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Anglais eût été bien plus forte s'ils avaient vu dans les rangs de l'armée qui menaçait leurs rivages, le prince qui, sans auxiliaire, avait soumis plusieurs de leurs provinces. Cependant ils montrèrent par toutes leurs mesures, qu'ils regardaient comme sérieux un projet de descente. Ils se mirent sous la protection de troupes mercenaires qu'ils firent venir de la Hesse et du Hanovre. La France en même temps excitait leurs craintes sur les îles de Jersey et de Grenesey, sur Gibraltar et sur Minorque. Cette dernière possession était pour eux un gage trèsutile de leurs succès pendant la guerre de la succession d'Espagne. Ils avaient employé trente ans à la fortifier, et, suivant eux, le fort Saint-Philippe ne le cédait qu'à Gibraltar. C'était par cette conquête importante que les Français voulaient d'abord signaler leurs armes.

Le maréchal de Richelieu avait le premier présenté les avantages d'une expédition qui pouvait assurer à la France, pendant la guerre, l'empire de la Méditerranée. Plusieurs généraux, et particulièrement le prince deConti, en exagérèrent les difficultés. Richelieu demanda pour y réussir une armée de trente mille hommes et une escadre de douze vaisseaux de ligne. Le roi et la marquise de Pompadour le laissèrent partir comme pour se débarrasser d'un solliciteur importun. Richelieu sentit quel était pour lui le besoin de s'illustrer dans une entreprise importante. Les vices brillans de sa jeunesse, conservés dans son âge mûr, n'étaient plus vus avec la même indulgence. Les courtisans haïssaient en lui un caractère avide et tour à tour rampant et hautain. Les philosophes, à l'exception deYoltaire, se défiaient d'un protecteur suspect qui tantôt encourageait et tantôt dénonçait l'audace de leurs principes. Le public, fatigué du scandale monotone de ses aventures galantes, instruit de la cruauté et de la perfidie qu'il y portait souvent, attribuait à ses leçons et à son exemple la corruption profonde du monarque. Il fallait un exploit au maréchal de Richelieu ; la fortune vint le lui offrir (a).;

(a) Ce fut la duchesse de Lauraguais qui obtint de Louis XV le commandement des côtes de la Méditerranée pour le maréchal de Richelieu qu'elle aimait avec une extrême passion. Ce choix l'ut généralement blâmé. Ce seigneur venait- de se rendre odieux en abusant indignement de son nom et de son crédit pour persécuter des ennemis obscurs , et jusqu'à des filles du peuple qui lui avaient résisté.

La flotte française sortit des îles d'Hyères le 10 avril 1756. Elle était composée de douze vaisseaux de ligne, de cinq frégates et de cent cinquante bâtimens de transport. Une violente tempête la dispersa dès le premier jour; mais les vaisseaux manœuvrant avec habileté, parvinrent à se rallier à la vue de Minorque. L'armée y débarqua sans obstacle le 17, et s'empara de la ville de Ciutadella, ainsi que de celle de Mahon que les Anglais abandonnèrent pour aller s'enfermer dans le fort de Saint-Philippe. Ils étaient peu nombreux. Le gouvernement britannique, obligé de disséminer ses forces sur plusieurs points menacés, n'avait employé que quatre bataillons à la défense d'une citadelle bâtie sur un roc, environnée de fossés profonds de vingt et de trente pieds, protégée par beaucoup d'ouvrages extérieurs et par quatre-vingts mines, et enfin abondamment pourvue d'artillerie, de vivres et de munitions. Le maréchal de Richelieu s'en approcha et parut d'abord indécis sur les moyens de commencer l'attaque. Pendant qu'il bloquait la citadelle, l'escadre française, commandée par le plus habile de nos marins, le marquis de la Galissonière, veillait à fermer l'entrée du port à un nombreux secours que les Anglais en

voyaient à Mahon, sous la protection de quatorze vaisseaux de ligne. L'amiral Bing les commandait. La Galissonière vint à sa rencontre. Le combat s'engagea le 20 mai vicwir.

C O navale de*

entre les deux escadres. Les Français y dé- F"»0"" veloppèrent un art de bataille qui décon- Joa,l certa les manœuvres de leurs ennemis. Leur ligne fut un moment rompue, mais ne tarda pas à se reformer. L'amiral Bing, fatigué de plusieurs attaques infructueuses, n'ayant pu réussir ni à prendre, ni à disperser aucun des vaisseaux français, fit cesser le combat, et se trouva heureux de n'être point poursuivi. Il renonça au but de son expédition, et revint à Gibraltar réparer ses vaisseaux fort endommagés.

Cette victoire navale, la plus importante et la plus glorieuse que les Français eussent obtenue depuis plus de cinquante ans, anima le courage des assiégeans. Cependant on n'avait fait encore que des bréches peu considérables aux ouvrages extérieurs de la citadelle. Les ingénieurs ne donnaient que des espérances fort éloignées. L'armée avait beaucoup souffert du feu des ennemis ; la saison faisait craindre des maladies. Le maréchal parut tout disposer pour un assaut; et, dès ce moment, ilfut l'idole des soldats (a). A la gaieté qui les animait, il voulut joindre les effets de la discipline. La manière dont il letablit sera long-temps célèbre dans nos annales. Les soldats étaient portés à oublier leurs fatigues en s'enivrant. Le maréchal leur défendit ces excès: « Je déclare, leur dit-il, » que celui d'entre vous qui continuera de

(a) Pendant toute la durée du siège, les officiers français rivalisaient à qui s'exposerait le plus. Le maréchal de Richelieu leur en donnait l'exemple. Un jour où il s'était approché assez près d'un des forts, il fut couché en joue et manqué par une sentinelle. Un canonnier se chargea de punir le soldat anglais, et le renversa en effet du premier coup de canon. Pendant trois jours ce brave canonnier resta constamment sur sa pièce, et ne souffrit pas qu'on vînt le relever. Le maréchal, charmé de son adresse et de son dévouement, donna l'ordre qu'on lui fit quitter enfin sa batterie. Ce canonnier s'y refusait encore. Enfin, il demande à parler au général, tombe à ses pieds, lui déclare qu'il est déserteur d'un des régimens qui ont débarqué à Minorque, et qu'il a voulu expier sa faute en mourant sous le feu des ennemis. Le maréchal, touché du repentir d'un si brave homme, le mit encore à l'épreuve, le tranquillisa; et comme il vit toujours en lui la même adresse et la même intrépidité, il le fit lieutenant et ensuite capitaine.

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