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Vendôme accepta il n'y regardait pas de si près. Campistron fit son divertissement, l'œuvre plût et remplit les intentions du duc de Vendôme. Cent louis furent envoyés à l'auteur, c'était une somme énorme pour ce temps, énorme vue la triste situation du poête. Il allait se précipiter sur ces fruits tardifs de ses labeurs, mais son ami Raisin l'arrêta. — Sois désintéressé lui dit-il ! — Pourquoi faire ? — Pour obtenir mieux que cela!—Comment ? — Vendôme est un bon diable qui t'appellera près de lui, tu es gentilhomme, il sait que tu ne crains pas un coup d'épée , rcnvoi ces cents louis. — Campistron trouva que le conseil n'était pas mauvais; il renvoya l'argent au duc de Vendôme avec une lettre dans laquelle il disait que l'honneur de lui être agréable suffisait à son ambition et lui paraissait une assez digne récompense de son travail; Vendôme qui n'avait pas le temps d'y regarder de près, accepia cette affaire comme elle se présentait. Campistron lui parût un véritable héros de désintéressement , il voulut l'attacher à sa personne il le nomma son secrétaire des commandements. C'était une véritable sinécure que cette charge de secrétaire. Ce dernier entrait parfaitement dans les intentions du patron et lorsqu'il trouvait fatiguant de répondre aux lettres adressées au duc de Vendôme il les brulait en présence du duc qui en riait beaucoup et tout le premier. Chacun sait la joyeuse vie que menait le duc de Vendôme, et Campistron dût passer auprès de sa personne de fort agréables moments. Mais ce qni fut un bonheur pour le gentil-homme devint funeste a l'homme de lettres. Le poète s'encanailla avec le maréchal, il perdit dans l'orgie le talent qui avait donné des espérances à Racine , il ne fut pas ce qu'il aurait été. Le gentil-homme fit en revanche bonne contenance à côté de son protecteur ; soit qu'il fallut le suivre dans tous les excès de la bonne chère, soit qu'il fallut supporter les fatigues de la guerre en Espagne où en Italie. A la bataille de Steinkerque où Vendôme sit des prodiges de vaillance, Campistron suivit le prince sans trop s'inquiéter de la mitraille qui sifflait autour d'eux. Le duc qui vit son secrétaire galopper étourdiment à sa suite sans aucune nécessilé, lui cria avec impatience; allez vous en Campistron. - Monseigneur est-ce que vous voulez vous en aller?répondit le belliqueux poète. Il faut beaucoup de sang froid et de courage pour avoir de l'esprit dans un pareil moment, et lorsque Campistron courait ainsi sous le feu à la suite du prince il était bien loin de Racine qu'il s'était proposé pour modèle; en effet l'auteur d'Athalie fesait maumauvaise contenance à la suite de Louis XlV et plus tard, lorsque Boileau son ami vint apprendre au roi

qu'il était mort avec beaucoup de fermeté, on s'en *

étonna fort à la cour, — Vous me surprenez étrangement M. Despréaux, dit le roi, car je me souviens qu'en Hollande vousétiez le plus brave des dcux. Mais, si Campistron fut plus brave que Racine en revanche il fut bien moins poête que lui. Il abandonna Vite la

carrière des lettres pour aller jouir au sein de sa famille des bienfaits du duc de Vendôme. Le roi d'Espagne lui avait donné une riche commanderie de StJacques et le duc de Mantoue le marquisat de Penango. La protection du prince lui valut donc cela bien mieux encore que sa bravoure ; aussi Vendôme indigné de voir qu'il voulait le quitter l'appela-t-il ingrat. Ce mot acheva de les désunir. On ne put retenir Campistron. D'ailleurs sa santé ne résistait plus aux campagnes et aux orgies du duc de vendôme. Il était aussi pénible de suivre ce prince à table que dangereux de l'accompagner à la guerre ; Campistron qui avait été tiraillé pendant longtemps et en sens inverses par les exigeances de sa double existence poétique et guerriere, sentit bientôt qu'il était aussi peu guerrier que poête et retomba naturellement dans la vie bourgeoise. Ses souvenirs, ses goûts et le bien être qu'il s'était acquis, le rappelèrent à Toulouse qu'il avait quitté plein d'indignation. Mais il voulait alors vivre calme, ignoré, sans travailler, sans penser ; et Toulouse devait lui sourire. Campistron de retour à Toulouse y fut bien accueilli par ses compatriotes; les plus illustres amitiés lui furent acquises, il avait de la réputation , de la fortune , on se rapprocha de lui. Il fit une noble alliance, M"° de Maniban-Cazaubon, cousine du premier président au parlement de Toulouse et sœur de l'archevêque de Bordeaux, accepta la main du poète et vint ajouter à la considération dont il jouissait, tout le crédit de sa famille. Il ne faut cependant point se le dissimuler, ce ne fut pas le poête Campistron que ses compatriotes accueillirent si bien , ce fut le secrétaire du duc de Veudôme le commandeur de St-Jacques, le marquis de Penango. Ce fut le marquis qu'on admit à l'accadémie des Jeux Floraux, ce fut au marquis que l'on accorda une niche dans la salle des illustres. Et cependant , Campistron aurait vainement été secrétaire du duc de Vendôme, vainement commandeur de chimène, vainement marquis de Pénango s'il n'avait composé quelques tragédies ou l'on remarque des

