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voiture propice à la présentation d'un héros. Rien de plus alarmant ne se produisit, qu'une crainte, - savoir : si madame Allen n'avait pas oublié ses socques dans une auberge; et heureusement cette crainte était sans fondement.

Elles arrivèrent à Bath. Catherine était toute ardente de plaisir; ses regards erraient ici, là, partout, émerveillés. Elle était venue pour ètre heureuse et elle se sentait heureuse déjà.

Elles furent bientôt installées en de confortables appartements dans Pulteney Street.

Mme Allen était de la nombreuse classe des femmes dont le commerce ne peut que provoquer qu'une émotion : la surprise qu'il y ait eu des hommes capables de les aimer assez pour les épouser. Elle n'avait ni finesse, ni beauté, ni talents. Son air de femme du monde, son calme, sa bonté, d'ailleurs inerte, son esprit frivole, c'est tout ce qui pouvait expliquer qu'elle eût été élue par l'homme sensible et intelligent qu'était M. Allen. Si l'on veut, elle était admirablement apte à ce rôle de présenter dans le monde une jeune fille, car elle était, autant et plus qu'aucune jeune fille, curieuse d'aller partout et de tout voir. S'habiller était sa passion. Elle avait un très naïf plaisir à être belle.

Notre héroïne ne put faire son entrée dans la vie qu'après trois ou quatre jours : il fallait que Mme Allen s'enquit minutieusement de ce qui se portait et choisît à bon escient une robe du dernier modèle. Catherine fit aussi quelques emplettes. Et, tous ces préparatifs terminés, l'importante soirée advint où elle devait paraître à la Pump Room. Ses cheveux s'échafaudaient le mieux du monde, et avec un soin jaloux elle avait fait sa toilette. Mme Allen et la bonne déclarèrent qu'elle était tout à fait bien. Forte d'un tel encouragement, Catherine espérait passer tout au moins sans critiques. Si elle suscitait l'admiration, tant mieux, mais son bonheur n'en dépendait pas.

Mme Allen fut si longue à s'habiller qu'elles n'entrèrent que tard à Pump-Room. La saison était en son plein. Les deux femmes se faufilèrent à travers la foule, tant bien que mal. Quant à M. Allen, il se réfugia d'emblée dans la salle de jeu, les abandonnant aux délices de la cohue. Avec plus de souci de sa toilette que de sa protégée, Mme Allen se frayait un chemin, aussi vite que le permettait la prudence, parmi la multitude qui obstruait la porte. Catherine serrait trop fort le bras de son amie pour que le remous d'une assemblée en lutte parvînt à les séparer.

Mais, à sa grande stupéfaction, elle constata que s'avancer dans la salle n'était point du tout le moyen de se dégager de la foule. Celle-ci, d'instant en instant, semblait accrue. Une fois la porte passée, on trouverait aisément des sièges et l'on pourrait voir commodément les danses : cela - qu'elle s'était imaginé – ne correspondait nullement à la réalité. Avec une application opiniâtre, elles avaient atteint l'autre extrémité de la salle, et pourtant la situation ne changeait pas : des danseurs elles ne voyaient rien, que les hautes plumes de quel

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Ne ferions-nous pas mieux de nous en aller ? Vous voyez qu'il n'y a pas ici de tasse de thé pour nous.

- Il n'y en a plus, en effet. Comme c'est contrariant! Mais je pense qu'il vaut mieux que nous restions tranquilles : on est si ballotté dans une telle foule. Ma coiffure, dans quelle état est-elle, ma chère ? Quelqu'un m'a donné un coup qui l'aura bousculée, j'en ai peur.

- Non, vraiment, elle est très bien. Mais, chère madame Allen, êtes-vous sûre qu'il n'y ait personne que vous connaissiez, dans cette multitude de gens ? Je suis persuadée que vous devez connaitre quel

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qu'un.

Non, sur ma parole. Je souhaiterais connaître quelqu'un. De tout mon cæur je souhaiterais avoir beaucoup de connaissances ici, et alors je vous trouverais un partenaire. Je serais si heureuse que vous dansiez. Voyez! voyez cette femme. Quelle toilette baroque! une toilette si démodée ! Regardez-la par derrière.

Du temps passa, puis un de leurs voisins leur offrit du thé, ce qui fut accepté avec reconnaissance, et elles échangèrent quelques mots avec le courtois monsieur. De toute la soirée, ç'avait été le seul moment où quelqu'un leur eût adressé la parole, quand enfin, le bal fini, elles furent découvertes et rejointes par M. Allen.

Eh bien, miss Morland ? dit-il aussitôt. J'espère que le bal vous a paru agréable.

Très agréable, en effet, répondit-elle, essayant en vain de réprimer un bâillement.

J'aurais voulu qu'elle pût danser, dit Mme Allen. J'aurais voulu que nous pussions trouver un danseur pour elle. J'ai dit combien j'aurais été heureuse si les Skinner eussent été là cet hiver plutốt

que l'hiver dernier ; ou si les Parry étaient venus, comme ils en avaient parlé un jour. Elle aurait pu danser avec George Parry. Je suis si triste qu'elle n'ait pas eu de cavalier !

Nous aurons plus de chance un autre soir, j'espère, dit M. Allen en manière de consolation.

La foule diminuait. Maintenant on pouvait circuler avec plus d'aisance. Et pour une héroïne qui n'avait pas encore joué un rôle très distinct dans les événements de la soirée, le moment était venu d'être en relief. De cinq en cinq minutes, grâce aux déplacements de la foule, s'accroissaient les chances de succès de Catherine. Maints jeunes gens la pouvaient regarder, qui, dans la foule, ne l'avaient vire. Aucun cependant ne tressaillit d'un étonnement enthousiaste. Nul murmure de questions empressées ne se propagea. Et personne ne l'appela une déité. Cependant Catherine était très « à son avantage». Qui l'eût vue trois ans auparavant, l'aurait trouvée maintenant fort belle.

On la regarda cependant, et avec quelque admiration, car, à portée de son oreille, deux messieurs la déclarèrent une jolie fille. Ces mots eurent nn effet magique. Immédiatement elle jugea la soirée plus gaie ; sa petite vanité était satisfaite ; elle se sentit plus reconnais.

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