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de ces écrivains, ne voit point entre eux cette unanimité prétendue, ou ne la voit que pendant un court intervalle. Jusqu'aux années qui suivirent le traité d'Aix-la-Chapelle, les philosophes ne paraissent point former un parti distinct. Voltaire, qui doit être leur chef, n'a trouvé que de faibles auxiliaires. Montesquieu s'élève à des pensées si hautes, si justes et si fortes. cm'on ne peut le désigner comme le guide de turbulens novateurs. Mais les grands changemens qui se sont opérés dans les mœurs, font pressentir ceux qui vont s'opérer dans les opinions. Rien n'est encore attaqué violemment, mais tout commence à s'ébranler.

J'ai d'abord à présenter le tableau de ces premiers progrès de l'esprit philosophique. Je rassemblerai toutes les circonstances qui me paraissent y avoir concouru. Mais elles sont très-multipliées; il en est plusieurs que je serai forcé d'énoncer sans développement, d'autres dont je puis m'exagérer l'importance. Je ne cherche point à combiner les faits pour les plier à un systême; je m'applique seulement à les retracer dans l'ordre qui favorise le plus l'attention et les recherches des lecteurs. C'est un devoir, pour l'âge présent, de comparer et d'apprécier les deux siècles dont il a recueilli l'héritage littéraire. On le sent, on s'en occupe; je serais heureux d'offrir quelques matériaux à ceux dont la sagesse et le génie rempliront cette lâche difficile.

Tout avait tendu vers l'ordre pendant la Le règne Pms belle partie du règne de Louis XIV. 'offrèTsn" Le génie s'imposait des limites, la modestie témreV. "" se montrait presque inséparable de la gloire. Dans la littérature, l'autorité des anciens; dans les recherches métaphysiques et dans la morale, l'autorité des livres sacrés; dans la politique, l'autorité d'un roi admiré avec excès, mais avec sincérité, interdisaient à la pensée des sujets qu'elle n'examine point sans danger. Loin de se plaindre de ces entraves, on les chérissait. Le domaine qui restait à l'imagination paraissait assez étendu; une raison mûre et profonde aidait à le culiv.niiiTM tiver. On n'exaltait point sans mesure l'art Éctat". ta dans lequel on excellait. Personne ne croyait "ù^'tZ avoir beaucoup fait par ses écrits pour le

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""*• bonheur de la société, et ne soupçonnait même que la doctrine des sages pût avoir une grande influence sur le sort des nations. Les Français se reposaient, sur Louis XIV, sur Louvois, sur Turenne et Cônde , du soin de garantir et d'étendre leur gloire extérieure. Entre tous les écrivains, aucun ne se faisait un devoir de payer les bienfaits du gouvernement par des avis sur les finances. Les merveilles des arts ajoutaient à tous les prestiges créés par de grandes actions et par des chefs-d'œuvre littéraires. La religion ne s'était jamais annoncée avec plus de pompe, et n'avait jamais fait plus d'efforts pour se concilier avec les données de la raison humaine. Bossuet, Pascal, Arnauld etBourdaloue, venaient de réparer et de rajeunir cet antique édifice, en conservant avec soin son caractère auguste. Ces hommes, puissans en observation et en sagesse, avaient fait des applications judicieuses et étendues de la morale évangélique. On croyait qu'il n'y avait plus d'autres points susceptibles de controverse, que ceux sur lesquels Arnauld luttait contre Claude, et les jésuites contre Arnauld. L'exaltation de la gloire et celle même de l'amour concouraient à l'enthousiasme religieux; car l'un et l'autre implorent le secours de la piété après la perte de leurs illusions.Les hommes ambitieux et les femmes qui avaient cédé aux passions, sanctifiaient leur repentir. Madame de Longueville vivait. dans la pénitence ; le cardinalde Retz s'ensevelissait dans la retraite. On faisait succéder à une jeunesse brillante, orageuse, mais rarement dépravée, une vieillesse calme et dont l'austérité n'avait rien de fâcheux ni de sombre. Onne se croyait instruit que de ce qu'on avait étudié long-temps. Louis XIV savait reconnaître la supériorité de Racine et de Boileau en matières de goût; Racine et Boileau, sur les matières de foi, n'osaient penser que d'après leurs savans amis de PortRoyal. Il y avait plutôt des libertins que des incrédules. A la vérité, le scepticisme commençait à se répandre dans quelques sociétés vouées au plaisir; mais les esprits forts de ce temps-là, loin d'avoir la bouillante activité ou l'orgueil qui multiplie les prosélytes , étaient les plus indolens et les plus craintifs des hommes. La gaîté, l'élégance quirégnaientà la cour, tempéraient la sévérité de la religion. Le Lutrin paraissait sous les auspices du président de Lamoignon; le chefd'œuvre qui sera l'éternel fléau de l'hypocrisie, le Tartuffe, était protégé par un roi qui, plus tard, fût amené à faire dominer les hypocrites.

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pcciiin°d« Les découvertes qui se faisaient alors dans «val... jes sciences ne troublaient point ce calme heureux. Le cartésianisme dominait; Spi-Dclrt„. nosa avait abusé de ce systême jusqu'à en faire la base de l'athéisme; mais peu de Français s'étaient donné la peine de démêler ces affreux principes à travers les raisonnemens compliqués et le langage obscur du juif d'Amsterdam. Mallebranche seul parut le M.n.t,,,,. vrai commentateur de Descaries. L'hypo-1" thèse qui lui faisait voir Dieu dans toutes nos pensées, fut assez généralement admise par des ames pieuses. Pascal, après avoirp.,Cai. perfectionné les mathématiques par la solution de grands problêmes que seul il pouvait proposer, et après avoir appuyé la physique sur des faits qui en changeaient la face, se plut à élever des digues qui missent la religion à l'abri de toute invasion des sciences. Le père Mersenne, Roberval Lep.Mor, et tous les savans francais, imitaient sa eir-b«TM«i. conspection. Il est vrai que Gassendi fut accusé d'avoir fait revivre la philosophie d'Épicure; mais le désaveu qu'il en fit, et la piété dont il avait paru suivre une pratique exacte, firent tomber cette imputation. La Sorbonne se familiarisait avec le systême de Copernic et avec les découvertes de Galilée. On s'étonnaitde la persécution que ce dernier philosophe avait éprouvée en Italie. On ne

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