, vers faciles, s'il n'avait obtenu la protection de Ra

cine , s'il n'avait pas été mis au nombre de ses imitateurs, qui s'occuperait aujourd'hui de Campistron commandeur, marquis et secrétaire d'un duc quelconque ? Le poéte toulousain serait allé bien plus loin dans la carrière des lettres s'il n'eut obtenu cette protection funeste et ces bienfaits du duc de Vendôme qui le firent bien venir de ses compatriotes. Campistron en effet vécut en fort mauvaise compagnie dès qu'il eût renoncé au commerce des muses. Vendôme lui donna le goût de la bonne chère , et dans son pays l'archevêque de Toulouse l'entretint dans ses habitudes peu littéraires qu'il avait prises chez le duc. Le onzième jour du mois de mai 1723. L'archevêque de Toulouse le conduisit à sa maison de campagne de Balma; un dîner splendide attendait les convives . l'ancien se-, crétaire du duc de Vendôme se crut transporté aux

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beaux jours de son maître. Malheureusement pour lui il ne fut transporté qu'en esprit et l'aspect de la fête ne lui rendit que le souvenir de ces temps heureux. Campistron s'imagina qu'il était rajeuni et une appétit trompeur, aussi mauvais conseiller que la faim est mauvaise conseillière, le fit s'abandonner un peu trop aux délices de la table. Tranchons le mot ; le poête prit une indigestion ; ce qui pourrait lui servir d'excuse , c'est qu'il était accompagné de son archevêque et que Vendôme l'avait bien gâté. Quoiqu'il en soit il rentra fort tard en ville dans la voiture de monsieur de Toulouse. ll descendit dans la cour du palais archiepiscopal , aujourd'hui la préfegture et prit congé de son amphitrion pour rentrer chez lui. Ce brave Campistron était alors âgé de quelques soixante sept ans, il jouissait d'un enbonpoint un peu génant, si bien qu'il nc se sentit pas de force à regagner sa maison qui était fort éloignée. L'excellent diner qu'il venait de faire chez l'archevêque le ren

dait encore plus lourd que d'ordinaire, en sorte qu'il se vit obligé d'appeller des porteurs qui stationnaient sur la place St-Etienne pour se placer dans leur chaise. Les porteurs s'approchèrent avec empressement; mals dès qu'iIs reconnurent ce bon Campistron dont l'embonpoint était proverbial , ils lui refusèrent leur ministère sous le vain prétexte qu'il était trop pesant et que sa maison était trop éloignée. Campistron furieux d'essuyer un refus si insolament motivé, menaça les porteurs de leur donner quelques coups de bâton; il se mit dans une telle colère que cette irritation soudaine jointe au travail d'une digestion pénible le fit aussitôt tomber en apoplexie. On le transporta d'abord chez un chirurgien quile seigna, et plus tard chez lui où il mourût quelques heures après. Quelques amis de Campistron se son efforcés de le justifier du reproche d'intempérance Nous sommes de l'avis de certains qui soutienuent qu la chose est fort indifférente eu soi, et que pour juge un auteur dramatique il importe peu de savoir s'il est mort où non d'une indigestion. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'on devrait être à l'abri de tels accidents lorsqu'on va diner chez un archevêque, et qu'on ne doit pas en faire un crime à l'homme qui fut obligé de passer quelques années de sa vie avec le duc de Vendôme.Lequel Vendôme mourut aussi d'une indigestion,

