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vaient plus facilement se mouvoir et manier leurs armes. Pendant cette nuit soudaine, la tête des colonnes du maréchal Augereau perdit son point de direction et se porta trop à gauche. Le maréchal se trouva ainsi engagé entre les troupes de l'aile droite des Russes, commandées par le général Tutschakow, et celles du centre et de la réserve du général Doctorow. Dans cette fâcheuse position, ce corps d'armée eut beaucoup à souffrir et fit de grandes pertes; on se battit corps à corps. Le maréchal Augereau , grièvement blessé, fut emporté du champ de bataille; les généraux de ses deux divisions, Desjardins et Heudelet, furent aussi blessés. Napoléon ne laissa pas au général Benningsen le temps de profiter de cette circonstance; dès qu'il s'aperçut à la première éclaircie de la fausse direction qu'avaient prise les colonnes d’Augereau, il ordonna au grand-duc de Berg de se mettre à la tête de toute la cavalerie, et au maréchal Beysières de s'y réunir avec la garde à cheval pour faire une charge générale sur le centre

de l'ennemi. C'était le seul moyen d'empêcher ses colonnes de pénétrer dans l'intervalle qu'avait laissé dans la ligne française • la divergence et le flottement des colonnes du corps du maréchal Augereau, de le dégager, et d'arrêter les entreprises de l'ennemi sur le point où il montrait le plus de forces et avait le plus d'avantages de position.

Le grand-duc de Berg, conduisant les quatre divisions de cavalerie des généraux Klein, d'Hautpoult, Milhaud et Grouchy, tourna rapidement la division Saint-Hilaire ; le maréchal Bessières le suivit avec les grenadiers à cheval, les dragons et les chasseurs de la garde. La cavalerie russe qui était formée en avant du centre, bien inférieure à cette masse d'environ soixante-dix escadrons, fut culbutée au premier choc; le grand-duc et le maréchal firent alors charger l'infanterie : deux lignes furent enfoncées, deux fois traversées, et abandonnèrent seur artillerie. Malgré le feu bien soutenu et la ferme contenance de cette infanterie, la charge brillante et inattendue de la cavalerie française eut un plein succès et chan

gea la face des affaires. La mêlée et le mas

sacre furent horribles; plusieurs des chefs . les plus distingués de la cavalerie française, le général d'Hautpoul, mortellement blessé, le général Corbineau et le colonel Dahlman des chasseurs de la garde, restèrent sur le champ de bataille. Les bataillons russes, rompus et sabrés, ne fuirent point en désordre; ils furent, après une perte immense, poussés et acculés jusqu'au bois de Sansgarten, où ils se rallièrent à la troisième ligne et se déployèrent; une de leurs colonnes, qui pendant l'obscurité s'était trop avancée jusqu'auprès du cimetière d'Eylau, au moment d'attaquer, s'arrêta devant un bataillon de la garde que Napoléon fit marcher sous les ordres du général Dorsenne : ce bataillon, à demi-portée de fusil, ne voulant combattre qu'à la baïonnette, refusa de tirer. L'escadron de service près de l'empereur chargea avec intrépidité la tête de cette colonne, d'environ quatre mille hommes, qui manquvrait pour se dégager : le grand-duc de Berg, s'aperceyant de sa fausse direction, la fit charger

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en queue par la brigade de chasseurs du général Bruyère ; elle fut rompue, dispersée, et presque entièrement détruite.

Pendant que ces événemens se passaient au centre et à la gauche, pendant que Napoléon attirait l'attention et les principales forces des Russes sur cette partie du champ de bataille, le maréchal Davout commençait son attaque sur l'aile gauche : il avait marché dans la direction de Serpallen en échelonnant ses trois divisions; son avantgarde avait, avant la pointe du jour, rencontré et fait replier les cosaques. La division du général Friant se mit en bataille sur la hauteur en-deçà de Serpallen : il fit attaquer et occuper ce village que défendait le général Bagovout, et qui fut incendié et abandonné. La cavalerie du général Marulaz couvrait le flanc droit de la division Friant. Le maréchal fit placer en seconde ligne la division du général Morand, et alla reconnaître lui-même la division Saint-Hilaire pour ler sa gauche avec elle.

Le général Friant s’ayança avec sa divi

sion et la cavalerie du général Marulaz dans la direction de Klein-Sansgarten; un gros corps de cavalerie qui s'avança sur son flanc droit fut d'abord repoussé, mais bientôt soutenu par une masse de huit à dix mille hommes d'infanterie de la division du comte Ostermann Tolstoy, cette cavalerie ralliée et renforcée revint à la charge, et s'efforça de pénétrer en tournant le flanc droit de la division Friant. Ici le combat fut long et meurtrier : les généraux français Lochet et Marulaz s'y distinguèrent, l'un à la tête du 33e régiment, l'autre avec sa brigade de chasseurs. Les Russes, contraints de céder; soutinrent leur mouvement rétrograde par le feu de leur nombreuse artillerie; la division Friant continua de marcher en se dirigeant sur Klein-Sansgarten.

Le maréchal Davout ayant fait avancer la division Morand sur la position de Serpallen que celle de Friant venait de quitter, lui ordonna d'attaquer l'ennemi. Le général Ricard traversa le village avec sa brigade, et la forma en avant sous le feu plongeant

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