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demment démenties par les faits; chacun des deux partis rusait pour surprendre l'autre;

mais dans cet échange de mensonges diplomatiques, Napoléon avait su conserver tout l'avantage. On croyait à Berlin avoir assoupi ses soupçons, et trompé sa vigilance; on savait dans toute l'Europe, qu'il n'entreprenait jamais une opération de guerre sans avoir sous sa main sa belle et terrible réserve, qui toute entière était rentrée dans la capitale; aussi le généralissime prussien, le présompteux duc de Brunswick se croyant bien informé de ce qui se passait à Paris, avait-i] les yeux uniquement fixés sur la garde im. périale, et sur ce camp de Meudon, où l'empereur,

à deux cent trente lieues de l'armée prussienne déjà rassemblée et prête à agir, faisait tranquillement manoeuvrer ses vieilles bandes, comme dans les loisirs d'une pror fonde paix. Il avait encore donné le spectacle d'une grande revue, changé l'assiette du camp, et la position de sa magnifique tente, la veille de l'audience particulière accordée au marquis de Lucchesini, pour

prendre congé; dans cette même audience, le général Knobelsdorff, en présentant ses lettres de créance, remit à l'empereur Napoléon une lettre autographe de son maître qui lui donnait de nouvelles assurances de ses dispositions pacifiques; c'était le 8 septembre. Peu de jours après, du 11 au 12, le prince de Bénévent adressa à l'envoyé prussien une note officielle pour se plaindre avec modération de ce que les armemens avaient redoublé d'activité, et qu'on les présentait publiquement, à Berlin même, comme dirigés contre la France. « Les dispositions de « la cour de Berlin, disait le ministre, ont « d'autant plus vivement surpris sa majesté « qu'elle était plus éloignée de les présager « d'après la mission de M. de Knobelsdorff, « et la lettre de S. M. le roi de Prusse, dont « il était porteur. » Ces nouvelles paraissant confirmer l'opinion de ceux qui pensaient que l'armement de la Prusse, sans aucune explication préalable, n'était

que la conséquence et le développement d'un système combiné avec les ennemis de la France, « sa majesté

des rapports

« se voyait obligée de donner à ses prépara« tifs un caractère général, public et natio« nal; toutefois elle n'en était pas moins dis« posée à croire que l'armement de la cour « de Berlin n'était que l'effet d'un mal-entendu, produit lui-même

par « mensongers, et à se replacer, lorsque cet « armement aura cessé, dans le même sys« tème de bonne intelligence, d'alliance et « d'amitié qui unissait les deux états. »

M. de Knobelsdorff répondit sur-le-champ, « que les motifs qui avaient engagé le roi ( son maître à faire des armemens, avaient été « l'effet d'une trame des ennemis de la France « et de la Prusse, qui, jaloux de l'intimité « qui régnait entre ces deux puissances, « avaient fait l'impossible pour alarmer par « de faux rapports venus de tous les côtés.... « que ces mesures n'avaient été concertées « avec aucune autre puissance.... que la re« lation des intéressans entretiens de l'em" pereur avec le marquis de Lucchesini, et « avec lui, ne pouvait encore être arrivée ( à Berlin.... »

Mais pendant que M. de Knobelsdorff,

trompé lui-même par sa cour, portait de bonne foi ces paroles décevantes, le cabinet prussien, transporté au milieu des camps, dictait un ultimatum et des conditions

que la victoire eût à peine justifiés. Le masque était tombé. Napoléon ordonna le 17 septembre la levée du camp de Meudon, et le départ de ses réserves pour l'armée; les dragons à pied, toute la cavalerie de la garde avec son artillerie légère, partirent de Paris le 18 septembre; les régimens de grenadiers et de chasseurs à pied se mirent en marche le 19, et furent transportés sur le Bas-Rhin par des relais de voiture, avec une étonnante célérité. Plusieurs généraux en chef, que Napoléon avait appelés pour leur expliquer lui-même son projet d'ouverture de la campagne, rejoignirent promptement leurs corps d'armée. L'empereur partit lui-même de Saint-Cloud dans la nuit du 25 septembre, et arriva à Mayence le 28, accompagné de Y'impératrice Joséphine. Le ministre des affaires étrangères, prince de Bénévent, eut ordre de le suivre.

Il n'y avait eu jusques là d'autres manifes

tations hostiles de la part de la France que les demandes des contingens de la confédération du Rhin. Trois jours seulement avant de quitter sa capitale, Napoléon avait écrit aux souverains et au collége des princes confédérés : « Il y a plus d'un mois, leur disait-il, « que la Prusse arme, et il est connu de tout « le monde qu'elle arme contre la France et ({ contre la confédération du Rhin. Nous « cherchons les motifs sans pouvoir les pé« nétrer.... » Après diverses suppositions relatives aux prétendus griefs que semblait vouloir alléguer la Prusse, il ajoutait : « Entre « tous ces motifs quel peut être le véritable? « nous ne saurions le deviner, et l'avenir « seul pourra révéler le secret d'une con« duite aussi étrange qu'inattendue. » Il déclarait que les armemens de la Prusse avaient amené le cas prévu par le traité, et que tous les souverains qui composaient la confédération devaient armer pour défendre ses intérêts. Enfin il annonçait que la France mettrait en campagne jusqu'à trois cent mille hommes, et il invitait ses alliés à mettre

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