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Il y a fort peu de chose à dire sur Campistron l'au

teur dramatique ; il ne profita pas assez des leçons et des exemples que Racine lui avait donnés. Parmi ses meilleures tragédies on compte Tiridate et Andronic, qui depuis long-temps ont disparu du théâtre avec les autres productions du même auteur. Ces œuvres sont arrivées cependant jusqu'à la neuvième édition, et quelques-unes de ses pièces ont fait les délices de la cour et de la ville ; voilà ce qui est affligeant pour ceux qui se livrent à la même carrière, que penser de l'opinion publique qui s'attache à élever un homme pour le laisser retomber dans l'oubli ? et quels fonds peuton faire sur les triomphes du jour qui s'évanouissent le lendemain ? Si l'on consulte tous les critiques qui se sont excercés sur les tragédies de Campistron , si l'on s'en rapporte à l'impression qu'elles produisent à la lecture, on s'explique difficilement les succès de leur auteur, il faut être juste cependant, et reconnaître que les plans de ses tragédies sont bien posés et convenablement exposés aux spectateurs. Le style de l'élève de Racine n'a point la grâce et la châleur entraînante du maître, on ne retrouve pas en lui cette science profonde du langage, ces traits qui vont au cœur, ces magnifiques développemens des passions les plus intimes; mais sa parole est nette et facile, il dit en style modeste des choses assez ordinaires et s'il s'élève ce n'est jamais vers le ciel mais seulement pour raser la terre. La Harpe traite Campistron bien cavaillèrement, il explique ses succès de théâtre par la protection de quelques hauts personnages, et surtout par le talent du comédien Baron : il aimait surtout à jouer les rôles de notre Campistron qui roulaient entièrement sur l'amour. Dans les scènes consacrées à la galanterie prétentieuse et musquée de ces temps, Baron trouvait moyen de faire valoir auprès des grandes dames sa bonne mine et sa jolie figure ; tout cela était fort bien accueilli, et Campistron allait à la fortune et à la gloire en flattant le mauvais goût de son siècle, tandis que Racine avait éprouvé quelques chutes pour avoir essayé de s'y soustraire,

NoTICE HISToRIQUE ET sTATIsTIQUE

Plusieurs ramifications de la longue chaîne des Cevennes se perdent bizarrement dans quelques-uns des départemens situés dans la partie de la France sudest : elles forment dans l'Ardèche un immense amphithéâtre, dont les degrés s'abaissent à mesure qu'on s'approche des côtes du Rhône. La chaîne principale est connue sous le nom de montagne de Coiron, Les

Notre compatriotre termina sa carrière littéraire par un opéra intitulé Achille et Hercule ; cet ouvrage donna lieu à un épigramme assez juste après laquelle on n'entendit plus parler de l'auteur. Voici cet épigramme :

A force de forger on devient forgeron , Il n'en est pas ainsi du pauvre Campistron, Au lieu d'avancer il recule Voyez Hercule.

Le brave Campistron recula si bien qu'il entra dans l'académie des jeux floraux de Toulouse et qu'il y mourut. Il fut aussi de l'académie française, et certes, tous ces honneurs ne pouvaient lui manquer, ils étaient dus à l'homme qui croyait imiter Racine en flattant le mauvais goût de son temps. On peu dire du poète Toulousain qu'il fut assez peugentilhomme pour être poète, et assez peu poète pour être académicien. Au reste, il vécut calme et heureux comme un homme médiocre. Il fut assez philosophe pour abandonner les intrigues et les tracasseries de la vie littéraire, peu jaloux de l'immortalité et de la gloire qu'il s'était acquise, il se retira à l'écart lorsqu'il pouvait briller encore. On eut dit qu'il prévoyait le sort qui attendait ses œuvres, pour ne pas donner au temps le plaisir de faire justice de son nom et de sa renommée, il les abandonna le premier et voulut, pour ainsi dire, mourir de son vivant ; voilà son beau côté. Ce digne Campistron ne se prit pas au sérieux. Il fit ce que nous fesons aujourd'hui, peu de cas de la réputation qu'il avait acquise, c'est bien à lui d'avoir été sans Vanité.

