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ments les plus sérieux et les plus féconds pour l'étude de l'histoire argentine. Par une très haute conception des responsabilités souveraines, L. Mansilla juge son oncle par les résultats de sa dictature : (le crime de Rozas n'est pas dans ses actes matériels, il consiste dans le nihilisme de son auvre. » La réputation du général Mansilla, en tant qu'écrivain et penseur, était bien établic déjà ; cependant Rosas étonne par ce qu'il révèle de profond savoir, d'imprévu d'idées, de hardiesse dans les jugements, en même temps que de grâce et de naturel. Le chapitre I, pour ne citer que celui-là, qui nous dit l'origine seigneuriale du dictateur, sa vie de famille, la préparation intime au rôle que la destinée lui réservait, est traité avec la facilité spirituelle et « parisienne » qui caractérise les Causeries des Jueves ou des Estudios morales.

FRANÇOIS DE Nion MÉMENTO BIBLIOGRAPHIQUE

Romans. Jean de Chilra : L'heure sexuelle, Mercure de France, 3 fr. 5o. Léon Riotor : La Vocation merveilleuse du célèbre Cacique Piédouche, id., id.

Félicien Champsaur : Régina Sandri, Ollendorff, id. Louis Lumet : (Un jeune homme dans la société, I) La Fièvre, Stock, id. J. Joseph-Renaud : Le Cinématographe du Mariage, Flammarion, id.

Poésie. Arthur Toisoul : Images de Dieu, contenant Opöra et précédées d'une page de Camille Lemonnier, Bruxelles, Georges Balat, 5 fr.

THEATRE. Alfred Capus : Rosine, Ollendorff, 3 fr. 50. CRITIQUE. Ernest Museaux : Eugène Pottier et son auvre, Librairie socialiste J. Allemane, i fr. Remy de Gourmont : Le IILivre des Masques (XXIII portraits dessinés par F. Vallotton), Mercure de France, 3 fr. 5o. · Louis Delaporte : Pastels et Figurines. Fontemoing, id. — Albert Souhies : Histoire de la musique, Portugal, Flammarion, 2 fr.

États, GOUVERNEMENTS. Alphonse Bertrand : l’Organisation française (le Gouvernement, l'Administration), 2° édition refondue et augmentée, Henry May, 3 fr. 50. Rouxel : La Hiérarchie démocratique, Guillaumin, i fr. A. Vambéry : La Turquie d'aujourd'hui et d'avant quarante ans (traduit de l'allemand par Georges Tirard), Stock, i fr. 50. Paul Deschanel : La Question sociale, Calmann Lévy, 3 fr. ño.

MÉMOIRES. Comte Mollien : Mémoires d'un ministre du Trésor public, 17801817, (avec une notice par M. Ch. Gomel , Guillaumin, 22 fr. 50. Alfred Meyer: Lally-Tollendal et son procès de trahison, Stock, 1 fr.

VOYAGES. Georges Noblemaire : Aux Indes (Madros, Nizam, Cashmire, Bengale), Hachette, 3 fr. 5o.

LITTÉRATURE ITALIENNE. F. de Roberto: Una pagina della Sloria dell' Amore (A. de Musset), Milano, Treves, 2 fr. Michclc Grassi: Verso la Luce (poèmes), Catania, Niccolo Giannotta, 1 fr. 50. Felice d'Onufrio: Emilio Zola, lo scittore e l'uomo, Palermo, Alberto Reber, o fr. 50.

NOUVEAUS PÉRIODIQUES. L’Idée théosophique, bulletin paraissant quatre fois au moins l'an, 46, rue Saint-Jean, Bruxelles, 25 cent De Arbeid, 699, Keizersgracht. Amsterdam, 75 cents. L'Avril, revue bi-mensuelle, 108, boulevard de Clichy, Paris, 25 cent.

Le gérant : Alfred Vassallo.

Le Péril

Il y a dix-huit mois, un ministre demandait au libre journaliste : « Où croyez-vous que nous allons ? » On répondit : « A la sédition militaire. » Au début de la campagne entreprise par le Figaro contre Esterhazy, on écrivait : «Comment finira l'affaire Dreyfus ? par une explosion d'antisémitisme ? Non; l'antisémitisme n'est qu'un incident ; nous sortirons du drame judiciaire pour entrer dans une ere de pronunciamientos. »

Tous les symptômes concordaient. Déjà, les journaux étaient envahis par les militaires; des officiers portaient aux rédactions les communiqués, les ordres, les subsides, les promesses de la rue Saint-Dominique ; d'autres prenaient la plurae et, pour simplifier, rédigeaient eux-mêmes les feuilles, gourmandaient leurs chefs trop timides, diffamaient leur ministre suspect, révélaient les dissensions de la boutique, menaçaient la nation. De tous côtés on ne lisait que: « L'armée entend... L'armée exige... L'armée ne souffrira pas... » Alors aussi fut lancé le fameux honncur spécial de l'armée, qui couvre le privilège de mentir, de trahir, de voler avec gloire, il'assassiner sans danger. L'apologie des horribles tortures insligées dans les bagnes militaires, et des fusillades multipliées pour exercer au meurtre les soldats-bourreaux, s'étala patriotiquement. Les rares officiers qui réprouvaient les escroqueries et les concussions de leurs collègues, chassés de l'armée comme gêneurs, édifièrent le public sur la moralité de la corporation. Il fallut bien ouvrir les yeux.

