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DE BOSSUET

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NOUVELLE ÉDITION

PRÉCÉDÉE D'ÉTUDEs PRÉLIMINAIREs
(Notice historique sur Bossuet; Étude littéraire sur les 0raisons funèbres)

CONTENANT

DEs soMMAIREs ANALYTIQUES ET DEs NoTEs PHILoLoGIQUEs,
HISTORIQUES ET LITTÉRAIRES

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1 872

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Bossuet (Jacques-Bénigne) maquit en 1627 à Dijon, la patrie de saint Bernard, d'un père avocat au parlement de Bourgogne, et plus tard conseiller et doyen au parlement de Metz. Il fit au collége des Jésuites de sa ville natale de fortes études qu'il vint, à quinze ans, terminer à Paris au collége de Navarre, sous la direction du grand-maître Nicolas Cornet, pour lequel il conserva une profonde vénération, et dont il prononça l'éloge funèbre. A seize ans, il soutint sa thèse de philosophie, et à vingt ans (16 janvier 1648) une thèse solennelle de théologie, en présence du jeune vainqueur de Rocroi, auquel il l'avait dédiée, et qui eut, dit-on, la tentation de disputer avec lui. Il fut ordonné prêtre en 1652, et, malgré les espérances légitimes que ses succès de jeunesse pouvaient lui faire concevoir, on le vit accepter un canonicat à Metz, où sa famille s'était fixée, et y passer plusieurs années obscures, mais fécondes, se préparant, par de fortes études, aux grands travaux qu'il devait donner à l'Église. Il y publia son premier ouvrage, la Refutation du Catéchisme de Paul Ferry, ouvrant ainsi la série de ses longues luttes contre la réforme. Il avait, en re

cevant le grade de docteur, prononcé le serment de se consacrer tout

entier à la défense de la religion : jamais serment ne fut gardé plus fidèlement. Une seule passion en effet remplit son âme et occupa sa longue carrière, l'amour de l'Église ; et de là l'admirable unité de ses travaux et de sa vie. De 1660 à 1670, Bossuet se livra à la prédication. Ses Sermons obtinrent un grand succès à Paris, à la ville et à la cour; Louis XIV, après l'avoir entendu, fit écrire à son père pour le féliciter d'avoir un tel fils. On goûta davantage l'art savant, l'éloquence méthodique de Bourdaloue, qui parut à Paris en 1669 ; il ne faut pas croire pourtant, comme on l'a dit, que Bossuet se retira devant ce rival. La Harpe a jugé bien étourdiment les Sermons de Bossuet, quand il a osé dire qu'ils étaient médiocres. Choqué de certaines expressions, qui ne reparurent pas dans les Oraisons funèbres, après les progrès de la langue et le séjour de Bossuet à la cour, le littérateur n'avait pas été frappé des élans vigoureux de l'orateur, de l'élévation de ses vues, de la profondeur de sa doctrine. D'ailleurs ces Sermons, dont Bossuet se contentait souvent de tracer le cadre, se livrant pour les développements à l'inspiration du moment, n'ont été publiés qu'après sa mort, et encore avec assez d'inintelligence : une bonne édition de ces discours remarquables est encore à désirer, et devrait bien tenter la critique.

Le 13 septembre 1669, Bossuet était nommé à l'évêché de Condom. Il avait publié son fameux livre de l'Exposition de la Doctrine catholique, qui arracha Turenne au protestantisme ; et, quelque temps après sa nomination, il prononçait sa première Oraison funèbre, et la seconde dix mois après. Il disait à son ami l'abbé de Rancé, en lui envoyant ces deux discours : « J'ai laissé ordre de vous faire passer deux oraisons funèbres qui, parce qu'elles font voir le néant du monde, peuvent avoir place parmi les livres d'un solitaire, et qu'en tout cas il peut regarder comme deux têtes de mort assez touchantes.» En 1670, il était appelé à faire l'éducation du Dauphin. Résignant son évêché, parce qu'il ne pouvait plus observer la résidence, et se contentant du revenu modeste d'une abbaye, Bossuet se livra tout entier aux soins de sa nouvelle charge. Le génie du maître était trop fort peut-être pour la médiocrité de l'élève ; mais si Bossuet n'obtint pas auprès du fils de Louis XIV le même succès que plus tard Fénelon avec le duc de Bourgogne, la postérité profita des magnifiques travaux qu'il avait composés pour le roi à venir. Bossuet exposa lui-même, dans une belle lettre à Innocent XI, le plan large qu'il s'était tracé pour cette éducation, à laquelle nous devons le Discours sur l'histoire universelle, le Traité du libre arbitre, la Connaissance de Dieu et de soi-même, la Politique tirée de l'Ecriture sainte, etc. Voilà à quelles profondes études Bossuet se livrait à la cour splendide de Louis XIV; c'est ainsi qu'il fit voir à son siècle, comme Massillon l'a si bien dit, un évêque au milieu de la cour.

