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gement des temps, criaient aux armes, au nom de l'honneur national : tous étaient impatiens de se mesurer avec les vainqueurs de l'Autriche. Le prince Louis de Prusse, que, des talens éminens et ses opinions libérales avaiente rendu très - populaire dans la nation et dans l'armée, partageait cet enthousiasme, et l'excitait de tous ses moyens à la cour comme dans les camps. La jeune et belle reine, adorée de ses sujets, et jalouse de soutenir l'honneur du trône, inspirait à tout ce qui l'approchait sa vive indignation des usurpations et des provocations de la France. Enfin, les ministres qui avaient si .. inconsidérément conduit les affaires, ne voulant point paraître céder au parti qui avait constamment voulu la

guerre,

redoublaient de zèle et d'activité dans les préparatifs de celle-ci : trop faibles pour résister au torrent qui entraînait la monarchie vers l'abîme ils commirent la faute de précipiter la résolution du roi d'entreprendre la guerre contre la France, seul et sans être encore assuré d'aucune alliance. Cette téméraire

résolution était connue à Londres bien avant la rupture des négociations avec la France et le retour de lord Lauderdale : les ordres donnés pour le blocus des ports et la capture des vaisseaux prussiens, déjà fort adou. cis, furent définitivement révoqués. Le baron de Jacobi, ambassadeur de Prusse à Londres , et qui, après y avoir prolongé son séjour autant qu'il l'avait pu,

s'était retiré à Hambourg, reçut l'ordre de retourner à son poste pour y négocier un entier rapprochement, dont la première condition ne pouvait être que

la restitution de l'électorat. La cour de Berlin différa de s'expliquer sur ce point, aussi long-temps qu'elle conserva l'espoir d'obtenir ou d'arracher à la France une solide garantie de cette usurpation; aussi ne reçut-elle l'assurance de la coopération de l'Angleterre, qu'après les premières hostilités, et lorsque les événemens rendirent ces secours trop nécessaires.

Ceux de la Russie, offerts par l'empereur Alexandre avec la même constance, le même empressement qu'à la fin de la campagne

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précédente, furent sollicités ou acceptés trop tard ; quoique le roi de Prusse lui eût fait connaître confidentiellement sa position visà-vis de la France, il ne dépêcha M. de Krusemark à Pétersbourg que le 18 septembre. L'empereur de Russie fit expédier sur-lechamp des ordres de mouvement aux divisions de son armée cantonnées en Lithuanie et en Pologne; mais, quelque diligence qu'on mît dans leur exécution, il était impossible que les troupes russes arrivassent à temps sur le lieu de la scène, et qu'elles prissent part aux premières opérations. La même faute avait causé les désastres des alliés dans la campagne d'Autriche ; il était vraisemblable qu'elle aurait les mêmes conséquences dans celle-ci.

En attendant l'époque trop retardée à laquelle l'empereur Alexandre pourrait combiner ses forces avec celles du roi de Prusse, il avait employé ses bons offices pour lui concilier le roi de Suède, qui, fidèle à l'Angleierre, était entré avec ardeur dans les projets de

guerre contre la Prusse; la médiation

de la Russie fut acceptée, et la bonne harmonie rétablie entre les deux cours. Dans une entrevue du général Kalkreuth et du roi de Suède sur les confins de la Pomeranie, il fut convenu que les troupes suédoises resteraient dans le Lauenbourg, et l'occuperaient au nom du roi d'Angleterre, tandis que le reste de l'électorat continuerait d'être occupé par les troupes du roi de Prusse , et gouverné en son nom : mais ce pays, vraie pomme de discorde, fut bientôt après entièrement évacué à cause de la concentration et des premiers mouvemens de l'armée prussienne, dans les premiers jours de septembre. Le pays de Hesse resta neutre; l'électeur, sollicté par la France, d'entrer dans la confédération du Rhin, et par la Prusse dans celle du nord , s'obstina à ne prendre part d'aucun côté, se réservant, sans doute, de vendre ses soldats à l'Angleterre, comme il l'avait fait autrefois. Comme son territoire était le plus exposé, et que la Prusse ne pouvait le garantir, sa neutralité fut tolérée : il n'en fut pas de même pour la Saxe, véritable

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frontière des états prussiens, et théâtre de guerre trop dangereux si elle ne s'y trouvait engagée : l'électeur, contre son gré, contre l'intérêt de ses sujets, fut contraint de mettre l'élite de ses troupes à la disposition de son jaloux voisin.

La comparaison des rapports et des docu-, mens les plus certains permet de fixer à cent quatre-vingt mille combattans de toutes armes, la totalité des forces mises en campagne par le gouvernement prussien, en y comprenant l'armée saxonne de vingt mille hommes, et si l'on compte en dehors de cet effectif les corps non mobilisés, les bataillons de garnison, les milices, on trouve à peu près la différence qu'il présente avec l'état militaire de cette puissance porté à deux cent quarante mille hommes.

Ces forces furent divisées en trois corps d'armée : celui de l'aile droite, de quarante mille hommes sous les ordres du général Ruchel, se forma sur les frontières de la Hesse ; le corps du centre, ou grande armée, forte de soixante-dix mille, commandé par

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