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Cette nuit-là, après un de ces sommeils pleins et sans rêve dont jouissait la belle santé de Valrose, elle se réveilla en sursaut : n'avaitelle pas entendu un bruit insolite?

Elle écouta. Un passant s'en allait sur la route.

Valrose, qui habitait le premier étage, dormait toujours la fenêtre ouverte. Par le rideau entrebâillé, un mince rideau de lune s'était déroulé dans la chambre. Elle se leva, tira les rideaux, ouvrit toute grande la croisée. La nuit pure entra et la lune, et elle aperçut, attachée à son balcon, une gerbe de fleurs.

C'était donc cela! C'était Jean qui, s'aidant des saillies du mur et des corniches extérieures, avait grimpé jusqu'à sa fenêtre. Quelle jeune folie! Quelle chère, douce, adorable folie!

Valrose prit le bouquet et enfouit sa figure troublée dans sa fraîcheur.

Il était venu; il avait été si près..., et elle n'avait pas su... Son sang battait dans ses tempes, elle serra les fleurs plus fort, puis, se penchant vivement, elle regarda sur la route.

Il était loin déjà, marchant sous la lune d'un pas allegre. Puis, sans doute se croyant assez loin du sommeil de la bien-aimée, joyeusement, dans la nuit purc, il se mit à siffler un air de chasse.

XIII

Les blés penchaient leurs épis mûrs; les arbres étaient uniformément verts et Jean était encore à ***.

Ses parents le croyaient à la campagne, non loin de là, chez un oncle sûr. Il y allait parfois passer quelques heures et en profitait pour leur écrire quelques lignes de bonne santé.

Un jour, il arriva chez Valrose avec un air un peu préoccupé.

Il avoua avoir reçu une sévère réprimande de son père, à qui un hasard avait fait découvrir la fraude filiale, et qui lui enjoignait de venir le rejoindre aux eaux, en Allemagne, où il faisait une saison avec madame de Chaudieu.

Quand partez-vous? demanda Valrose. - Je ne pars pas répondit Jean; mais sous son air de bravade, elle le sentit très petit garçon. Vous savez bien

quc vous devez partir, dit-elle avec un peu de tristesse. Votre père vous demande-t-il tout de suite? Jean hésita.

Tout de suite, non.... c'est-à-dire, d'ici une huitaine de jours.

Pourquoi ne lui avez-vous pas dit tout simplement où vous étiez?

C’est qu'il se serait demandé pourquoi j'y étais.

Ah, bon! C'est vrai, c'était un enfant encore; il était soumis à des parents ;

ses liens de famille, sa vic l'appelaient ailleurs; il n'était pas libre dans sa vie extérieure, comme elle, Valrose.

Ce jour-là, il ne fut plus question de départ, mais il était tacitement entendu que dans huit jours il serait parti.

Valrose attristée restait pourtant extérieurement sereine et brave, résolue à jouir pleinement des derniers jours.

« Nous irons ensemble dans tous les endroits qui me sont chers et la force de ma sensation de sa présence y fixera à jamais son souvenir. »

Le destin en décida autrement. Le lendemain matin, Jean faisait en se promenant à cheval une chule sur la tête. Ramassé sans connaissance et rapporté à l'hôtel où il s'était installé, il eut un léger délire et ne revint à lui complètement que le jour d'après.

Valrose, sans une hésitation, était accourue, s'instituant sa gardemalade, en attendant les parents du jeune homme qu'amènerait sans doute le télégramme qu'elle leur avait envoyé.

Elle avait passé la nuit à son chevet dans cette intimité si étroite, pourtant si chaste, qui unit un malade à celui ou celle qui le soigne...

Il était de très bonne heure. Valrose ouvrit doucement la fenêtre, derrière les rideaux clos. La fraiche matinée s'infiltra par leur entrebâillement et des odeurs exquises montèrent, de chèvrefeuille et d'oeillets. Elle les aspira avec force et détendit ses bras vers le soleil qui se levait.

