon, répète, selon ses propres lois, la merveilleuse série des anneaux colorés.

Mais nous accuse-t-on d'avoir oublié la grande question de la mesure des épaisseurs? La voilà résolue par la lentille même il suffit de connaître la courbure de cette lentille pour être en état de calculer par un procédé géométrique, et sans aucune difficulté, la distance qu'il y a entre chacun de ses points et la surface de la glace. De la distance qu'il ya entre le point central et les divers cercles colorés qui l'entourent, on peut conclure, par un simple calcul d'arithmétique, l'épaisseur d'eau correspondant à chacun de ces cercles, c'est-à-dire à chacune de ces couleurs.

Si l'épaisseur de l'eau est inférieure à 2 cent-millièmes de millimètre, il ne se produit que du noir; si elle est de 24 cent-millièmes, il se produit du violet; de 26 cent-millièmes, du bleu; de 28, du vert; de 30, du jaune ; de 32, de l'orangé; de 34, du rouge éclatant.

Toutes les substances jouissent, aussi bien que l'eau, de cette singulière propriété; pour que le verre produise le noir, par exemple, il faut que son épaisseur soit moindre d'un cent-millième de millimètre; pour produire le rouge, il demande la même épaisseur qui avec de l'eau donnerait le vert, et qui avec de l'air donnerait le violet.

On entrevoit sans peine toutes les suites de ces magnifiques études. Ainsi, voilà la coloration des corps expliquée; la couleur de chaque corps ne représente autre chose que l'épaisseur de l'épiderme diaphane, excessivement mince, qui, à la surface de ce corps, réfléchit la lumière. Quoi de plus simple en soi-même que cette idée? Quoi de plus riche et de plus fécond en conséquences? C'est en suivant une bulle de savon que Newton s'y est élevé!

Il ne faut pas croire, en effet, que nous ayons tellement épuisé ce sujet que la réflexion persévérante n'en puisse désormais plus rien tirer. Tout ce que nous venons d'exposer n'est encore qu'un commencement, si j'ose le dire; et, en continuant, nous nous verrions conduits, de déduction en déduction, à faire comparaître ici la science de la lumière dans toute son étendue. Mais cela ne s'accorderait pas plus avec l'intention de cet article qu'avec l'esprit général de ce recueil. Contentons-nous donc d'indiquer qu'après avoir constaté par l'expérience comment, selon l'épaisseur des lames qu'elle traverse, la lumière se résout en couleurs diverses, il reste encore à savoir quelles son:

les causes de cette métamorphose étonnante. Il y a là comme en toutes choses, un pourquoi; et dans le pourquo est la difficulté principale. C'est en s'appliquant, à la suite de Newton, à la découverte de ce pourquoi, que les physiciens, entraînés de phénomène en phénomène, sont arrivés peu à peu à cette belle théorie qui fait de la lumière, non plus une sorte de poussière infiniment ténue lancée dans l'espace par les corps lumineux, mais le simple résultat des vibrations d'un fluide éthéré répandu dans tout l'univers. Nous devons même rappeler ici particulièrement que c'est en s'occupant de son côté de l'étude des bulles de savon que le célèbre Hooke, contemporain de Newton, a émis les premières idées qui soient enregistrées dans l'histoire de la physique relativement à cette grande théorie. Ainsi la bulle de savon doit être considérée comme le point de départ de l'une des sciences les plus importantes dont puisse se glorifier l'esprit humain. C'est en s'appuyant sur cette base, en apparence si légère et de si peu de prix, que l'intelligence est parvenue à conquérir le secret de la nature de la lumière, que depuis l'origine du monde les hommes avaient en vain cherché. C'est encore par les conséquences successives déduites de ce phénomène initial que la physique est arrivée, tout en respectant les expériences de Newton, à ren verser toutefois de fond en comble les idées théoriques par lesquelles ce grand homme les avait expliquées. C'est dans cette route que l'école de Descartes, momentanément vaincue sur le chapitre de la lumière par celle de Newton, a trouvé les ressources qui lui ont permis, dans ces derniers temps, de se relever avec tant de splendeur de l'abattemen: dans lequel elle était tombée à cet égard au dix-huitième siècle. C'est là, en un mot, qu'il faut aller chercher les origines des mémorables travaux par lesquels Young, Fresnel, Poisson, Arago, et tant d'autres, ont achevé la révolution qui s'est opérée dans l'optique, et rendu leurs noms si célèbres.

