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LA PILILOSOPHIE

Ossip-LOURIÉ: Pensées de Tolstoi, d'après les textes russes (Alcan).

Parmi les romans, et parmi les traités ole morale, auvres de la seconde manière de Tolstoi. M. Ossip-Lourića recherché les passages qui, pouvant être détachés de l'ensemble dans lequel ils sont incorporés, expriment la pensée du moraliste sur quelque point important. Il ne nous offre pas, selon un ordre chronologique, les états successifs d'une évolution mentale, mais, selon des divisions qui correspondent aux préoccupations majeures de l'humanité un corps de doctrine définitif. C'est donc, pour la plus grande part, aux traités apostoliques, assez mal connus de nous, que ces pensées sont empruntées ; d'où, l'une des sources de leur intérêt. Elles nous apprennent ce que sont devenus, en se réfléchissant dans la conscience et après avoir reçu l'approbation de la raison, ces instincts que nous avons vus germer dans les Cosaques, dans la Guerre et la Paix, dans Anna k'arénine, et dont l'épanouissement spontané nous charma.

Veut-on connaitre les titres de quelques-unes de ces brochures clans lesquelles, depuis 1879, date de son orientation nouvelle, Tolstoi fait (euvre de propagande et s'efforce de gratifier les hommes de la paix qu'il a trouvée pour lui-même? En quoi consiste ma foi ?, Le salut est en vous. La crainte de la mort, Que faire?, Les temps sont proches. - On conçoit que des opuscules recommandés

par

de semblables apophtegmes, scurant pour nous les homélies de l'armée du salut, aient peu de prise sur le lecteur mondain, fût-il même un peu philosophe. C'est pourtant de ces petits livres que M. Ossip-Lourió a extrait des maximes sur la vie, sur la société, sur la richessc, sur la nature, sur le travail, armées, comme un soc, du pouvoir de labourer la pensée dans ses profondeurs. C'est qu'en devenant une conscience préoccupée du pourquoi de la vic, Tolstoï est resté un homme de génic, un homme pourvu plus abondamment que les autres du sens des réalités et du don de les exprimer.

Tel qu'il est composé, et précédé d'une introduction dans laquelle M. Ossip-Lourió nous donne un sobre commentaire de la doctrine qu'il va nous résumer, ce petit livre reflèle fidèlement la pensée de Tolstoï sous ses aspects essentiels.

L'un de ces aspects essentiels est sa conception du bonheur. Il en fait consister les éléments « en une existence qui ne rompe pas les liens de l'homme avec la nature, c'est-à-dire, une vie ou l'on jouit du cicl, du soleil, de l'air pur. de la terre couverte de végétaux et peuplée d'animaux »; dans le travail, celui « qu'on a librement choisi et qu'on aime »; dans le commerce libre et afl'ectucus avec les hommes dont le monde est rempli ». De ce bonheur, si simple qu'il est accessible à tous, celui qui vil selon la doctrine du monde s'éloigne par le souci ambitieus d'ètre, ill lieu d'un domme, quelque rouage important du mécanisme social, par le désir d'amasser des richesses,

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Les individus, considérés comme les molécules d'un agrégat social, sont sollicités, ainsi que les atomes d'un système matériel, par des forces d'attraction et de repulsion. L'énergie biologique, qui est en chacun d'eux, tend vers la réalisation d'un maximum de plaisir, et, la concurrence des individus entre eux, afin d'obtenir chacun pour soi ce maximum, établit le prix des biens tant matériels qu'immatériels. La fixation de ce cours des valeurs, ce fait que

le plaisir réalisé comporte une mesure, certifient que l'énergie biologique a une valeur quantitative au même titre que l'énergie cosmique dont elle dérive. Or cette valeur quantitative, dont la science pourra sans doute un jour déterminer exactement les équivalents, permet dès maintenant d'appliquer aux faits sociaux les principes généraux de la mécanique.

Je suis tenté d'adresser à M. Winiarski une critique. Pourquoi nomme-t-il égoïstes d'une part et altruistes d'autre part les forces dont la concurrence tend à constituer l'équilibre du monde moral ? L'égoïsme n'est-il pas à lui tout seul un principe suflisant pour reconstituer dans le monde moral les forces (l'attraction et de répulsion qui se manifestent dans tout système cosmique ? Si ces forces doivent reeevoir un nom nouveau lorsqu'elles s'exercent dans ce domaine moral, les termes amour et haine, ou sympathie et antipathie, ne correspondent-ils pas avec une symétric plus précise à attraction et répulsion, ne se font-ils pas l'un à l'autre plus rigoureusement contrepoids ? Il ne semble pas, en effet, qu’altruisme puisse être opposé à égoïsme comme si les notions contenues en ces deux mots s'appliquaient à deux états égaux et antagonistes d'une même forcë antérieure. L'égoïsme est lui-même cette force antérieure. Il est le scul principe d'acte possible; car on ne saurait imaginer un acte ayant son origine hors de l'individu qui l'exécute. L'altruisme n'est qu'une forme plus complexe de l'égoïsme, de l'égoïsme prenant ce nom d'altruisine dès

que l'individu a besoin comme condition de son bonheur, du concours du bonheur d'autrui. En raison de cette complexité, il présente nombre de cas divers, et, bien que ceux-ci montrent tous leurs racines plongeant dans le moi, lcur genèse prête à des interprétations différentes : il semble qu'ils puissent provenir tour à tour soit d'un excédent de force du moi, se inanifestant dans des sentiments de protection, soit au contraire d'une impuissance du moi à retirerdes choses le plaisir qu'elles renferment. L'altruisme est alors un emprunt au pouvoir que possède autrui de retirer ce plaisir des choses, em. prunt que dissimule et qu'accompagne logiquement la volonté de fournir à autrui, pris comme intermédiaire nécessaire, des occasions de plaisir. Tel est le cas de l'ambition des pères réalisée par les fils. Tel est, idéalisé dans le domaine de la fiction, par le génie de Balzac, le sens du pacte intervenu entre l'autrin et Rubempré. Mais dans l'une comme dans l'autre hypothéscs, l'altruisme se montre une manifestation directe de l'égoïsme, engendrant, comme l'égoïsme luimême, sous forme de haine à l'égard de ce qui lui fait obstacle et

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