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pris pour un perpétuel enrichissement ce qui est le signe exact d'une indigence, heureusement simuléc. Il n'est pas possible qu'une langue littérairement aussi vivante ait perdu sa vieille puissance verbale; il suflira sans doute que l'on proscrive à l'avenir tout mot grec. tout mot anglais, toutes syllabes étrangères à l'idiome, pour que, convaincu par la nécessité, le français retrouve sa virilité, son orgueil et même son insolence. Il vaut mieux, à tout prendre, renoncer à l'expression d'une idée que de la formuler en patois. Il n'est pas nécessaire d'écrire ; mais si l'on écrit il faut que cela soit en une langue véridique et de bonne couleur.

Ou bien résignons-nous; laissons faire et considérons les premiers mouvements d'une formation linguistique nouvelle. Une langue européenne sera peut-être la conséquence inévitable d'un état d'esprit curopéen, et aucun idiôme n'étant assez fort pour dominer, ayant ah. sorbé tous les autres, un jargon international se façonnera, mélange obscur et rude de tous les vocabulaires, de toutes les prononciations. de toutes les syutaxes. Déjà il n'est pas très rare de rencontrer uno phrase qui se croit française et dont plus de la moitié des mots no sont pas français. C'est un avant-goût de la langue de l'avenir.

REMY DE GOURMONT

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d'odeurs légères, mais de parfums lourds d'une griserie mélancolique.

Puis, le jour vint où elle sentit qu'elle devait lui écrire. Elle le fit en termes affectueux, avec la simplicité d'une femme qui n'a pas le souci d'une attitu.le, mais celui d'un sentiment fort et qui, croyant à la valeur des douceurs de la vic, n'a aucune fausse honte à s'en croire digne.

L'envoi de celte lettre la rasséréna sullisamment pour qu'elle en attendit la réponse avec un calme bien simulé, mčinc envers ellemême, avec la possibilité de prêter une oreille semi-attentive aux confilences intéressées de ses amis, à leurs théories subversives, dont elle souriait en secret, sachant bien que toute confidence, toute théorie, mene invariablement à l'aveu d'un amour, dc ce mème amour « un et indivisible » qu'elle l'essentait, elle aussi, comme les autres

pour un autre.

II

« Madone bierr-aimnée. « Je n'ai pas osé vous écrire : je n'ai pis eu le courage. Mon père a su que j'aimais. Il m'a fait jurer de ne plus La voir, ni Lui écrire... »

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- Je viens vous dire adieu, disait trois jours après Valrose en entrant chez Iseult Bach-Sonian. Je pars avec Lottie faire un petit tour en Allemagne.

- Mais quelle bonne idée ! s'écria Iscult, et que diriez-vous d'avoir Edouard pour compagnon? Il a besoin d'un changement d'air et justement nous discutions sur ce sujet.

Non, répondit Valrose avec décision. Non, je dois aller seule. Le front d'Iseult s'assombrit; elle regarda son beau-frère avec inquiétude.

Bach-Sonian, qui se promenait par la pièce en machonnant un cigare, répondit par un geste de ses mains que Valrose était bien libre de faire ce qu'elle voulait et qu'il n'était pas homme à s'imposer.

Un silence inconfortable s'établit. ct bientôt: Valrose se leva pour prendre congé des Bach-Sonian.

Iseult serra la main de Valrosc en silence; Edouard lui fit une phrasc polie avec une voix neutre et des yeux mats.

Valrose s'en fùt, passablement indignée. Décidément l'amour ne lui était pas favorable ces temps-ci... Exigeant ou låche... Puis, elle soupira avec impatience : « Je ne veux pas... je ne veux pas ! »

Elle ne voulait pas souffrir, simplement. Elle aurait voulu étouffer immédiatement cette espèce de serpent de désir. de regret. camner.

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