Il nous semblait tout simple, quand nous avons pris la plume pour commencer cet article, de le conclure en comparant à des bulles de savon ces feuilles légères, toujours semblables pour le fond, toujours variées pour la nuance, où tant de couleurs diverses, irréprochables sinon pour leur éclat, du moins pour leur pureté, viennent se joindre et miroiter ensemble, ces feuilles qui, chaque semaine, partent de nos mains, emportées loin de nous par l'inconnu dans les hasards de leur existence éphémère. Il nous semblait que, dotées, comme les bulles de savon, de l'heureux privilége d'ajouter quelque chose aux joies trop courtes de l'enfance, elles pouvaient, comme elles aussi, fournir aux réflexions des hommes un aliment digne d'eux. Qui sait, en effet, jusqu'où pourrait monter par la méditation un esprit sérieux, en prenant son point de départ dans l'article même où l'enfant, emporté par l'irréflexion naturelle de son âge, n'aurait trouvé qu'une récréation curieuse? Ne venonsnous pas de voir jusqu'où s'étaient avancés, en méditant sur les conséquences d'une simple bulle de savon, le grand Newton et les physiciens qui l'ont suivi dans la voie ouverte par son génie? Mais les bulles de savon, de question en question, nous ont conduits dans des abstractions scientifiques d'un ordre si élevé, se sont parées peu à peu d'un intérêt si rare et si mérité, ont fini par nous paraître quelque chose de si merveilleux et de si considérable, que nous n'osons plus même, tant l'esprit donne de grandeur aux objets en apparence les plus vulgaires, soutenir, en terminant cet article, le parallèle qui, en le commençant, nous avait semblé plutôt modeste qu'ambitieux. Contentons-nous donc de cette conclusion morale, sous la généralité de laquelle nous nous réfugions: qu'il n'est rien de si petit à la vue qui ne devienne grand à la réflexion.

ÉTUDES D'ARCHITECTURE EN FRANCE,

OU NOTIONS RELATIVES A L'AGE ET AU STYLE DES
MONUMENTS ÉLEVES A DIVERSES EPOQUES DE NOTRE
HISTOIRE.

Nous nous proposons de faire connaître les différents âges et les nombreuses modifications de l'art monumental en France, depuis les Gaulois jusqu'à nos jours.

Dans une suite d'articles, à l'aide de descriptions et de gravures, nous essaierons de donner aux lecteurs les moins familiarisés avec l'histoire de l'architecture des règles générales qui leur permettront de déterminer, au moins approximativement, à quel siècle, à quel style appartiennent les monuments anciens ou modernes devant lesquels ils ont ou auront occasion de s'arrêter,

Nous n'ignorons pas ce qu'un semblable travail rencontrera de difficultés; mais nous sommes rassurés par la confiance que nous inspirent les deux savants architectes qui, cédant à nos sollicitations, veulent bien l'entreprendre *.

Les études de l'architecture sont liées intimement aux études historiques; elles ne peuvent en être séparées. Sans ies témoignages de tous les monuments épars sur notre sol, et qui sont parvenus jusqu'à nous comme un héritage des siècles, combien d'antiques usages, combien de mémorables événements seraient restés ignorés ou incompris ? Quelques fragments, un temple, une colonne, un débris de sculpture, épargnés par le temps, servent souvent à marquer la physionomie de toute une phase de la civilisation, à renouer la chaîne des traditions interrompues par le silence des historiens ou la perte de leurs écrits.

Contribuer à répandre le goût de ces études d'art et d'histoire; éclairer et accroître l'intérêt d'un grand nombre de nos concitoyens pour ceux des anciens monuments qui sont des types précieux et utiles à conserver; tel est le but que nous désirons atteindre.

I.

MONUMENTS GAULOIS **.

La France possède un grand nombre de monuments d'une exécution barbare, dans lesquels on ne trouve aucune des conditions de l'art, et qui cependant sont d'un intérêt incontestable, puisqu'ils se rattachent sans aucun doute à la religion et aux mœurs des premiers peuples qui habitèrent la Gaule.

Ces monuments de la période la plus reculée de notre histoire, sont variés dans leurs formes et dans leurs dispositions; les motifs même qui les firent ériger paraissent différents. Nous entreprendrons de les décrire, afin d'apprendre à les distinguer, à la seule inspection, des monuments qui pourraient leur ressembler sans avoir la même valeur, et qui doivent être attribués à une époque plus rapprochée de nous.

Men-hirs (pierres debout).

