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« Alexandre. » Il prévenait les objections sur ce point, et terminait ainsi : « Faisons « donc ce que nous pouvons pour finir tant « de maux, et tâchons, s'il se peut, de con« cilier les intérêts respectifs et la gloire des « deux pays avec la tranquillité de l'Europe « et la félicité du genre humain. »

La réponse de M. de Talleyrand (rer avril 1806) à cette importante dépêche, commençait par ces mots, auxquels on donna, dans la suite de la négociation, un sen's trop étendu: « L'empereur n'a rien à désirer de ce que

possède l'Angleterre........ L'empereur ne « pense pas, ajoute le ministre français, que ( tel ou tel article du traité d'Amiens ait été a la cause de la guerre; il est convaincu que « la véritable cause a été le refus de faire un « traité de commerce nécessairement nuisi« ble aux manufactures et à l'industrie de « ses sujets. »

Imitant la franchise et la précision de la communication du ministre anglais, M. de Talleyrand s'exprimait en ces termes sur l'admission de la Russie dans la négociation

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comme partie contractante....... « Quant à « l'intervention d'une puissance étrangère , « l'empereur pourrait accepter la médiation « d'une puissance qui aurait de grandes for« ces maritimes ; car alors sa participation u à la paix serait réglée par les mêmes inté« rêts que nous avons à discuter avec vous; « mais la médiation dont vous parlez n'est « pas de cette nature. Vous ne vonlez

pas « nous tromper, et vous sentez bien qu'il

n'y a pas d'égalité entre vous et nous dans « la garantie d'une puissance qui a trois cent « mille hommes sur pied et qui n'a pas

d'ar« mée de mer..... Deux nations éclairées, et « voisines l'une de l'autre, manqueraient à « l'opinion qu'elles doivent avoir de leur puis«sance et de leur sagesse, si elles appelaient, « dans la discussion des grands intérêts qui « les divisent, des interventions étrangères ( et éloignées.... Nos intérêts sont conciliables « par cela même qu'ils sont distincts; vous êtes « les souverains des mers, nous sommes une « grande puissance continentale. » Le ministre français terminait, en déclarant que

«S. M. l'empereur adoptait entièrement le

principe exposé et présenté comme base « de la négociation; que la paix devait être re honorable pour les deux cours et pour « leurs alliés respectifs. »

M. Fox, dans sa réponse du 8 avril, s'attachait à cette dernière manifestation, et trouvait impossible, vu l'étroite alliance qui subsistait entre les deux gouvernemens, que celui de l’Angleterre pût commencer une négociation, sinon provisoire, sans la concurrence ou du moins le consentement préaJable de son allié.

Il semblait que ce point était le seul sur lequel on ne fût pas d'accord : « Dès que « vous consentirez, disait M. Fox, que nous « traitions provisoirement, jusqu'à ce que la « Russie puisse intervenir, dès lors, con« jointement avec elle, nous sommes prêts « à commencer, sans différer d'un seul jour, « la négociation, en tel lieu et dans telle « forme que les deux parties trouveront a convenable. »

A cette explication catégorique, le goue'

vernement français répliqua, le 16 avril, par un mémoire dans lequel M. de Talleyrand discutait fort habilement le principe en contestation, et justifiait la résolution de l'empereur Napoléon, de ne point négocier avec l'Angleterre unie à ses nouveaux alliés, mais bien avec elle seule. Tous les raisonnemens du ministre français étaient fondés sur cette assertion, que la Russie était en paix avec la France lorsque la guerre avait éclaté entre la France et l'Angleterre. Cette guerre n'avait rien changé entre la France et la Russie; que la guerre de la troisième coalition, dans laquelle l’Autriche était puissance principale, et la Russie puissance auxiliaire, était terminée ; que si l'Angleterre ne devait pas terminer seule la guerre que, seule, elle avait faite à la France, l'empereur aurait implicitement reconnu que la troisième coalition existait encore, et que, vainqueur de la coalition, il se placerait volontairement dans la position du vaincu.

M. Fox répondit sommairement, que ces argumens spécieux ne pouvaient induire le

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gouvernement anglais à changer d'opinion, et que toute négociation où la Russie ne serait pas comprise comme partie, était absolument inadmissible ; qu'il ne voyait pas par quelle raison une alliance devrait être envisagée comme nulle par rapport aux puissances qui y tiennent, parce que une de celles qui la composaient en aurait été détachée par les malheurs de la guerre. « C'était avec bien « du regret, disait-il , qu'il devait déclarer « nettement qu'il ne voyait nul espoir de « paix, à moins que du côté de la France on a ne se disposât à traiter dans la forme qu'il « avait proposée, parce que toute autre « confirmerait le soupçon qu'on aurait conçu « le projet chimérique d'exclure l'Angleterre «de toute relation avec les puissances du « continent de l'Europe......) Enfin il rédui. sait la question à ces termes : « Veut-on << traiter conjointement avec la Russie? Oui. « Veut-on que nous traitions séparément? « Non. »

Après ces explications, la correspondance directe entre les deux ministres resta sus

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