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J. Aarts Délassement

gravure sur bois

Lysiane

Voici la primeur, d'une des scènes les plus importantes de Lysiane, la pièce de M. Romain Coolus que Mme Sarah Bernhardt vient de créer à la Renaissance avec un si grós süccès, et dont on trouvera plus loin l'analyse dans la Quinzaine dramatique. C'est la scène du [[acte Sylvain Brière, ayant appris que Gandrey a commis de graves indélicatesses, le force à quitter Paris pour l'éloigner de Lysiane de la Lauraye.

DU Ile ACTE

SCÈNE XII

SYLVAIN, GAUDREY

SYLVAIN

Pardonnez-moi. Je me suis un peu attardé avec votre ami, M. Bordin, qui me paraît un homme de grand sens. Y a-t-il longtemps que vous êtes liés, M. Bordin et vous ?

GAUDREY

Oh, liés ! nous nous connaissons depuis deux ans et demi, trois ans à peu près. Nous avons de la sympathie l'un pour l'autre, nous ne nons déplaisons pas. De là à l'amitié, il n'y a qu'un pas.

SYLVAIN

Un faux pas quelquefois.

GAUDREY

Vous dites ?

SYLVAIN

Oh! n'interprétez pas ma pensée d'une façon fâcheuse. Je suis un peu bourru, j'ai longtemps vécu à l'écart. C'est égal, ça me fait plaisir tout de même de constater que vous n'êtes pas l'intime de M. Bordin comme on le prétendait et que votre amitié est toute superficielle. On a ici la poignée de main d'un facile! puis l'accolade ; enfin, on ne se connaissait pas la veille, on se réveille grands amis; je trouve cela un peu léger.

GAUDREY

C'est

que cela a si peu d'importance ! S'il fallait aimer tous ses amis on n'en sortirait pas ! Bonjour ! bonsoir ! va bien !... C'est parfait. Et on a plaisir à se voir, cela n'est pas douteux. Mais, à propos de Bordin, vous disiez ?

SYLVAIN Je disais que je suis heureux que votre amitié ne soit qu'une de ces amitiés de club qui ne comptent pas et qui pourtant peuvent être qnelquefois dangereuses.

GAUDREY
Ecoutez, je vous demande pardon... Je ne vois pas...

SYLVAIN Où je veux en venir ? Il me revient de très fâcheux bruits sur le compte de votre ami Bordin.

GAUDREY

Ah! vraiment ! Oh! vous savez, on dit tant de choses ! Personne n'est à l'abri du racontar, il ne faut pas y prêter trop d'attention. Toutefois, voyons, ce qu'on a pu vous dire mérite peut-être qu'on s'y arrête. Voulez-vous me mettre au courant ?

SYLVAIN

Très volontiers. Il paraitrait qu'il vit du sport dans des conditions un peu suspectes. On le soupçonne de relations assez louches avec divers gros entraineurs au service de certains books très compromis. Je sais bien qu'on prétend beaucoup de choses ! Ah ! les on-dit ! les on-dit ! Mais il peut être désagréable, convenez-en, d'être connu comme l'ami et, par conséquent, toujours plus ou moins le répondant d'individus dont la notoriété est aussi sujette à précautions... Si ce sont là bruits calomnieux, je vous en félicite de tout mon coeur! Je ne pense pas que vous m'en vouliez de vous parler avec cette franchise.

GAUDREY Au contraire, je vous en suis très reconnaissant. Tiens ! tiens ! qui eût pu s'imaginer? Enfin, je vais prendre mes informations, me livrer moi-même à une enquête des plus sévères, et, si on ne vous a pas trompé...

SYLVAIN On s'est peut-être trompé, mais on ne m'a pas trompé, cela je vous l'assure.

GAUDREY

Bien, bien... En tous cas, merci déjà de cette preuve de sympathie, (Il lui tend la main.)

SYLVAIN, sans la prendre. Mais non ! vous plaisantez; ce n'est rien, positivement. Ça ne vaut pas la peine. Des services de ce genre,on doit se les rendre sans même le remarquer.Réfléchissez cependant. Que demain Bordin, moins adroit ou plus malheureux, soit prié de venir s'expliquer boulevard du Palais sur tels petits faits légèrement indécis de sa conduite, il n'y a pas à dire, du coup et par contre-coup. vous voilà vaguement compromis.

GAUDREY

Très certainement, Monsieur, et, quoi que vous en disiez, je persiste à penser que vous me rendez en m'avertissant un véritable service. Pauvre Bordin ! qui l'eût pensé si faible ? Car, si vraiment il y a quelque chose de grave à retenir contre lui, soyez persuadé, Monsieur, qu'il n'est coupable que de faiblesse ; il a dû se laisser entrainer, été victime de quelque irrésistible passion. Car, au fond, je le connais; si je ne puis répondre de sa vie dont le détail m'échappe, je puis au moins me porter garant de son caractère qu'en maintes occasions j'ai pu apprécier ; c'est un excellent garçon, un caur loyal, incapable

il a

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