Le plus simple des monuments gaulois, celui qui dut présenter cependant le plus de difficultés dans son exécution pour un peuple dépourvu des forces données par la méca

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Alignements.

nique, est le men-hir, peulvan ou haute borne, obélisque (Cromlech, cercle druidique composé de men-hirs ou pierres debout.) brut, monolithe grossier qui s'élève quelquefois à cinquante pieds au-dessus du sol. Les départements de l'ouest de la France sont riches en men-hirs; ils paraissent élevés dans plusieurs intentions. Il en est qu'on peut considérer comme des pierres tumulaires ;, on y reconnaît quelques traces d'inscriptions ou d'ornements. D'autres men-hirs, représenta tions informes de quelque divinité, étaient adorés comme les fétiches des sauvages; on en voit dont les sommités sont dégrossies en forme de têtes, et indiquent un premier essai de statuaire; enfin, quelques monuments iso

* MM. Albert LENOIR et Leon VAUDOYER, Voyez 1833, p. 71 et 97.

Les men-hirs ou pierres debout ne sont pas toujours seuls et isolés. On nomme alignements, allées non couvertes, de longues lignes formées par des pierres disposées comme des arbres en quinconce. On voit à Carnac la plus vaste de ces réunions de monolithes, trop régulièrement placés pour faire supposer un cimetière, trop nombreux pour laisser croire qu'un culte particulier s'adressait à chacun d'eux, comme aux men-hirs isolés dans la campagne; leur assemblage a plutôt l'aspect d'un temple n'ayant d'autre voûte que le ciel, à l'instar de ceux des Perses, et en géne

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(Alignements de men-hirs ou pierres-debout situés à Ardeven et faisant suite aux alignements de Carnac, département du Morbihan.`

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les peuples orientaux. Les révolutions les ont fait disparaître | latérales de l'édifice, aussi bien que de celles qui en compo

de l'Asie. Pour nous, efforçons-nous de conserver au moins quelques uns de ces monuments précieux, sauvés de la ruine comme par miracle, témoins irrécusables de la marche presque uniforme qui caractérise l'enfance de tous les peuples.

Quelquefois les cromlechs, se repliant sur eux-mêmes en spirales plus ou moins serrées dans leurs contours, for

ment alors des monuments co dont le centre ne

peut être occupé par un autel, et -qu'à ce jour entièrement inconnu.

Lichaven.

sent la couverture; enfin, dans ces constructions on trouve quelquefois la preuve que les Gaulois taillaient les pierres avec des instruments tranchants pour leur donner des formes plus régulières.

Pierres tournantes.

Quelques roches placées en équilibre sur des bases solides peuvent recevoir un mouvement d'oscillation plus ou le but est resté jus- moins marqué; d'autres pierres tournent sur un pivot. Des traditions superstitieuses sont attachées à ces monuments, que l'on considère comme des pierres probatoires dont on faisait usage pour prouver la culpabilité des accusés. On était convaincu du crime imputé lorsqu'on ne pouvait faire mouvoir la pierre tournante ou branlante. Barrows et gal-gals.

Une dernière disposition, enfin, était donnée aux pierres debout groupées deux à deux à des distances peu considérables, un troisième rocher posé osé horizontalement les reliait à leur sommet. Une porte rustique, entièrement isolée ou située en avant d'un édifice, résultait de cet assemblage grossier qu'on nomme lichaven.

Dol-men.

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La plupart des peuples primitifs ont protégé les sépultures par des monticules ou collines factices. On trouve en France une grande quantité de ces monuments élevés en terre ou avec des pierres amoncelées ; ils peuvent être attribués aux Celtes, aux Gaulois et aux Romains. On nomme barrows les collines formées par les Gaulois avec de la de pierres. Ces tumulus ne sont pas toujours circulaires à terre, et gal-gals les cônes composés d'un grand nombre leur base; ils sont elliptiques lorsqu'on y a enseveli un grand nombre d'individus, après une bataille, par exemple; ils forment alors des ossuaires étendus, ordinairement

orientés de l'est à l'ouest.