Cette éducation terminée, Bossuet, en 1681, fut nommé à l'évêché de Meaux. Il avait alors cinquante-trois ans. C'est l'époque de sa plus grande activité théologique. En 1682, pendant les démêlés de Louis XIV avec le pape, il ouvre la trop célèbre assemblée du clergé par son beau Discours sur l'unité de l'Église, qui empêcha peut-être un schisme. Laborieux, infatigable, il publie ses Avertissements aux Protestants. Il travaille pendant dix ans à sa magnifique Histoire des Variations, livre plein d'érudition et de logique, décisif contre la réforme. Il repose tout entier sur ce simple et irréfutable argument : Le christianisme est un fait divin, immuable; or, le protestantisme a varié ; donc il n'est pas le vrai christianisme. Tout l'ouvrage n'est que le développement de cette mineure formidable. Il correspondait avec le célèbre Leibnitz, qu'il ne parvint pas à gagner à l'Église catholique. En dehors de la réforme, deux autres controverses l'occupèrent : l'une au sujet d'une doctrine sur la comédie publiée au nom du P. Cafaro par le poëte Boursault, et contre laquelle Bossuet écrivit sa belle Lettre sur les Spectacles; l'autre, la trop fameuse affaire du Quiétisme et du livre des Maximes des Saints, par Fénelon, dont il poursuivit obstinément, et obtint enfin la condamnation. Bossuet, évêque de Meaux, écrivit encore pour les religieuses d'un couvent les Méditations sur l'Évangile, et ses magnifiques Élévations sur les Mystères; la mort l'empêcha d'achever ce dernier ouvrage. Il mourut le 12 avril 1704, à soixante-seize ans. Le cardinal Bausset a écrit sa vie, ainsi que celle de Fénelon. Il faut lire, pour connaître l'évêque

de Meaux, ce bel ouvrage, ainsi que les travaux plus récents de M. Poujoulat et de M. Floquet. L'Académie française a couronné, en 1827 , deux éloquents panégyriques de Bossuet par M. Saint-Marc Girardin, et par M. Patin.

II

DE L'ORAISON FUNÈBRE AVANT BOsSUET.

L'oraison funèbre, éloge des morts et leçon des vivants, comme toutes les formes de l'éloquence et de l'art, a ses racines dans la nature, dans les sentiments profonds du cœur humain. Quand la mort arrache un homme du milieu de ses semblables, s'il était aimé, s'il était célèbre, si surtout il s'était dévoué, sa perte laisse après lui de la douleur et des regrets. On donne des larmes à son trépas, on aime à se rappeler ce qu'il était, ce qu'il a fait sur la terre, on veut revoir encore par la pensée ses traits chéris, le suivre d'un regard ami au delà de la tombe : la douleur se complaît et se nourrit dans ces souvenirs. Et comme ce sentiment est un des plus profonds de l'âme humaine, il est inspirateur et fécond ; il éclate et se traduit en chants funèbres, il enfante la poésie élégiaque, qui tantôt pleure un fils, un ami, un père : tantôt, s'élevant des deuils privés aux douleurs publiques, regrette un héros fameux, un chef aimé ; tantôt enfin gémit sur les grandes catastrophes sociales, sur la ruine des peuples et des empires : telles sont, par exemple, les Lamentations de Jérémie, accents les plus touchants et les plus sublimes qui soient jamais sortis du cœur · d'un homme. Ce sentiment devait aussi inspirer l'éloquence, et l'oraison funèbre succéder à l'élégie. Il était naturel qu'on s'assemblât pour pleurer en commun une perte commune ; une voix connue, révérée, puissante, devait, au milieu du silence de tous, interpréter les sentiments de chacun, prêter une voix à l'unanime regret, retracer par la parole une vie présente encore à toutes les mémoires, payer un juste tribut d'éloges au dévouement qui sauvait la patrie, à la gloire, au génie qui l'illustraient, animer ainsi par l'exemple de ceux qui n'étaient plus ceux qui restaient encore ; en un mot, dans toutes les sociétés où l'on parlait, l'oraison funèbre devait naître sur la tombe des morts pour honorer leur mémoire et donner d'utiles leçons aux vivants. C'est ce qu'on vit en effet, sous une forme ou sous une autre, chez tous les peuples. Même dans la vieille Égypte, où, comme le dit Villemain, l'immobilité des castes, les mœurs, les coutumes, et jusqu'à ce muet langage qui couvrait les monuments , tout semblait avoir établi l'empire du silence, on trouve, s'il faut en croire les historiens grecs, l'usage de l'éloge funèbre sur le tombeau des rois. Ces hommages, à Athènes, se produisaient au milieu des plus imposantes solennités. Après que les restes de ceux auxquels on accordait ces hon

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