Maintenant son nom a disparu de toute question littéraire , ses tragédies du théâtre, et ses œuvres des bibliothèques. Toutefois il lui reste encore son article dans les biographies générales, une place dans les régistres des jeux floreaux, et un buste en terre cuite dans la salle des illustres du Capitole de Toulouse. Mais Campistron n'était pas homme à se réjouir de cettelillustration communale offerte à ses manes comme un dédomagement à l'oubli profond qui menacait de l'engloutir, et je suis assuré qu'au sein de sa tombe il s'émeut fort peu et de l'obscurité qui couvre son nom , et de son buste en terre cuite, et de cet article biographique que je lui consacre sans la moindre prétention,

J. JULIA,

sUR LE DÉPARTEMENT DE L'ARDÈCHE.

contrées qui s'étendent aux pieds de ces pics plus ou moins élevés, sont naturellement fertiles ; la nature y est si variée , que le sol change d'aspect à chaque pas que l'on fait dans ce département, jusqu'à ce jour trop peu connu. On trouve partout un mélange confus de basaltes, de terres sablonneuses, de laves recouvertes en quelques endroits de quatre à cinq pouces de terre. Le pays est entrecoupé de collines, de monticules et de vallées si étroifes, que la plus étendue n'a pas une lieue et demie de largeur.

Avant l'invasion romaine, lorsque les peuples de la Gauleétaient régis par leurs rois particuliers, la région comprise aujourd'hui dans le département de l'Ardèche, était habitée par un peuple connu sous le nom d'Helviens. On ignore l'époque de leur soumission aux proconsuls romains ; mais tout porte à croire qu'ils partagèrent le sort des autres nations de la Gaule Narbonnaise et de la Viennoise. Quoiqu'il en soit, les Helviens n'eurent pas à se plaindre de la domination de leurs nouveaux maîtres, puisqu'ils ne trahirent jamais le serment de fidélité qu'ils avaient prêté aux proconsuls de la république. Lorsque César, après avoir dompté les peuples les plus intrépides, depuis l'Océan jusqu'à la Méditerranée, ne cacha plus le dessein qu'il avait conçu d'anéantir à jamais la liberté gauloise ; los Cardurques, les Avernes et les Velanes formèrent une ligue redoutable; l'immortel Vercingétorix fit un appel à tous les héros, et brava long-temps, dans Alise, la fortune et la puissance de César. Les Helviens, dans cette lutte mémorable par l'habileté du conquérant et la noble résistance des Gaulois, se rangèrent sous les drapeaux de la républi que , et refusèrent de prendre part à l'insurrection de leurs frères. Rome se montra reconnaissante, et pour prix de leur fidélité, le sénat leur accorda le droit de se régir par les mêmes lois qu'auparavant, et d'élire leurs chefs. Sous les empereurs, ils furent aussi l'objet de la sollicitude de Rome, leur protectrice et leur mère; leur pays fut d'abord compris dans la Gaule Narbonnaise, et un peu plus tard dans la Viennoise. A la chute de l'empire, les Helviens furent cruellement punis de leur incorruptible fidélité. Les Barbares qui inondèrent alors le midi de la Gaule, ne respectèrent pas les alliés de Rome. Les Vandales, les Goths, les Alains, les Germains dévastèrent tour-àtour ces contrées; ils détruisirent de fond en comble la belle ville d'Alba-Augusta, et mirent tout en œuvre pour effacer jusqu'au dernier vestige de la puissance romaine. Ce fut alors que Viviers devint la capitale de toute l'Helvie qui changea bientôt son nom gaulois en celui de Vivarais. Clovis, maître de l'immense royaume des Visigoths, voulut poursuivre ses conquêtes jusqu'au Vivarais; mais il le trouva occupé par les Bourguignons, qui le possédèrent jusqu'au commencement du septième siècle. Deux cents ans plus tard, le Vivarais fut incorporé à la Provence, et passa enfin, en 921, dans le domaine des comtes de Toulouse. Alors commença pour cette malheureuse contrée A la lutte sanglante, connue sous le nom de Guerre des Albigeois. Les descendans des anciens Helviens ne voulurent pas rester spectateurs inactifs de cette aggression injuste sous tous les rapports. Leurs chefs écrivirent à Raymond de Toulouse :