Puis, à pas de loup, elle retourna près du lit et resta debout, absorbéc.

Pauvre amour! Une partie des joues, tout le front, étaient pris dans des bandes de toile sous l'ombre desquelles les yeux disparaissaient.

La bouche seule restait intacte, et c'est elle qui attirait les yeux de Valrose. Ils suivaient son contour jeune, tandis que la sienne tremblait et qu'un trouble profond la gagnait. Quoi, il partirait, et elle n'aurait

pas baisé la fraicheur de ses lèvres? Du fond de son caur, de ses sens, une voix montait, criait : « J'ai soif! »

Elle poussa un de ces soupirs qui ont quelque chose du sanglot, tant ils viennent des profondeurs de la vie et se répercutent dans toute la poitrine.

A ce bruit, Jcan ouvrit les yeux.

Il vit Valrosc, il vit l'expression concentrée de son visage, ses yeux un peu fiévreux, ses lèvres encore entr'ouvertes par ce soupir, ses joues coinme fondues dans l'excès de son émotion. Il semblait qu'un second visage se fut sculpté dans celui de Valrose, affiné par l'acuité de ses sensations.

Une ivresse gagna Jean et il lui sourit, d'un si joli sourire, si tendre, si tendre, si ému, si adorablement enfantin, que Valrose, bouleversée jusqu'à l'âme, se pencha sur la main du malade et la baisa.

D'un gesle suppliant, il voulut l'attirer. l'étreindre : « Bien-aimée. bien aimée... » Sa voix s'étranglait.

Valrose frissonnait : une seule fois! une seule fois baiser cetle bouche! Elle était pâle; elle avait froid.

Brusquement, elle se ressaisit. Ce fut sans doute l'habitude de se dominer qui opéra en elle, machinalement d'abord, et l'arracha à la suggestion. D'un geste de volonté qui renait, elle passa la main sur son front, sur ses yeux, et se détourna.

Elle alla à la fenêtre. tira les rideaux. Un grand soleil brutal, à slots inonda la pièce.

Dehors, une vois désespérément sentimentale chanta une romance bête.

Jean de Chandieu poussa un grognement de dégoût et tous deux se mirent à rire.

L'instant si psychologique ne se retrouva plus aussi tentateur, ou plutôt, les dispositions d'esprit de Jean et de Valrose se retrouvèrent légèrement modifiées.

Après la visite du médecin qui promit une guérison rapide, il y eut bien encore une heure de dangereuses délices, mais, en proie à une langueur physique pleine de charme, Jean ne sentait le désir que d'avoir Valrose auprès de lui. De temps à autre, ses paupières se soulevaient pour laisser couler jusqu'à elle un regard délassé et tendre.

Il lui demanda sa main, prétextant la fatigue d'ouvrir les yeux, el que, dans le noir, il se sentait trop seul. Valrose la lui donna. Un silence ému régna. Cette longue étreinte muette, les regards que, sans contrainte, elle posait, appuyait sur cette bouche close que faisait tressaillir parfois un frémissement heureux, firent vivre à Valrose un monde de silencieuses et profondes voluptés. Pourtant, il leur eût été impossible, à l'un comme à l'autre, de les préciser par un inot ou par un geste.

Puis, une garde vint, envoyée par le médecin, et Valrose rentra chez elle.

Lorsqu'elle revint après deux heures d'absence, à la place de la garde, elle trouva un étranger. Il était assis près de la fenêtre. Jean dormait. L'étranger se leva, alla à Valrose :

- L'enfant dort! dit-il à voix basse, en souriant. Vous avait-il parlé de son cousin Robert? C'est moi.

Dans son somineil, Jean fit un mouvement, avec un geste enjoignant le silence. Valrose s'assit auprès de son lit et le nouveau venu reprit sa place.

C'était un homme d'une taille très au-dessus de la moyenne et d'une forte carrure. Il avait un menton volontaire, la machoire en avant quasi-brutale, mais le haut de son visage était d'une expression presque céleste, tant s'y épanouissait d'intelligence et de bonté. Telle

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