Un second ordre de monuments religieux plus nombreux que les précédents, et qui, par conséquent, ont dû être d'un usage plus multiplié, sont composés de deux pierres de quelques pieds d'élévation, d'une épaisseur moindre que leur largeur; elles sont dressées sur la partie étroite, et portent une table ordinairement horizontale, quelquefois légèrement inclinée. On nomme dol-men cet assemblage de roches, que généralement on considère comme des autels de sacrifice; c'est ce que les détails que présentent à l'intérieur des dispositions particulières; des Lorsque les barrows forment une sépulture de famille, ils nous allons faire connaître semblent confirmer. En effet, sur ces tables sont ordinairement creusés à main d'homme des les dol-mens, renferment un ou plusieurs individus couchambres sépulcrales, composées de pierres brutes comme assins circulaires de petites dimensions, formant en quel-chés ou assis; des corridors joignent ces chambres; dans e sorte des vases qui communiquent entre eux par des igoles, et qu'on peut croire avoir été destinés à recevoir des libations ou le sang des victimes. A quelques uns de ces dol-mens ou autels; la table est perforée de telle sorte qu'en se plaçant au-dessous on pouvait être arrosé par les libations faites sur l'autel, ou recevoir le baptême de sang lorsqu'un animal ou une victime humaine y étaient sacrifiés ; moyen purification malheureusement trop accrédité dans ces siècles de barbarie, et dont trop de preuves existent dans les auteurs pour qu'on puisse le révoquer en doute.

Demi-dolmen.

If peut arriver que le dol-men soit incomplet, c'est-àdire que l'une des pierres dressées pour porter la table dans une position horizontale manque avec intention ou par accident; alors le monument n'offre plus que l'assemblage de deux roches appuyées l'une contre l'autre, de manière à former une inclinaison rapide; c'est ce qu'on nomme un demi-dol-men.

Allées couvertes.

Le principe de construction simple et durable sur lequel est établi le dol-men, se développe sur une plus grande étendue dans un genre de monuments dont le but n'est pas bien connu, et qu'on nommé allées couvertes, coffres de pierres. Ces monuments sont composés de deux lignes parallèles de pierres brutes de peu d'épaisseur, dressées verticalement et contiguës; un toit en terrasse, formé comme la table des dol-mens, couvre cette longue suite de pierres plus ou moins bien jointes; l'une des extrémités est close, l'autre sert d'entrée à la galerie. On entrevoit déjà dans ces édifices, quelque imparfaits qu'ils soient, les principes d'une architecture qui devait se développer plus tard. En effet, pour les établir, on a dû tracer sur le terrain un pian régulier, en distribuer l'intérieur par des cloisons durabies et dans des proportions applicables au besoin, calcuer les dimensions des pierres destinées à former les faces

d'autres cas, une seule salle allongée occupe l'étendue de la colline, et forme une galerie couverte; tous les squelettes les constructions qui occupent le centre de ces monuments y sont rangés comme dans une sépulture commune. Enfin, sidérer la sépulture comme ayant une origine romaine. sont quelquefois cimentés; alors on peut généralement con

crées; il en est d'autres dans lesquelles on reconnaît évidemQuelques collines factices étaient considérées comme sament un but militaire; elles sont tronquées par le haut pour contenir un certain nombre de combattants; un large fossé les environne; souvent elles se lient à une ligne de défense, à un agger formé par un long talus en terre qui ressemble à nos remparts avancés. Ces constructions militaires sont d'un grand intérêt historique, parce qu'elles font souvent partie de l'enceinte d'un camp, ou d'un de ces oppida dans lesquels se réfugiaient les populations gauloises à l'approche de l'ennemi, Au reste les archéologues ne sont point d'accord sur la question de savoir si les Gaulois avaient des villes constamment fortifiées.

Il est impossible de préciser l'époque à laquelle les Celtes et les Gaulois commencèrent à élever des monuments reli

gieux et militaires; toutefois leur grand nombre indique suffisamment que ce fut durant une longue période. On cessa sans doute d'en ériger après la conquête de César, et plus particulièrement lorsque Tibère défendit le culte dru.dique et persécuta ses prêtres.

On peut voir, pour plus de renseignements sur les monuments gaulois, les ouvrages suivants :

Voyage dans le Finistère, par Cambry, revu par E. Souvestre.
Essai sur les Antiquités du Morbihan, par Mahé. Archéo-

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logie armoricaine, par M. de Penouhet. Memoires de l'Acade(MM. de Freminville, Mangourit, Legonidec). — Recherches sur mie celtique, aujourd'hui la Société des Antiquaires de France plusieurs monuments celtiques et romains (M. Bareillon, 1806.. Les Derniers Bretons, par M. E. Souvestre. - Introduction a l'histoire de France, par MM. de Jouff oy et E. Breton.-Cours d'autiquites monumentaies, par M. de Caumont (1830).

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