— Seigneur, nous avons rassemblé l'élite de la nation ; nous avons formé la ferme résolution de nous ranger sous votre bannière pour repousser les sauvages du Nord qui viennent souiller et dévaster nos belles régions du midi. Ils furent fidèles à leur promesse, et eurent la douleur de voir leur pays dévasté par les soldats du farouche Simon de Montfort. Ils chérissaient la domination des Raymonds; mais l'éclat que la maison de Toulouse avait jeté sur la Langue d'Oc, diminuait de jour en jour, et en 1271 , Philippe-le-Hardi ne craignit pas de lui enlever ses possessions dans le Vivarais, sur la rive droite de l'Érieux, car la partie septentrionale n'avait jamais été détachée du royaume de Bourgogne ; cette fraction du Vivarais fut réunie à la couronne de France, en 1308, par Philippele-Bel. Depuis cette époque, la province jouit de plusieurs années de paix ; gouvernée par ses états, elle avait conservé ses franchises et ses priviléges. Au commencement du seizième siècle, les doctrines de Luther pénétrèrent dans le Vivarais, et les habitans qui avaient autrefois embrassé avec tant d'ardeur l'hérésie des Albigeois, se déclarèrent les disciples des nouveaux prédicateurs. Ils eurent beaucoup à souffrir pendant tout le temps que durèrent les guerres désastreuses de la Ligue. Mais les principales villes étaient peuplées de Calvinistes, et les ligueurs ne purent s'en emparer. Les habitans du Vivarais, défendus par leurs montagnes, bravèrent impunément l'autorité royale. Louis XIII voulut, en 1629, s'assurer par lui-même si ces Calvinistes étaient indomptables. Il mit le siège devant Privas; cette ville, alors bien fortifiée , lui opposa une noble résistance; mais après quinze jours de tranchée, elle fut prise d'assaut par les troupes royales, pillée et livrée aux flammes. Ccs actes de rigueur ne firent qu'augmenter dans le cœur des habitans du Vivarais la haine de l'oppression royale. Le pays fut toujours dans une continuelle insurrection , et lorsque la révocation de l'édit de Nantes força les protestants à s'expatrier ou à abjurer, les habitants des Cevennes cherchèrent un asile sur ieurs plus hautes montagnes. Alors commencèrent les Dragonades, et les soldats de Louis XIV, missionnaires d'une espèce nouvelle , travaillèrent avec le glaive à la conversion des hérétiques. Cette guerre calamiteuse ou les Camisards s'immortalisèrent par leur héroïsme fut pour le Vivarais un coup mortel. Déjà cette province se Aistinguait parmi toutes les autres par son industrie et le nombre de ses fabriques. Les plus hahiles manufacturiers étaient presque tous protestants, ils s'exilèrent et portèrent dans les pays étrangers le fruit de plusieurs années de travaux et d'expériences. J'usqu'alors le Vivarais avait eu ses états particuliers; Louis XIV pour punir les habitants, incorpora la province à celle du Languedoc. Il est vrai que dès le commencement du quinzième siècle le pays des Helviens était sous la dépendance des Languedociens. Mais aucune preuve, aucun monument histo-" rique qui puisse constaterl'époque précise de la réunion

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- midi. Les oppresseurs et les opprimés s'étaient également rendus odieux par leur vengeance réciproque. Les hérétiques qui étaient en grand nombre dans le pays, ne virent plus dans le clergé qu'un ennemi acharné à leur perte. Les pères transmirent leur méfiance à leurs enfants, et à l'époque de l'organisation primitive des états, il fut arrêté que les prélats n'y auraient point place. Le seul évêque de Viviers y fut admis en sa qualité de baron ; mais il n'y eut aucune prépondérance comme homme d'église. La noblesse y était représentée par deux barons diocésains, et par les douze barons qui assistaient

alternativement aux États-Généraux du Langue

d'Oc. (1). - Les états du Vivarais étaient présidés chaque an

née par le baron qui avait assisté à la grande assem

(1) En 4789 les douze Baronnies du Vivarais étaient : celles de Crussol, de Lavoulte, de Montlaur, de l'Argentière, de Tournon, de Boulogne, de Joyeuse, de StRemezi, de Chalençon et la Tourette, d'Annonay, de Vogué et d'Aubenas. -

Les deux baronnies diocésaines étaient celles de Lagorie et de Pradelles.

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