On aperçut, dans l'Etat, l'effrayante puissance de l'Etat militaire, ses ressources énormes, son indépendance absoluc, son insolence et ses desseins. Trop tard, sans doute.

Le pouvoir militaire tient déjà la nation sous le joug. Par la fixation arbitraire et mystéricuse des ellectifs, qu'il fait varier de 16.000 hommes en plus de l'effectif budgétaire à 40.000 hommes en moins, qu'il a fait passer en cinq ans de 500.000 à 561.000 hommes sans un mot d'explication, - par l'immense trafic des exemptions, des permissions, des congés, il s'assure d'abord la servilité du peuple affamé de faveurs, et la complicité des Parlementaires en quète de monnaie électorale. Il se procure ensuite une quantité indéfinie de millions qui échappent à tout contrôle.

Des budgets de 630 millions pour la Guerre, de 285 millions pour la Marine, accrus de 30 à 40 millions de crédits supplémentaires au cours de l'année, augmentés encore de 30 à 40 millions de « dépassements » sans justification, constituent le trésor de guerre de la Pere manence bonlangiste. Par le témoignage du général du Barail et du

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cabinet, d'antichambre et de cotillon, la loi se tait. Le ministre Billot, le généralissime Jamont, dans les deux plus hautes charges, offrent justement l'exemple de la loi violée ; ils sout l'impudente enseigne de tout le système.

Ils défient perpétuellement la nation. Ils ont raison, puisqu'ils ont éprouvé sa lâcheté. Quoi qu'ils osent, ils n'ont rien à craindre. Erreur ou crime, tout leur est un mérite. Autour des voleurs pris en flagrant délit, autour des flétris, des fugitifs, des suicidés honteux, le silence se fait ; les noms d'Anastay l'assassin, de Ravignaux l'avorteur, du voleur Blois, des généraux filous Callarel et d'Andlau, de inille autres coquins galonnés dont l'histoire devrait illustrer les murs de nos écoles, tombent dans l'oubli. L'amiral Besnard se fait grand-oflicier de la Légion d'honneur pour se payer de ses vilenics, et l'amiral Duperré grand-croix pour glorifier sa désertion devant l'ennemi.

Unc Notte qui a dévoré six milliards, et qui se compose de cuirassés chavirables, de croiseurs en bois, de torpilleurs fondants, chargés de chaudières explosibles et de canons qui partent par la culasse, n'a jamais attiré d'enquête sur le pillage organisé dans les arsenaux, ni sur les menées du syndicat métallurgiste. Une expédition de Madagascar où sept mille cinq cents hommes ont péri sans voir l'ennemi, pour un trafic de pépites, de concessions, de pots-de-vin, de croix et de galons, n'a pas soulevé même un cri de douleur. Et le général Duchesne, qui a trouvé l'art de tuer la moitié de son arméc sans un coup de fusil, a reçu d'emblée le commandement de cinquante mille hom

pour la future boucherie. Vêtus de loques, affamés, sans médicaments, sans hôpitaux, un million de réservistes constatent à tour de rôle, dans les régiments, qu'on leur fait suer un millard pour rien

ou pour autre chose. Ils restent muets et soumis. Devant la lâcheté de la nation, l'insolence du Pouvoir militaire s'enflamme. La Grande Muette emplit les feuilles de ses bravades. A la moindre critique répond un redoublement de brutalité ; les meurtres et les supplices plus fréquents affirment le droit de vie et de mort du parasite empanaché sur le travailleur. Le procès Zola survient: alors éclate au grand jour la sédition. Pierre Quillard a raconté ici ces deux semaines infâmes : le Palais de justice pris d'assaut, le jury à plat ventre sous la Botte, la ferraille des sabres traînant sur les dalles, les commencements d'assassinats, les témoins outragés, la tourbe césarienne vomissant l'injure et la menace, les généraux récitant avec effrontcrie leurs gros mensonges puérils, et tous les fuyards. les capitulards de la défense nationale, l'échine encore bleue des coups de bâton de l'étranger, brûlant de prendre pour la seconde fois une sanglante revarche sur le peuple qui les payc.

Toute l'Europe a compris où tendait forcément ce prologne. Après le chantage violent pratiqué par M.Lc Mouton de Boisdellre, le direc's teur de la Review of Reviews écrivait : « La troisième République, encore nominalement in situ, n'existe plus... En France, le règne de la loi est fini... La caserne se substitue au Palais de justice : le com.

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