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Savez-vous à quoi je pense ? Vous qui n'êtes pas encore fatiguée, quelle recruc vous feriez pour ma marotte!

Si j'essayais? répondit Valrose. Elle se leva, étonnée l'elle-même. Qu'est-ce qui l'avait poussée à prononcer ces mots? Si peu influençable en général, qu'est-ce qui lui Jonnait le désir d'imiter ce presqu'inconnu?

Robert leva sur elle des yeux dont l'intensité rayonnait. Puis, il lui prit la main, et d'un regard l'enveloppa toute, dans son ensemble de fraiche et vigoureuse maturité :

Vous dommerez votre corps et votre corpur'. Cette voix doucement dominatrice, le sérieux de son accent, firent frissonner Valrose. Puis, immédiatement, par une révulsion d'idées violente, le souvenir de Jean se leva en elle avec une force impérieuse.

Pendant de longues heures ce souvenir ne la quitta pas.

Robert ayant pris rendez-vous avec elle pour le lendemain. Elle resta scule, et, pour la première fois depuis de longs jours, un mirage bizarre s'empara d'elle. Elle revil les yeux de Jean. Elle était penchée sur lui, comme le jour où elle veillait son sommeil, et voilà qu'il levait les paupières!

« Ce regard est un événement! » se dit-elle, et, à mesure qu'elle s'y abandonnait, cet événement devenait un triomphe, le couronnement d'un roi d'amour. Son cæur entrait en tuinulte, toutes les tendresses, tous les désirs acclamaient le bien-aimé. C'était une joie de foule en délire, c'était la nature entière soulevéc dans un grand élan d'amour.

Puis, soudain, le calme se lit, tout sentiment distinct sembla s'évanouir dans un grand calme; un vertige muet saisit Valrose, et, tonjours penchée sur les yeux beaux comme des lacs dont on s'émeut jusqu'aux pleurs, elle se sentit attirée dans leurs profondeurs, inéluctablement...

« Mon Dieu! mon Dieu! » murmura-t-elle, sortant de son rêve, et dans ces mots il y avail une souffrance profonde.

« L'avoir là, voir ses yeux de paradis, les voir se troubler et s'évanouir de joie!... » Indéliniment elle ressassait cette image, s'y complaisant jusqu'au vertige.

Le lendemain, lorsqu'elle se réveilla, elle était plus « embaumée » que la veille. Elle avait rêvé que Jean étail là, qu'elle a sombrait dans ses yeux »; elle avait plongé jusqu'au coeur de leur mystère et de leur charme; sa bouche, en un baiser, lui avait arraché l'àme; elle sentait encore autour de ses épaules l'étreinte de ses bras forts.

Tout en se håtant vers l'endroit que lui avait indiqué Robert, elle ruminait délicieusement ce rêve, et la conviction lui vint qu'elle reverrait Jeans, qu'elle l'aurait, comme sa proie et sa victoire.

Et je deviendrai la désirée de loutes les heures. (elle dont la présence est une fèle! Je verrai l'allende anxieuse de ses yeux s'embraser tout à coup de la joie de ma viene... (A suivre.)

JEAN ROVE

A Charles Whibley.

Jane Austen cst née en 1775 à Stevenson, près de Basington, en Angleterre. Elle était fille d'un mi. nistre anglican; un de ses frères fut de même ministre anglican; deux autres furent marins ct parvinrent au grade d'amiral dans la Nottc anglaise. Sa vic s'est passée tout entière à la campagne ou dans des villes de province. Elle n'est qu'occasionnellement venue à Londres. Elle ne s'est pas mariée. On ne lui connait ni passion, ni engagement d'amour. Elle n'a laissé aucune action à raconter. Elle existe par les romans qu'elle a écrits : Pride and Prejudice, Northanger Abbey (dont La revue blanche publicra prochainement une traduction sous le titre de Catherine. Morland), Sense and Sensibility, Mansfield Park, Emma...

Le premicr, Pride and Prejudice, présenté en 1998, à l'éditeur Crabe fut dédaigneusement refusé. Le second, Northanger Abbey, vendu

d'abord à un éditeur de Bath, pour la somme de dix livres sterling, fut ensuite retourné. L'éditeur à la réflexion, s'estima heureux de recouvrer son argent. Enfin les éditeurs Egerton et Murray, à Londres, consentent à publier ses romans, qui paraissent anonymcmcnt.

Quand Miss Austen mcurt en 1817, à quarante-deux ans, son nom commençait à être connu. Le premier biographe qui s'occupe d'elle, après sa mort, cn 1818, va jusqu'à dire que de bons juges pensaicnt que ses livres pouvaient soutenir la comparaison avec ceux de Miss Edgeworth et de Miss Burney, les deux femmes de lettres illustres du temps. Cependant la célébrité et la gloire surviennent. Elles se manifestent d'abord par l'admiration d'honimes comme Walter Scott, Macaulay, G. L. Lewes. Sa renommée il depuis toujours grandi et elle occupe maintenant, du consentement de tous, une des premières places dans la littérature anglaise.

Miss Austen s'est développée spontanément, sur elle-même. Elle est

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